BAYARD A M. BAYARD, SON FILS
notre maladie est bien dangereuse et peut devenir mortelle.
^me Rivière a vu partir son mari avec bien du chagrin, et l'état de Paris ne l'a pas rassurée, tant s*en faut. Nous ne jouissons plus de la campagne; nos plaisirs sont empoisonnés par la réflexion que nos maîtres sont malheureux et qu'il n'y a point de termes à leurs malheurs. Il est difficile de ne pas être découragés en voyant Tabîme où nous sommes. Le temps se passe, et nos maux augmentent à chaque minute, à chaque seconde. Vous êtes plus heureux que moi, vous les voyez au moins, et leur courage vous en donne. Je ne me suis jamais sentie foible auprès d'eux; il semble qu'un rayon de la Divinité les entoure; on se sent mieux près d'eux, cela est certain, je l'ai bien éprouvé. Mais ce qui est encore vrai, c'est que vos lettres nous consolent. Quelquefois, nous les relisons. M°*® Rivière y a grande confiance. Le petit imprimé que vous nous avez envoyé hier nous a fait plaisir. Ha ! si l'on pouvoit prendre un peu de confiance, l'espérance en résulteroit. Continuez, Monsieur Hûe, à nous écrire ; c'est une vraie marque de votre amitié pour nous. Quand vous recevrez cette lettre, nous sau- ' rons ce qui s'est passé à Paris ; jusque-là nous serons dans une terrible perplexité...
Adieu, Monsieur Hue, je ne peux vous en dire davantage. Tant que je ne saurai pas ce qui s'est passé, ma plume se refuse à parler d'autre chose que des événemens que je crains. Comptez toujours sur notre amitié...