‹ Lettres d'aristocratesChapitre 454 sur 541 · II. TOUROLLB A M. THOYNET · texte numérisé non relu

II. TOUROLLB A M. THOYNET

6. — De M. Tourolle à M. Thoynet^ son beau-père, à Montbrison.

{Ibid.)

Paris, ce 2 août 1792.

Que VOUS êtes heureux, mon père, d'habiter un pays tran quille ! Mais le restera-t-il encore longtemps ? Vous êtes hier près de Lyon qui sera sûrement le point vers lequel marche ront les troupes de la Savoie ; et peut-être ceux des nôtres qu auront peur et qui s'enfuiront causeront-ils sur leur passage bien des désordres. Pour nous, nous avons fort peur dei fédérés, ou prétendus fédérés, que nous avons dans ce momen dans notre capitale. Les Marseillois ont déjà annoncé leu arrivée par deux malheurs : plusieurs boutiques ont été enfon cées, et avant-hier il y eut une rixe aux Champs-Elysées, qu a produit dans la Garde nationale 3 hommes tués et 25 d( blessés*. Notre vœu le plus fervent est pour le prochain dépar de ces messieurs de province et nous ne pourrons avoir d( tranquillité que lorsqu'il sera effectué. Ils ont jeté pour le mo ment une grande effervescence dans Paris, et l'Assemblée n< paroît pas chercher à la calmer. 11 paroît que le Roy va sou peu de jours montrer une grande vigueur, aller à l'Assemblée y convoquer séance tenante les sections de Paris, et leur parle d'un ton véritablement royal. On dit aussi que les chef ont peur. Nous serions sauvés s'il en étoit ainsi; et peut-être dès que les armées combinées vont entrer, ce qui sera trè incessamment, grâce à Dieu, s'enfuiront- ils malgré leur beaux sermens et les grandes phrases.

Quant à moi et à ma femme, nous n'avons pas encore quitt les environs de Paris. Mais nous allons partir ces jours-ci pou Magnanville* ; les environs en sont très tranquilles, il n'es point sur le chemin des troupes arrivantes et fuyantes, et m; femme n'y entendra pas parler à tous momens de maux présen et de craintes futures, elle ne sera pas à même de se trouve dans aucune rixe. Il n'en faudroit qu'une pour lui faire bien di

1. Le lundi, 30 juillet, il y eut en effet une assez sanglante bagarre entre les fédéra marseillais et les grenadiers des Filles-Saint-Thomas et des Petits- Pores, qui se trouvaiei dioer les uns et les autres en corps dans deux auberges voisines, aux Champs-Elysées (Fei rières. Mémoire». Paris, 1821, 1. 111, p. 151-133 ; Prud'homme. Bivolutions de Parit, n«d 2 ao«t 1792).

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