faudrait plus correclemeut : Voici comment
M"*« TOUROLLK A M"« DE LURIEUX
versois le Palais-Royal; on fermoit de tout côté les boutiqi J'ai encore voulu voir ce qui se passoit; j'ai été avec b( coup de difficultés aux Tuileries; j*ai vu tout le Château el tivement investi des chevaliers de la pique. J'en ai vu sui toits, j'en ai vu sur le balcon qui y montoient la garde, ai vu qui sortoient par les croisées et y entroient depui grenier jusqu'au rez-de-chaussée. Enfin je n'ai jamais vu de si pitoyable. Je m'adressai à un grenadier de la ga nationale, pour savoir ce qui se passoit dans l'intérieui Château ; il me dit qu'il l'ignoroit. Un particulier, qui a entendu mon interrogation , me dit : « Moi , monsieur descends de chez le Roy; j'ai manqué d'y être étouffé tai y a de monde. II est placé au milieu de MM. Pétion et ^ gniaud^ et de deux grenadiers nationaux ; et le Roy a le boi rouge sur la tête, une cocarde nationale d'un côté et blanche de l'autre, et l'armée défile devant lui dans les ap] temens ». A 8 heures, j'ai quitté cet affligeant spectach 40 heures, on me dit qu'il y avoit encore beaucoup de moi n étoit cependant bien temps de finir. C'étoit commencé de] les 10 heures du matin.
Je n'ai entendu parler d'aucuns accidens. C'étoit absolun comme dans Robert, chef des brigands *. On alloit et venoit ne disoit'rien à qui que ce soit; on alloit à son but. Si je i quelque chose de nouveau aujourd'hui, je continuerai mon cit. Vous me connaissez; je ne signe pas.
Je suis tout à vous.
i. — De AT"* Tourolle à M^ de Lurieux, sa sœur, à Fet
en Forez.
(Arch. B&t., W 48. dosaicr 315&.)
Paris, du 21 juin 1792.
Nous sommes, ma chère Joséphine, dans un moment l fâcheux ; je crois que nous devons bien craindre pour Tave Hier, 30.000 hommes armés de piques, de couteaux, et I
1. Pierre-VicUirnieB VergniAiid (17531793), avoc&t au parieneot de B^nieux, dép U Législative el i la Convention.
2. Robert, chef des Brigand»^ pièce imitée des Brigands de Schiller par Jean-H Fcrdinand-Lamartollière (1761-1830}.
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canons étoient commandés par M. de Santerre. Us ont été aux Tuileries pour forcer le Roy de sanctionner les décrets des prêtres et du camp de 20.000 hommes, sur lesquels il avoit mis son veto. Une partie de la garde nationale a été au Château. Mais la partie de la garde nationale qui veut Tordre est à présent si peu considérable qu'à moins de vouloir se laisser massacrer, elle ne pouvoit empêcher les piques d'entrer. Us ont forcé deux portes. Le Roy, entendant ce bruit, ordonna à tout son monde de le laisser seul. Alors, il descendit au-devant du peuple, qui lui dit qu'il falloit qu'il choisît d'être roy de Goblentz ou de la Constitution, et qu'il sanctionnât les décrets. Le Roy leur dit qu'il n'avoit pas la tête à lui et qu'il ne pouvoit leur rendre une réponse. Us lui présentèrent le bonnet rouge qu'un grenadier lui mit sur la tête; onlui fit boire à la santé delaNation. Quatre grenadiers, qui entouroient le Roy, lui jurèrent qu'on ne lui feroit point de mal, qu'on les massacreroit plutôt avant. Le Roy prit la main d'un grenadier, la mit sur son cœur, et lui dit : « 11 ne tremble pas; jugez par là que je n'ai point peur ! » Ce fait est très certain. Ces malheureux enfoncèrent deux portes, pour aller chez la Reine qui se sauva par un escalier dérobé. Le Roy remonta chez lui, où ils se mirent tous à pleurer. Tous les gardes nationaux disoient hier que, s'ils avoient voulu piller les maisons, ils Tauroient pu faire sans qu'on pût lesarrêter, parce que les trois quarts de leurs camarades sont jacobins et étoient avec eux.
L'armée marseilloise, par un décret de T Assemblée nationale, va se rendre à Paris, parce que, dit-on, il faut du sang. Elle y sera sûrement bientôt. Je vois à présent que l'endroit le moins sûr est Paris. Nous n'espérons plus que dans la Providence. M. Pétion approuve toutes ces horreurs.
Un terrible décret, c'est que chacun sera obligé de monter la garde lui-même, sans pouvoir se faire remplacera On ne sait encore la punition que l'on mettra, si l'on y manque ; mais il y a à parier qu'elle sera forte. Juge de mon inquiétude, quand je saurai mon mari à son corps de garde la nuit et les jours où il y aura du train. Oh ! réellement, cela est affreux!
On assure que, si le Roy ne satisfait pas ces malheureux, ils viendront en force 8.000 hommes. Et nous n'avons pas 8.000 hommes pour nous défendre ! Cette idée a répandu hier la consternation parmi tous les gens honnêtes, et surtout les riches qui sont les plus malheureux dans cette circonstance. Jamais