Du même au même
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Paris, le 29 mai 1792.
Monsieur..., ce qui se passe ici aujourd'hui et ce qui s'est passé à Neuilly où j'étois, et qui cependant n'est pas aussi grave qu'on le fait, pourra bien influer sur la hausse de l'argent et la baisse du change avec l'étranger. Hier soir, l'argent étoit de 66 à 67, et le louis à 15 1. et 15 1. 5 s., ce qui me paroît inconcevable, et pourquoi je vous engage à n'en acheter qu'au dessous, si on vous en propose ; car tous les agioteurs profitant de cette baisse pour s'en procurer, ils revendront aussitôt qu'ils y trouveront le plus petit bénéfice, ce qui empêchera qu'ils s'élèvent promptement à 20 livres.
Nous voici encore une fois en rumeur; mais ce tumulte fomenté par les mauvaises têtes ne me paroît pas devoir nous amener rien de fâcheux. J'ai parcouru, hier soir, à mon retour de la campagne, les nombreux groupes des Tuileries et du Palais-Royal, et je n'y ai rien remarqué de chaud : beaucoup de bavardage et de clabaudage contre le Roy et sa garde ; on voudroit le forcer à s'enfuir ou peut-être se défaire de lui (projet conçu depuis longtemps dans les clubs infernaux qui dominent), mais tout cela n'aboutira à rien et ne produira pas l'effet qu'on s'en promet. Croyez-moi; j'ai bien tout obser>'é
1. Cf. sur ces dons palrioliques, Tueley, Répertoire des sources manuserites de la, Bivolulion, l. IV, p. 3o-i8.
A M. VANLBRBBRGHE 459
et écouté, ce n'est pas l'effervescence du mois de juillet 1789, il s'en faut bien, et l'opinion est déjà furieusement changée parmi le peuple.
Cependant, l'Assemblée, pour se donner un air d'importance, vient de se déclarer permanente. L'Etat est en péril, parce que quatre soldats suisses, dansant dans un cabaret à Neuilly avec des filles, ont montré des cocardes blanches et menacé de sabrer ceux qui voudroient les empêcher de les portera II y a eu un seul homme de blessé légèrement d'un coup de sabre, et pas un seul de tué. Les Suisses sont retournés dans leur caserne à Gourbevoie, et j*en ai vu hier grand nombre avec la Garde nationale. Ceci s'est passé à 20 toises de la maison où j'étois, et sous mes yeux. Mais on voudroit en ce moment une commotion intérieure, pour motiver des excès ou des mesures nécessaires aux complots des méchans. Nos législateurs ont beau faire, la masse générale d'opinion, et celle qui doit remporter enfin, n'est pas pour eux. On voit trop bien que ces genslà ne s'occupent que de disputer de souveraineté et de puissance et nullement du bien de l'Etat qu'ils ruinent et entraînent vers sa perte, ce qui leur est absolument égal. ..
J'ai l'honneur...
Lbfbbvrb d'Act.