‹ Lettres d'aristocratesChapitre 362 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(Ibid., n* Î7.)

Au grand Gentilly, le 22 août 1791.

... Je vous préviens que je pourrois avant peu faire venir les deux poinçons de vin mélangé de 1788 que vous avez encore, autant qu'il m'en souvient, et un panier de vin plus fin et de vins de liqueur, et aussi une cruche de ma bonne huile de Château-Renard, à un château d'ami qu'on m'offre tout meublé entre Melun et Provins. Dans les circonstances actuelles, ceci tient trop fort au faubourg Saint-Marceau, et les éclaboussures de Paris pourroient bien nous atteindre et nous tacher, au lieu

Anselme-Fraoçois d'Outremont, conseiller au parlement, frère de la femme de Fouge-

qu'à 12 OU 15 lieues de Paris nous serons plus tranquilles et d'ailleurs plus à notre aise, ceci étant fort petit, nos domestiques femelles y étant fort mal, faute de communs, et n'y ayant pas une chambre à feu pour notre jeunesse et mes petitsenfans... C'est pourtant une particularité singulière de la Révolution que mon beau-frère, mon gendre et moi ayans des habitations à Paris, une ici et puis Mignèrcs * et Château-Renard pour nous retirer, nous soyons encore dans l'inquiétude et à peu près décidés à aller habiter un château d'ami... Au bout du temps, les paysans et bourgeois, qui ont tracassé leurs seigneurs, ne se trouveront pas avoir fait grands gains, mais au contraire...

Paris recommence à lermenter un peu ; mais on espère qu'on ne laissera pas le feu y prendre. D'ailleurs, l'Assemblée, le département, la municipalité, les sections, les juges, les clubs feuillantins et jacobites et la Garde nationale, tout cela est en jalousie les uns contre les autres et en division intérieure. D'après cela, il y aura peu d'accord même pour des partis violens, et je crois et espère que rien ne sera porté à l'extrême. On parle d'ailleurs toujours de l'étranger, et même de plus en plus ; mais l'Assemblée a cessé de laisser sortir les nouvelles de ses Comités, et l'on est réduit aux lettres particulières qui passent avec quelque peine, c'est-à-dire que sur 20 il s'en échappe une à l'entrée du royaume...

Je crains que les vers ne se mettent dans tous les matelas du château. Voyez, je vous prie, s'il n'y a pas bien des papillons. Peut-être faudroit-il les faire rebattre tous.

Je suis...

FOUGERET.

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