De M"® Bayard à M. Bayard, son fils, aux Tuileries
{ibid,)
[Montmorency, août 1792].
J'ai reçu, mon fils, hier, vos deux lettres qui ont diminué l'inquiétude dont nous étions tous tourmentés par la crainte que vous, votre père ou quelques proches parens ou amis n'eussiez été enveloppés dans une proscription déjà si étendue. La Providence, il est vrai, nous a épargné la vue de scènes dont le récit seul nous a fait dresser les cheveux de la tête ; mais il est difficile d'ajouter aux angoisses que nous ont fait éprouver les premières nouvelles qui nous sont parvenues. Ce jour fatal, à midi, nous avons entendu le canon, et avons eu tout le reste de la journée et la nuit suivante la vue de l'incendie que nous avons craint encore être beaucoup plus consi-
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dérable. Depuis, la difficulté avec laquelle Ton sort de la capitale Fend les nouvelles plus rares. Lès détails que vous noQ5 avez donnés [dans vos lettres], joints aux journaux qu'elle? renfermoient, nous ont fait éprouver la seule espèce de plaisir dont les circonstances nous rendoient ausceplifales. Continaez. je vous prie, à m en iaire passer le plus qu'il vous sera possible,.. •
Je vous suis obligée des soins que vous avez pris de inoiî logement, que vous faites très bien dabandonner à la Provi dence dans les momens les plus fâcheux. J ai faut au besoin le sacrifice de tout ce qu'il renferme, si les circonstances parltculières ne permettent pas, dans le cas d'urgence, la tran^tiondecc que contiennent les armoires fermées dans la chambr* de la femme de chambre, du salon et de la garde-robe qu au besoin vous ferez forcer et vider dans des malles, ou vache> et paniers que renferme le garde-meuble, que je vous autorisa* également à faire forcer si vous le croyez nécessaire, sachant qu'en pareille circonstance on fait toujours bien en faisant pour le mieux. Encouragez les domestiques , à abandonner le plu< tard possible la maison; donnez-leur quelques bouteilles de vin; je vous ai laissé le moyen de vous en procurer.
Je vous plains de bien bon cœur et ne peux m'empôcher di' regretter de n'avoir pas effectué notre premier plan de retraite, qui vous eût épargné des journées affi^euses, à nous bien de l'inquiétude et [nous eût offert] un asile peut-être moins agréable, mais probablement plus sûr. Enfin votre p... ou plutM croyons que la Providence ne l'a pas permis. Adorons et résignons-nous ! Aussitôt que les passages seront plus libres, profitez-en pour venir nous voir. Gela vous rafraîchira un peu la tète et nous fera à tous beaucoup de plaisir. Nous concerterons d'ailleurs ce que la prudence nous indique pour l'avenir, peutêtre peu éloigné. Recueillez à cet effet le plus d'avis de gens d'âge et voyant juste. Soyez de la plus grande circonspection et ne vous exposez pas imprudemnaent et inutilement.
Votre sœur est un peu indisposée. Quoique nous mangions bien moins qu'à l'ordinaire, nous digérons bien mal, dormons peu, passant une partie des nuits à discourir ensemble, nous inquiétant et nous remettant alternativement Tune l'autre. Jusqu'à présent tout est ici tranquille. On monte la garde et on patrouille la nuit.
Adieu, mon fils. Dieu permettra, je l'espère, que nous nous revoyons sains et saufs...
ofel
Goofcle
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LETTRES DE M. DE LA VIQNE-DAMPIERRE A M. N... ; DE L'ABBÉ DE BOLOGNE AU MARQUIS DE BOLOGNE: DE MM. POOYVKT DE I BLINIÈRE, DE PARGADE, DE LASSADX, DE MONTJUSTIN, DE PIBRREPONT, I MONTGOiN A LEURS PARENTS ET AM»S.