SEPTEMBRE — 19 DÉCEMBRE
r. — Asp«ct des rues de Paris. — Le« UiéAlres. — Le camp de Grenelle. — Un dincr onventionnels . — Au restaurant. — Nouvelles de la guerre. — Complot dénoncé à la irenlioD. — Tentative contre lo Temple. — Commencement dn procès de Louis XVI. I. Sanlerre.
\ lettres qui suivent sont presque toutes adressées à la môme per- ^ Madeleine-Françoise-Joséphine de Rabec, par son mari, Paul-Pierre lly. ancien fermier général, et son amant François-Auguste de Beauci-devant gendarme du Roi et lieutenant dans la légion de Laxem-
doux derniers personnages, intimement liés, comme il arrive souvuiii en pareil cas, étaient, de Boulogne, — où. au commencement de la Révolution, s'était réfugiée « la famille », — revenus en 1792 à Paris pour y poursuivre le «lancement» d'une énorme affaire, dont le but secret était de faire passer des capitaux aux Princes, frères de Louis XVI. Mais afin d'avoir un prétexte de réunir ces capitaux, les deux amis avaient coloré leurs desseins de sentiments patriotiques, et sollicitant, dans ce but, de l'Assemblée législative, l'autorisation de rétablir la Caisse dite de commerce de la rue de Buci, ils avaient fait miroiter aux yeux des législateurs un plan de finances grandiose, qui devait conduire à la suppression de la dette et à la « régénération » des impôts. Tant et si bien que l'autorisation demandée leur avait été accordée le 20 septembre 17S2.
Mais il fallait réunir les capitaux, et c'est là qu'échouèrent KoUy et Beauvoir. Obligés de jouer double jeu pour attirer les prêteurs, d'insister auprès des uns sur l'approbation donnée à leurs projets par rAssemblée. de montrer aux autres la garantie spéciale promise par les Princes aux bailleurs de fonds, ils ne pouvaient manquer de se trahir. C'est ce qui arriva. Un beau matin, un capitaliste se présente chez Beauvoir, faisant sonner bien haut ses écus, son nom de Prouvîlle, son titre de marquis, s'attendrissant sur le sort du Roi et des Princes, se déclarant prêt à tout sacrifier pour eux. autrement dit à verser personnellement 300.000 livres, et à en amener 500.000 autres dans la Caisse de commerce ; en sorte que Beauvoir n'a bientôt plus de secrets pour son nouvel ami, à qui il fail faire la connaissance de Kolly. Pendant plusieurs jours, ce ne sont que colloques, rendez-vous, entretiens... jusqu'au 8 janvier, od, l'affaire étant à point, les conspirateurs délestés de tous leurs secrets, le faux Prouville les fait arrêter et se fait arrêter avec eux pour mieux déguiser le rôle
M. DE KOLLY A M"' RENAUD S
odieux de provocateur qu'il a joué. Quatre mois après, Kolly et Beauv montaient à l'échafaud, et M^»* de Kolly, qui n'avait obtenu un sursis q grâce à une fausse déclaration de grossesse, était de même exécutée 4 novembre 1793.
Cette affaire Kolly ayant été exposée, il n'y a pas longtemps, par historien de talent*, les projets de ces conspirateurs n'ayant reçu d'î leurs aucun commencement d'exécution et se trouvant dépourvus en c< séquence de tout intérêt historique général, je n'ai tiré de leur correspi dance que les détails pouvant donner une impression vivante de physionomie de Paris à la fin de 1792. Ces détails ne manquent pas pittoresque, on le verra.
1. — De M. de Kolly à M"' Renaud^ sa cousine^ à Boulogne-sur-mer,
(Arch. nat., W 269, dost. 23, 2* partie, n» 64.)
Paris, ce samedi [29 septembre 1792].
Tout est ici fort tranquille, mais je désire que m
affaires se terminent bientôt Je dîne tous les jours chez
restaurateur sans être restauré ; je me couche au lieu de se per ; et comme je ne m'occupe ici que d'une seule affaire, trouve les soirées fort ennuyeuses. Paris a l'air d'une pet ville de province : quelques fiacres, quelques patrouilles, f une figure de connaissance. Pas moyen d'aller au specta( pour ceux qui ne veulent pas prendre le théâtre pour u église, car, à la fin, il faut, dit-on, se mettre tous à genoux, parterre comme aux loges, pour y entonner en chorus hymne à la liberté, que l'on chante en faux-bourdon. Adelir a été disgraciée ces jours derniers pour avoir refusé de chs 1er la carmagnole. M™® Dugazon^ ne veut plus revenir à Par Tous les acteurs italiens de la rue Feydeau sont partis rOpéra danse avec des béquilles.
Les mauvais patriotes répandent ici que les Prussie
sont à Ay et à Reims, pour arriver à Paris sous quinze joui comme s'ils étoient assez imbéciles pour venir provoqi 700.000 hommes libres qui sauroient les pulvériser en 24 heun ainsi que tous leurs rois et leurs généraux. On travaille aux fossés et au camp sans relâche. Tous les citoyens, sa
1. Paul Gaulot, Af^ de Kolly {Revue hebdomadaire des 30 juin. 7 et 14 juillet 1900)
2. Marie-Madeleine Rombocoli-Riggieri, dite Colombe cadette ou Adeline (1760-18^ danseuse à la comédie italienne.
3. Louise-Rose Lerëvrc, épouse de Jean-Henry Gourgaud dit Dugazon, (1755-1821), acli de la Comédie-Italienne.
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distinction, sont commandés pour aller y bêcher la terre, et îl y a là des officiers qui, la canne à la main, font fort bien travailler les paresseux payés ou non payés.
2. — Dn même à sa femme, Madeltine'Joséphine-Profh^ çoise de Rabec^ à Botdogne-sur-mer,
{Ibid., n» 62.) Taris, ce dimanche 7 octobre [1792].
J ai fait, avant-hier, un dîner bien maussade : des députés
de la Convention bien jacobins, des premiers commis de la guerre, des affaires étrangères, et puis des femmes d'émigrés. Tu juges comme tout cela devoit bien s'accorder ensemble : des nouvelles bien victorieuses pour les uns étoient déchirantes pour les autres. On se disputoit tout, jusqu'au dîner qui étoit d'un tempérament trop foible pour résister à tant d'ennemis ; on mangeoit de rage et l'on en avoit que plus de faim. J'aurois voulu la plus foible, la dernière part, et en être dehors. Hier, j'ai été dîner chez Beaujour et me voilà à côté d'un illuminé * qui a prédit au feu Roy et à M""* de Lamballe tout ce qui est arrivé depuis, et qui m'assure pour dernière prophétie qu'il est le dernier sauvé de Thôtel de la Force, mais qu'il sait bien qu'il doit être Incessamment pendu J'avoue que je suis las de quitter des roués pour trouver des pendus, et si dans le dîner que je vais faire aujourd'hui, je trouve un fouetté ou un guillotiné, je me condamne à manger tout seul et dans ma chambre.
On dit les Prussiens toujours en fuite, Verdun repris, enlin M. Dumouriez devenu la terreur de M. de Brunswick ; tant l'amour de la liberté grandit les honmies