‹ Lettres d'aristocratesChapitre 361 sur 541 · Nieolu-Marie Fougeret. J'ignore tout de lui · texte numérisé non relu

Nieolu-Marie Fougeret. J'ignore tout de lui

A M. LBGOY DK LA MARCHE 409

le grade de maréchal de camp, que le Roy ne confère pas. L'Assemblée ou le minisire de la Guerre, qui n'est plus le sien, nomme à leurs places ; mais il paroît que beaucoup de ces commissions sont refusées. On dit que la lettre d'avis est conçue en ces termes : « Je vous écris pour vous faire savoir qu'on vous a nommé au grade de colonel ». Un lieutenantcolonel a répondu à pareille lettre : « J'ai été nommé par le Roy, mon maître, lieutenant-colonel du régiment. Je suis honoré de ce grade et le conserverai ». La sortie du royaume redouble, et il paroît que sur les frontières les gardes nationales s'y prêtent beaucoup. Les gens du Brabant ont bien à se féliciter d'avoir abjuré l'extravagance que des échappés des Petites-Maisons ou de France leur avoient inspirée. Ce pays, que leur insurrection commençoit à ruiner, répare bien ses pertes. Plusieurs millions, que les étrangers y répandent chaque mois et qui peut-être montent à sept ou huit, leur sont apportés en espèces, et la France par la cessation absolue de son commerce en perd peut-être six fois autant. La ville de Bordeaux, réduite au dernier point de misère, est venue hier demander à l'Assemblée nationale des secours indispensables, qu'elle est hors d'état de lui donner *. Le commerce maritime est lini ; les Anglois ferment leurs ports à tous les vaisseaux françois ayant des pavillons aux trois couleurs, et en exigent le salut à coups de canon, les fouillent et leur arrachent leurs pavillons, ne voulant reconnoître que le blanc. Il paroît que les autres puissances en feront de même.

Ainsi, l'agression est commencée, et la guerre à peu près^ déclarée. Un vaisseau de Nantes a été le premier sur qui le malheur est arrivé. Aussi ne doute-ton plus de l'entrée très prochaine de l'étranger sur nos frontières, outre l'armée des éraigrans sous les ordres de nos princes... Pour nous défendre, nous avons une armée sans subordination et à peu près sans ofTiciers, et nos milices nationales, sans discipline, ne voulant point aller sur les frontières et disant qu'elles ont pris les armes pour garder leurs villes et villages seulement, et envoyant par delà les ponts leurs officiers qu'elles ont la prétention de changer à chaque fois qu'ils leur déplaisent. On étoit venu à bout d'en engager 2.000 à Paris, campés dans la plaine de Grenelle ; ils avoient 400 coquines à coucher la nuit, et on voloit dans le camp jusqu'aux fusils, et au point qu'on a été obligé de faire garder le camp par la maréchaussée. On les a envoyés

I. Séauce de TAssemblée du 13 août {Areh. pari., t. XXIX, p. 396 et suiv.)-

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camper à quatre iieues de Paris, près Gonesse. Tous les fruits ont été volés à une lieue autour, et toutes les filles prises de force. Us sont si gâtés que les hôpitaux en sont pleins, et ils reviennent par bandes à Paris. Joignez à cela point de généraux, ni d'argent, et tous ceux qui ont quelque chose à perdre détestant la Révolution. On dit que moitié de la Garde nationale est prête à revenir au Roy, et cela à Paris et dans toutes les provinces du Nord.

A Varennes, tous ceux qui ont eu part à l'arrestation du Roy ont été chassés du pays ; la municipalité a été forcée à leur ôtcr leurs places.

Je ne sais si je resterai ici, à cause de la trop grande proximité de Paris. Encore moins rentrerai-je dans cette grande ratière. On n'en sort pas comme on veut. J'y ai été renfermé trois ou quatre fois, depuis deux ans, et cela ne me convient pas. Je serai fort fâché d'abandonner ma maison et tout ce que j'y ai de mobilier. Mais n'importe î je pourrois bien profiter d'une offre, que me fait un ami, d'un château tout meublé en Brie et voisin d'amis et de connoissances. Il est pourtant triste pour moi et pour mon beau-frère * d'être dans le cas de nous fier plutôt à des étrangers qu'aux habitans de nos terres, auxquels, depuis près de quarante ans, nous n'avons cessé de faire du bien. Mais que faire ? Nous voilà dans la crise. Dieu veuille qu'elle soit courte, dût-elle être plus violente î II faut en finir d'une fa^on ou d'une autre, et qu'on ait la paix...

Je suis bien sincèrement...

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