De N. àM, Thoynet
{ibid.)
Paris, le vendredi soir, 29 juin [1792].
Je reçois de vous, mon voisin, bien exactement trois lettres par semaine. G*est une consolation que vous voulez me donner, et je vous en remercie. J'ai sûrement plus de plaisir à lire vos lettres que vous n'en avez à me les écrire...
Vous aimez mieux croire à ma paresse qu*à mes affaires. Ehî bien, mon voisin, vous avez tort ; car, je vous assure que j'en avois pourtant une très grande le jour que je vous ai écrit si peu, et à laquelle je ne m'attendois pas.
M. de la Fayette est arrivé à Paris, il y a deux jours, et a demandé à paroître à l'Assemblée pour dire qu'il venoit, en son nom, en celui de l'armée qu'il a l'honneur de commander, et en celui de tous les honnêtes gens du royaume (voilà ses propres paroles), demander la poursuite des auteurs et instigateurs des événemens du 20 de ce mois, et qu'il demandoit vengeance des violences exercées sur le Corps législatif et sur le Roy, et de donner à l'armée l'assurance que la Constitution ne sera point attaquée au dedans, pendant que tant de braves gens la garantissent, au prix de leur sang, des atteintes des ennemis du dehors. 11 s'est fait quelque bruit; mais, en général,
M"** TOOROLLE A II. TBOYNBT 505
il a été fort applaudi et, comme il le dit, bien vu de tous les honnêtes gens.
Monsieur le président *■ a répondu, au nom de l'Assemblée, qu'elle a juré de maintenir la Constitution, et qu'elle saura la défendre, et M. de la Fayette a été invité aux honneurs de la séance. La Garde nationale l'a reconduit chez lui, et il est reparti d'hier.
Nous voilà donc encore une fois tranquilles à Paris. Je ne sais si cela durera bien longtemps, car il y a bien des gens qui veulent le contraire. ,
Adieu, mon voisin, je vous embrasse. ^
it. — De M""^ Tour 0 lie au mêine.
[Ibid.)
D'Âutouil, 4 juillet 1792.
Mon cher papa, tu me donnes tous les jours de nouvelles marques de ta bonté. Je n'en suis point étonnée, car je sais combien de tout temps tu as aimé tes enfans, que tu as toujours tout fait pour eux.
J'aurois bien profité avec empressement d'aller chez ma soeur. Elle a déjà eu la complaisance de me le proposer ; mais ma grossesse m empêchera de pouvoir accepter ces offres. Sans cela, le plus sûr, je crois, scroit de quitter Paris. Loin de l engagper à revenir, mon cher papa, je t'exhorte bien à n'en rien faire. Tu ne doutes pas du désir que j'ai à te revoir ; mais cependant la certitude de savoir que tu es tranquille l'emporte sur tout, et je me féliciterai, s'il y a quelques dangers à courir, que tu ne sois pas avec nous. Je suis bien persuadée, et tout le monde le dit, que cela ne peut durer longtemps tel que cela est. Nous sommes au moment de la crise ; il faut absolument un changement quel qu'il soit. Jourdan est arrivé et loge chez Santerre. On va le voir quand on veut. On a promis 5 sols à tous ceux qui se trouveroient à la Fédération. Une quantité de personnes quittent Paris et se rendent à Rouen, le rendezvous des honnêtes gens. C'est la seule ville où il n'y a jamais eu de club des Jacobins. Je suis en ce moment-ci à Auteuil,
1. Le préiidentde rAsfemblée élait ce jour-là Cécile-Slanislas-Xavier. comte de Girardin (I7«î-18i7/.
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chez M"** Canteleux, pour huit jours ; j'y resterai jusqu'à lundi...
Adieu, mon cher papa ; sois sûr que personne au monde ne l'aime plus que moi.
Je suis avec respect, mon cher papa, ta très humble et très obéissante servante et fille.
Th. Tourollk.
5. — D'Alexandrine Thoynet à M. T/ioynety son père, à Montbrison.
{Ibid.)
[Paris], ce 28 juillet 1792.
Mon cher papa, je sa vois que ma sœur avoit eu la petite vérole ; aussi tu peux juger combien j'étois inquiète. Heureusement que je ne l'ai su que comme elle alloil si bien qu elle avoit pu m'écrire. A présent, je suis enchantée qu'elle en soit débarrassée, car c'est un cahos de passé. Je me suis bien doutée que tu seroisavec elle. Je connois trop ton amitié pour nous, pour avoir pu penser autrement. ,
Je suis étonnée que tu n'aies pas eu des nouvelles de la Fédération, car je t'ai écrit aussitôt le jour passé. Nous sommes toujours dans l'agitation. On s'occupe plus que jamais de la déchéance du Roy. On assure que les troupes du roy de Sardaigne^ camperont à Lyon. Si cela étoit, je crois que tu ne serois pas en sûreté à Montbrison, car les brigands pourroient se servir de ce prétexte pour aller piller. Ainsi, je crois qu'il faudroit que tu reviennes auprès de tes enfans. Cependant, il vaut mieux linir toutes tes affaires, afin que tu n*y retournes plus ; car, quand tu y vas, tu restes trop longtemps...
M. et M"* Tourolle, ainsi que Zéphirine, te font bien des amitiés et t'assurent de leurs respects, ainsi que moi, mon cher papa, qui suis avec respect ta très humble et très obéissante servante et fille.
Alex. Thoynet.