Du même au même
{Ibid.)
Lille, ce 4 avril ITM.
Monsieur et ami,... il est constant que la conduite de Dumoariez, qui se trouve maintenant bien démasquée, est fort extraordinaire et doit surprendre infiniment. Elle est faite pour amener un troisième acte à notre révolution, si orageuse depuis quatre années, et sans doute que celui-ci amènera enfin le dénouement et la conclusion. Cela me paroît devoir être ainsi, e< il est bien temps qu'on sache à quoi s'en tenir.
Les esprits sont ici, comme partout, agités et inquiets; raak il ne paroît pas y avoir de dispositions à une fermentation dangereuse. Le peuple est las de révolution, et veut la tranquillité. On a affiché ici, ce matin, une superbe proclamation, dans laquelle on rappelle que les braves citoyens de Lille, parleur courage et leur intrépidité, ont déjà une fois sauvé la patrie, et qu'on espère qu'ils se montreront encore tels. On ne peut donc rien dire sur l'effet de ces mesures de précaution et de sûreté. L'ennemi viendra- t-il ou ne viendra-t-il pas nous attaquer? Voilà ce que l'on se demande. Je parierois presque pour la négative, et je ne sais pourquoi, je n'éprouve point ici, quoiqu*exposé aux extrémités d'un siège, les terreurs que m'inspire le séjour de Paris, où la fermentation et l'explosion doivent être bien autres que partout ailleurs.
Nous n'avons ici que des nouvelles vagues et incertaines. Chacun conjecture et raisonne à sa mode, et, à dire vrai, on n'y est pas parfaitement instruit de la marche de l'ennemi. Od ne sait si Valcncienncs clCondé sont en son pouvoir, comme plusieurs le débitoient. J'espère qu'il n'en est rien et que, contcns de nous avoir chassés de la Belgique, ils nous laisseront tranquilles dans nos foyers.
Je pense, comme vous, qu'en tout état de cause les assignats seront maintenus, bien qu'ils perdront, comme nous le voyons déjà. Il ne s'agit que de prendre ses précautions et faire ses arrangcmens en conséquence. .
A M. VANLERBËRGHE
Je présente mon respect à madame Vanlerberghe ; civil et complimens de la part de ma femme.
Je vous salue avec amitié.
Lefbbvre d'Acy.
{Ibid.)
Au Rault*, ce 24 avril 1793.
Monsieur et ami,... on nous assuroit hier qu'il alloit < décrété une nouvelle émission de 1.200 millions dassign dont l'hypothèque ne sera pas assise comme [pour] les dern sur les biens ecclésiastiques des départemens ajoutés réunion à la France, et que nous avons reperdus depuis, n sur les biens-fonds des particuliers. Je ne puis croire à semblable ressource. Car, en définitive, il faudroit que cesbi appartinssent à quelqu'un, et ce seroit donc les retirer des mi des uns pour les faire passer en d'autres, ce qui ne paroît trop }uste ; et puisque c'est au nom et au profit de la Nal qu'on s'empareroit de ces propriétés, la Nation est-elle ai chose que la masse individuelle des citoyens qui la compos( à moins qu'on ne veuille dire que la révolution a été pn sèment faite pour dépouiller ceux qui avoient quelque ch et enrichir ceux qui ne possédoient rien, ce qui dans tous sens me paroîtroit bien contradictoire à la sublime déclara! des droits de l'homme. Au surplus, il faut attendre que les p sions se taisent et que la justice et la raison, dont la v(»ix si souvent étouffée, reprennent leur empire. Alors on pou juger et agir sans partialité...
Je suis...
Lefebvre d'Acy.