Du même au même
{Ibid., n» Î3.)
Au grand GenUIly, le 25 juillet 1791.
Depuis huit jours, Monsieur, Paris a été plus calme, et il ne s est passé aucune atrocité marquée. Il paroît qu'ici les Royalistes remportent sur les Républicains qui ne vouloient plus de Roy. Aussi ceux-ci tâchent-ils de se retourner, et, renonçant pour le moment à l'absolue et impossible République, ils disent qu'ils veulent bien un Roy, mais plus Louis XVI, qui, à ce qu'ils prétendent, a forfait et abdiqué. Ceci tend à avoir une minorité. L'Assemblée paroît, d'ailleurs, infiniment occupée des préparatifs de guerre. On vient de voter l'envoi de 80 à 100 mille gardes nationales sur les frontières, pour s'opposer à l'ennemi, c'est-à-dire à la coalition de toute l'Europe contre les opérations de l'Assemblée et la chartre privée du Roy et de sa famille *. Suivant les opinions régnantes dans l'Assemblée, l'attaque ou l'entrée de nos frontières ne sauroit guère avoir lieu qu'au printemps. Mais le bruit public est que cela n'ira pas plus loin que le mois d'août, dès que les moissons seront finies, car il paroît qu'on veut les respecter. Les motions dans les lieux publics changent beaucoup à Paris, c'est-à-dire que, pour me servir des expressions reçues quoique ridicules, il y en a autant d'aristocratiques que de démocratiques. La crainte et les menaces faites particulièrement à Paris sont la cause principale de ce changement. Le club Jacobin a beaucoup perdu dans ce moment, et cette diminution de force doit naturellement influer sur l'autorité des clubs correspondans des provinces. Je souhaite, d'après le mal qu'ils ont causé dans nos districts et cantons, qu'ils perdent de leur influence sur l'opinion. Voilà la France dans une grande crise. Hier, un gros fermier de Brie disoit devant moi à propos de l'entrée des troupes étrangères, que les uns la craignoient et les autres la souhaitoient ; que, quant à lui, il n'en étoit pas du tout effrayé ; qu'après tout elles ne mangeroient pas les propriétaires et ne détruiroient pas les propriétés. Il nous disoit aussi que les blés étoient versés et gâtés en Bric, et qu'il étoit
I. U décret du 3 jaillel avait ordonné lorganisalionetla mise en activité de 16.000 hom- BMs de la Garde nationale ; celui du 22 juillet, de 97.000 hommes (C. Rousact. Ui Vùton^ taireide 1791-1794, I88Î, in-lt, p. 8).
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impossible que le g^ain ne montât pas; mais que, dans l'état actuel, ceux qui parleroient les premiers d^augmentation courroient risque d*être lanternes, et que Fétat du fernîier et celui du propriétaire étoient également fâcheux. Diaprés cela, je compte sur une hausse sur le prix du blé, et je vous en préviens...
Malgré les assignats de 5 livres, qui déjà se vendent à Paris 8 sols pièce, c'est-à-dire 8 p. 100, malgré les petits billets patriotiques et ceux des Sections, jusqu'à 20 sols, dont Paris est plein, mais qui peuvent être refusés môme dans l'intérieur de la ville, enfin malgré l'émission des gros sols neufs qui pèsent 2 1. 1/2 le cent et par conséquent 8 milliers pour 10.000 livres, l'argent se vendoit encore de 14 1/2 à 16 samedi dernier, et les louis d'or 4 livres pièce. Je ne sais comment on pourra, d'après cela, payer l'armée nationale à 15 sols par jour, et l'armée de ligne à 7 sols. Probablement, à raisoD du double payement, la première fera double besogne
Prévenez mes gardes que, dès que le temps sera frais, c'està-dire à la fin de septembre, il faudra que l'envoi de mes bourriches de gibier de tout genre recommence. La suppression des droits d'entrée me fait désirer de manger de mon gibier comme les autres...
Je suis...
FOUGERET.