TRE DE M. BEAULIEU A M. REVIER8 DE MAUNY
(18 JANVIEH 1793)
IVotiee. — PhysioDomie de Paris le 18 JaQrîer 1793.
n aise de profiter du calme delà matinée pour vous donner Paris pendant ces jours-ci », écrivait le 18 janvier 1793. re Beaulieu' k M. François Reviers de Mauny, ancien capims. Plus de cent ans après, cette lettre reste aussi intéres- •emier jour, et on ne regrettera qu'une chose en la lisant, oiée dans la volumineuse correspondance d'affaires d'où je
Beaulieu à M, Reciers de Maunyy à Anue^ près Chdteaudun.
(Arch. nat., W 270. doss. 24, 5« partie, n* 39.)
Paris, le 18 janvier 1793.
Monsieur,
On a expédié dès hier des courriers dans tous les dépariemens, au moyen de quoi vous savez maintenant que sur 721 votants, 366 ont voté pour la mort sans restriction. Ainsi le décret a été rendu d'après le dépouillement du scrutin. Le président a donc prononcé que la peine à infliger étoit la peine de mort. M. de Malesherbes et les autres défenseurs du Roy se sont présentés à la barre et, au nom du ci-devant Roy, ils ont déclaré qu'il dcmandoit à interjeter appel au peuple François. Ceci a donné lieu à une nouvelle discussion. Je ne connois encore que l'opinion de Robespierre, qui s'est vite jeté à la tribune pour dire que le décret étoit irrévocable. Je vais sortir pour savoir les nouvelles et vous informer exactement de ce
I. Cf. au» Archives nalionales. W 134, les dernières lellrcs écrites par lui à s* fânil*^ avant d'ôtrc mené à Téchafaud.
M. BEAULIEU A M. RBVIBRS DE IIAUNY
qui se passe. Mais je suis bien aise de profiter du c matinée pour vous donner une idée de Paris pendar ci. Le plus grand calme, la plus grande tranquill dans la ville. Tous les gens de travail, les marchî cians, tous sont occupés comme de coutume. Il sem un ne veuille interrompre son occupation pour dor ment de réflexion sur cet événement. J'ai été hier à tion. J*ai cru y trouver une affluence à ne pouvoir en Eh! bien, j'ai trouvé que dans l'Assemblée il y avoil deux tiers des membres et que les tribunes n'étoiei plies à moitié de ce qu'elles pouvoient contenir. Enfi que tout ceci n'intéresse personne ou que le déci semblée ne doive avoir aucune suite et que tout le dans le secret. J'ai entendu trois prêtres dont un é^ hier ; tous trois ont voté pour la mort.
Je rentre à l'instant. Je ne puis vous rien apprei que vous diront les journaux. La demande des déf Roy a été rejetée. Le ci-devant Roy ne pourra au peuple. Aujourd'hui, à midi, la discussion sera < la question de savoir s'il est utile de suspendre Celte question, dont la solution est d'une extrême i sera, dit-on, tout à fait terminée aujourd'hui. Geh cependant difficile à croire, parce que l'on doit y p; appel nominal.
Jai l'honneur
Je vais à la séance.
LETTRES DE M. DE BERNARD A SA FEMME ET A SA MÈRE (12 DèCBMBRE 1792 — 23 JANVIER 1793)
Xotice. — Le procès cl ia mori de Louis XVL
« Les lettres que l'on va lire, — écrit M. C. Fromont de BouaiUe, leur premier et distingué éditeur, — contiennent quelques détails inédits sur le procès et la mort de Louis XVI. Celui qui les a écrites était venu du Dauphiné à Paris dans Tespoir de s'y rendre utile, et avec un grand cou rage il offrit ses services à M. de Malesherbes pour concourir à la défense du Roi ; mais ceux-ci ne purent être acceptés, et, comme il le dit. ilneal que le sentiment consolant de s'être offert.
« Il ne fut donc qu'un spectateur des événements qui se dérouièrenl en décembre l'Oi et janvier 1793 : spectateur ému, plein de pitié pour le Roi, plein aussi d'une patriotique tristesse...
« Charles-Joseph de Bernard avait alors quarante-six ans. Il était né à Grenoble le 15 mai 1756... En 1788, il est lieutenant de la judicatun» épiscopale de Grenoble, et la confiance de ses concitoyens l'envoie siéger en juillet aux l^tals de Yizille et en septembre aux États de Romans... En 1789, il est nommé assesseur du Grand-Prévôt pour enquêter sur les troubles et les pillages de châteaux qui avaient eu lieu surtout dans les arrondissements de Vienne et de Bourgoin, rechercher et punir les coupables... Nommé, en 1790, commissaire du Roi prés le tribunal de disliid de Grenoble, il se démit de ses fonctions dès qu'il fut instruit du renversement du trône.
« Deux ans après, nous le retrouvons à Paris et c'est alors qu'il adresse à sa femme. — M"« La Courbassière, — et à sa mère, les lettres suivantes.
« Rentré à Grenoble, et malgré les précautions qu'il avait constamment recommandées à sa famille pour ne pas le compromettre et l'exposer inutilement, il ne tarda pas à être emprisonné... Thermidor le sauva-
« Nommé procureur général prés la cour de Nîmes, sous la Restauration, il était en 18il premier président de la cour de Limoges et en 18i2, sur les instances du Garde des sceaux, il accepta la première présidence de la cour de Poitiers... 11 fut encore conseiller ô la Cour de cassation et mourut au mois de février 1832 avec le titre de premier président honoraire de la cour de Grenoble ».
Ses lettres sont aujourd'hui en la possession de ses petits-enfante. M. Jean Journel et >!■• Ennemond Morel. Ils les ont confiées à M. Fromont de Bouaille qui les a publiées dans le numéro de mars-avril 1904 de la