Du mêtne au même
{IbidL, n« 3Î.)
Au grand Gentilly, le 5 septembre 1791.
... Vous savez sans doute que messieurs les députés ont déclaré la Constitution finie. Samedi, à 3 heures du soir, elle a
été présentée au Roy qui a dit qu'il donneroît incessamment sa réponse ^ Les papiers qui courent dans les rues publient que tout est fait, et on dit aussi qu'il n y a pas besoin d'autre acceptation que de la remise qui en a été faite physiquement au Roy, puisqu'il est décidé qu'il n'a pas le droit d'y rien changer. On assure, d'ailleurs, qu'on a retiré les gardes qui couchoient dans sa chambre, que le jardin des Tuileries a été ouvert d'hier, et qu'il est rendu à l'état de liberté dont il jouissoit avant son évasion de Paris. Nous voilà dans la crise. Je ne sais quelle en sera l'issue; mais je sais bien qu'à mon âge et dans ma situation, quant à ma famille, je voudrois bien cesser d'être ballotté, comme nous le sommes depuis deux ans, et remis dans un état de calme et de raison où l'on ait au moins de la tranquillité et de la sûreté, et seulement des regrets sur ses pertes, sans inquiétude sur le présent...
J'étois décidé à aller en Brie, et je n'y vais pas. Je n'ai aucun projet ni envie d'aller à Château-Renard, et pourtant je ne jurerois pas, si Paris et sa banlieue devenoit trop pénible à habiter, que je ne changeasse d'avis et que je n'allasse soit chez moi, soit à Mignères...
Je suis... FOUGBRBT.
n. — Du même au même.
{Itnd., n» 35.)
Paris, 10 octobre 1791.
... Depuis quelques jours, Monsieur,... l'esprit public semble changer. Le peuple n'est plus le même, et rien ne va : on maltraite de propos les nouveaux députés ; les voitures partent à tout moment par les routes de Flandre et les gens qui, il y a deux ou trois mois, les injurioient leur crient à présent : « Bon voyage, mais revenez bientôt ! » Je l'ai entendu. Samedi, à la comédie, le peuple en foule à la porte a crié : « Vivent le Roy et la Reine I Rendez-nous la noblesse qui nous faisoit vivre, notre clergé et nos cours ! » Et dans la salle on a crié Vive Sire et Sa Majesté, et un patriote qui a crié Vive la nation a été maltraité, traîné dehors et lavé dans le ruisseau*. A l'As-
i. Le 8 teptonibre, une délégation de 60 membres futdésienée dans TAsseroblée pour pré- •cnter la ConililulioD aa Roi, ce qui fat fait dans la soirâè vnttne. Le 4. Tbourel rendait compte de Tentrevue des députés el du Roi {Arch. parl.^ I. XXX, p. 100. 194).
1 < Avant-hier, dit lai^Chronique de Pari*, du 10 octobre, le Roi a été aux Ualient. On
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semblée» les députés ont été grièvement insultés» appelés vanu-pîeds, et cela pour avoir privé par im décret» qaHs oal été forcés de révoquer le lendemain, le Roy du nom de Sîrc du titre de Majesté et d'un fauteuil de distinction à T Assemblée, enfin de la préséance vis-à-vis du président*. M. de la Fayette parti hier de Paris n*a pas fait plus de sensation que je n'en fais quand j*en sors*...
FOUGERBT.
^8. — Du même au même.
(76irf.,ii»40.)
Paris, le 5 décembre i791.
... Vous êtes peu au courant. Monsieur, des séances de TAssemblée actuelle et de ce qui s*y dit, quand vous me pariez d'y porter des plaintes pour les petites vexations qui ont lieu à Château-Renard. Ce sont des roses auprès de ce qui se passe dans tout plein de villes de France et qu'on est bien peu empressé d'arrêter, et dans nos colonies, dont 2.000 blancs d'égorgés, sciés, éventrés, hommes, femmes et enfans, et 14.000 à 15.000 nègres de tués n'ont pas touché nos législateurs^; et M. Brissot*, Fun d'eux, avance que c'est une manœuvre des colons et du gouverneur, que ce sont ceux qu'on a égorgés et brûlés, et les colons restans qui ont tout le tort, qu'il faut les amener à Orléans, les fers aux pieds, et les faire juger, mais que les nègres révoltés, les mulâtres qui les ont excités et armés, et surtout les 150 émissaires envoyés de France pour cette œuvre philosophique ne sont assurément pas les coupables. Un ancien ami, que vous avez pu voir chez moi à Paris et une ou deux fois passant à Château-Renard, M. Lhéritier, mon voisin à Paris, y perd 100.000 livres de rente el une habitation où il avait dépensé un million. On compte déjà
ne s'est pas contenté de crier Vive le Boi à son entrée. Ce cri et tous les cris possibles cat été entendus et dans chaque entr'acte. •
1. Séances des 5 et 6 octobre 1791 (ArcA. pari., t. XXXI V« p. 84 et suiv., lOl et sotr.).
2. La Pajelte se démit do ses pouvoirs de commandant de la Garde natioDale le 8 octobre. Le 11, la Garde nationale lui décernait une épée d'honneur, il partit anasit^t a^rés pour l'Auvergne, et le 18 octobre il arrivait à son château de Cbavaniac (Haute-Loire). (Et. Charavay, le Général La Fayette, p. 277.)
3. C'est la première révolte des noirs, celle de la fin de 1791 (Castoonet des Foiset. k Révolution de Saint-Domingue» chap. m).
4. Jacques-Pierre Brissot de Warville (1754-1793), député à la Législative et à la Coavention.
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plus de 600 millions de perte, et dans cette circonstance des tètes extravagantes de l'Assemblée, des gens sans pitié et n'ont rien à perdre, et par conséquent qu'à gagner dan trouble, empêchent autant qu'il est en eux ou au moins n dent l'envoi des secours, en suscitant ou approuvant des i lèvemens et des insurrections à Brest.
Vous me demandez si j'entrevois encore des troubles et insurrections. Je ne suis pas sorcier, et caserne autant < m'est possible dans ma maison avec ma femme et mes enf j'ignore ce qui se prépare. Mais d'après ce qu'on écrit e qu'on dit au dedans et au dehors, et ce que l'Assemblée paroit pas révoquer en doute, il paroît que l'orage est pr crever et que toutes nos frontières pourroient être attaqi au plus tard au printemps. Quand on voit d'ailleurs que, c rintérieur du royaume, les Jacobins et leurs adversaires c mencent à s'échauffer au point qu'il est à craindre qu( guerre civile ne s'allume dans l'intérieur avant que nos f tières soient attaquées, sans être sorcrer on peut prévoir malheurs, et craindre tout. Et voilà où j'en suis, ainsi que ce qui à Paris a quelque propriété. Aussi chacun cherche à mettre à couvert ce qu'il a de plus précieux. Encore puits, les caches dans les caves et dans les greniers ne pai sent-ils que médiocrement sûrs depuis qu'on répand que Jacobins font venir les bandes déjà employées pour la R( lution à Paris et dans toutes les villes importantes, et de à Avignon, pour les mettre en action dans la capitale. Pn donc vos précautions comme on fait ici...
Adieu, Monsieur, je suis...
FoaGBRBT.