‹ Lettres d'aristocratesChapitre 442 sur 541 · JUIN -— 4 AOUT · texte numérisé non relu

JUIN -— 4 AOUT

Notice :§ 1. — Dg M. Mauvul db bouillon a If. Ronts (2 juin-19 juillet 1792). — Let prélimioaires du 20 juio. — Le récit de rinsurrection. — Les fédérés à Paris.

§ 2. — Db m. Uarbllb au œMTi de Laigli (21 juiu 1793). — Autre récit de li journée du 20 juin.

§ 3. — Dt M. etM»« ToLROLLF, ctc. a M. Thoyhbt (21 juin-iaoût 1792). — Une fkoulle de Paris pendant les journées de juin. — Terreur et consternation des honnêtes gens. — Désordres dans la capitale. — Rixe sanglante aux Champs-Elysées.

§ 4. — Db H"* DB Nbrmont a H. Désillm (4 juillet 1792). — Craintes d'une nouTelle émeute le 25 juin. — I^ voyage à Paris de M. de La Fayette. — Réaction en faireur du Roi. — Manifestations hostiles aux Tuileries. — Le récit du 20 juin par M. de Roxoi .

On a déjà lu plus haut quelques lettres relatives à la tragique journée du 20 juin, où la monarchie fut avilie avant d'être abattue. Mais cette date est celle d'un fait si considérable dans l'histoire de la Révolution qu'on parcourra avec intérêt, je n'en doute pas, les correspondances suivantes qui retracent, sinon avec plus d'émotion, du moins avec plus de précision et de détails, les principaux épisodes de ce jour a exécrable ».

La première de ces correspondances émane d'un certain Marie-Pierre - Thomas Mauviel de Bouillon. Originaire de Saint-L6, âgé de 59 ans en 1793, Mauviel habitait alternativement la Normandie et Paris, où il s'occupait activement de ventes de terrains avec un nommé Claudc-François-Vital Ronès. né à 8omme-Suippes. en Champagne, vers 1754, et établi homme de loi dans la capitale, rue Christine.

Sous quel prétexte fut arrêté Mauviel ? Je ne sais trop. Toujours est-il qu'il le fut à Rouen et le 24 octobre 1793. Les perquisitions opérées à son domicile, au Petit-Carrousel, n'aboutirent qu'à la découverte dans ses papiers de quelques formules de prières, et à la saisie dans une armoire d'un gobelet d'argent aux armes du tyran. Malheureusement, de Mauviel on remonta facilement à Ronès, et chez Ronès on trouva les lettres assez compromettantes, -^ il faut le reconnaître, — que lui avait adressées son associé lors des journées de juin. Il y avait là de quoi corser l'accusation. Les deux complices subirent un premier interrogatoire en pluviôse an H. Ronès put se tirer d'afTaire et fut mis en liberté. Mais on retint Mauviel qui, quatre mois après, était guillotiné. Il avait vainement invoqué sa parenté avec Charles-Louis-François-Honorô Le Tourneur, le futur membre du Directoire, alors simplement Conventionnel, qui était son beau-frère, et qui parait d'ailleurs s'être fort peu soucié du malheureux Mauviel.

492 M. IIAUVIEL DE BOUILLON

Le coup double qu'avait manqué le Tribunal révolutionnaire dans l'affaire Mauviel-Ronès, il l'exécuta dans l'affaire Harelle-Des Acres. Louis des Acres, comte de Laigle, maréchal de camp, avait été arrêté pokir... aristocratie et guillotiné le 8 mars 1794. Dans ses papiers on avait retroavé une lettre à lui adressée par Jean-Vallery-Marie Uarelle, jeune homme de 30 ans, né à Laigle, lettre qui « respirait la plus perfide aristocratie». Après s'être servi de cette lettre contre des Acres, le Tribunal eut la bonne fortune de pouvoir Tutiliser contre Harelle. puisque la veille môme du jour où était exécuté le comte de Laigle on mettait la main sur son complice, comme lui condamné à mort et exécuté le 29 mars. On lira ci-après cette lettre qui coûta la vie à deux personnes.

La troisième correspondance que je donne n'est du moins pas tachée de sang. C'est une série de lettres échangées entre les divers membres des familles Thoynet, Tourolle et Lurieux. François Thoynet de Bigny, né à Montbrison vers 1737, ex-trésorier général dîes ponts et chaussées, habitait Paris au moment de la Révolution. Il avait quatre filles, dont deux étaient alors mariées : l'aînée Th. Thoynet à M. Tourolle à Paris, la seconde Joséphine à M. Jean-Louis Gonyn de Lurieux, ancien officier de dragons à Montbrison ; les deux autres, Alexandrine et Zéphirine, étaient encore Jeunes filles. Des affaires avaient, en mars 1792, obligé M. Thoynet à se rendre à Montbrison, où il resta jusqu'en juin 1793. C'est des premiers mois de son absence que sont datées les lettres que l'on trouvera plus bas.

Ces lettres furent saisies chez M. Thoynet deux ans après avoir été écrites. Revenu à Paris en juillet 1793, il y avait vécu sans être le moins du monde inquiété jusqu'en juillet 1794, lorsqu'à cette date il fut recherché comme ayant participé au mouvement fédéraliste du Sud-Est pendant son séjour à Montbrison. On l'arrêta à Portes, près de Gorbeil, le 15 juillet 1794, et, le 18, les scellés étaient mis sur ses papiers. L'affaire heureusement traîna en longueur et le 9 thermidor passa sans que Thoynet eût été appelé devantle Tribunal. Ce ne fut toutefois que le 18 octobre 1794 qu'il fut déchargé d'accusation et rendu à ses filles, dont les lettres bien innocentes eussent sous Robespierre suffi assurément à le perdre '■

Je n'ai rien à dire sur la dernière lettre que je publie. Elle est de M"«de Nermont que mes lecteurs connaissent déjà.

1. — De M, Mauviel de Bouillon à M. Bonès, à Tilly-cTOrceau (Calvados),

(Arch. nat., W 338, doss. 733, 2* partie, n<*4i.)

Paris, rue Vivienne, n" 13 ; mardi de Pentecôte

[2 juin 1792)

... Nous n'avons rien, Monsieur, de bien nouveau ici. La fermentation, les intrigues, les machinations de toutes les

1. En dehors du carton W 48, doas. 3156 aux Archives Dationales, cf. ibid., F' 47*5*

A If. RONÈS

manières et de toutes les couleurs vont toujours plus en mentant que nos succès à la guerre. Voilà encore que ^ Gouvion, comnnandant l'avant-garde de Tarmée de La Fay a été obligé de se replier, c'est-à-dire de reculer, car montrons souvent le talon, et je ne connois pas de plus mai génie que le génie jacobin pour procéder à toutes nos oj tiens. Nous avons encore perdu là trois pièces de canoi crois que les Jacobins jouissent de leur reste. Ils ont bien ( peine à lâcher prise. Le petit niinistre bonnet rouge, Dumou nous mystifie et l'Assemblée avec les six millions qu elle a à sa disposition pour les dépenses secrètes. Lui qui ne d< avoir rien de caché ! Ses espions ne doivent pas lui coûter et la Nation peut bien dire : « Mes pauvres six million comme le chasseur et la laitière : « Mes pauvres 60 franc Pour celui-là, je vous réponds qu'il boita notre santé et qu divertit bien à nos dépens. Il a pris pour maîtresse la sœi Rivarol *, qui va comme les autres où il y a bonne cuii L'Assemblée est, je vous assure, toujours bien jacobinée et orléanisée.

Vous saurez que, si Jourdan ne vient pas à Paris to l'heure, c*est que les affaires de son commandement le re nent sans doute pour faire face au général Montesquiou, géi de Tarmée du Midi *. Mais Jourdan envoie ses députés, Dup Minvielle * et Tournai *. On les attend aux Jacobins. Vous ji que cela va et ira bien. La peste dans le royaume y seroit-m funeste que les Jacobins. Mais je crains pour eux le retou service au Champ de Mars, fixé à dimanche, pour Simonn maire d'Ëtampes. Toute la garde nationale y sera, et les sap pourroient bien mettre hache au bois, saper la jacobinière Feuillans (église Saint-Honoré), le comité central de l'ar vêché, les sociétés fraternelles, et les tyrannicides Gordel Ne dites pas cependant cela à vos Jacobins [provinciaux, ] qu'ils ne le mandent pas ici. Gela pourroit bien ne pas i comme cela pourroit être, car on est bien las, bien las de c vermine-là. Ils craignent terriblement le rassemblement et

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