INTRODUCTION IX
à Paris. En quel état? M. de Vergennes nous le dira. Son fils, capitaine de la milice nationale, de garde toute la journée au parvis Saini-Gervais-, s'est abrité, vers 11 heures du soir, à THôtel de ville avec sa troupe, « tous mouillés comme des soupes ». 11 se sèche devant un bon poêle et mange avec ses hommes quand arrivent les harengères de Versailles, Louise Chably à leur tête. M. de Vei^ennes Tembrasse avec plusieurs acitres, les fait toutes mettre à table avec lui et boire tant qu'elles veulent. « Puis il fait reconduire chez elle sous bonne escorte cette Chably, que les autres jalousent d'avoir été embraissée par le Roi et dans la chaleur du vin veulent pendre »,
Cependant il pleut à Versailles, comme à Paris, et sous les a¥«rses distinguez- vous, dans la nuit, cette députation de f.Vssemblée s'avançant à travers la place d'Armes ? Ceux qui la composent demandent à M. Desplas, garde du corps de bction, de leur ouvrir la grille. Ils veulent parler au Roi, et plusieurs, en passant, prennent la main au jeune homme et la faii serrent, « comme pour lui dire qu'infailliblement lui et ses camarades vont devenir les victimes innocentes de ceux qui conduisent cette trame ».
Et voilà, vers 11 heures, M. de la Fayette qui arrive avec la Garde nationale de Paris. Lui aussi monte chez le Roi. Lui a^i serre la main de Desplas, le conjure de prêcher le calme à SCS camarades.
Le jour se lève enfin. A 6 heures, M. Moreau est mis en (action à la grille avec M. des Huttes qui moins d'une heure après est massacré sous ses yeux, presque au môme moment •M tombe M. de Varicourt, que son frère cherche vainement à rejoindre.
U faut alors sauver la Reine. Avec M. de la Roque-Saint- Thurien nous heurtons à la porte de sa chambre; nous y êfltrons. Elle se lève, nous l'entrevoyons passant un jupon et * enfuyant chez le Roi, « lequel arrive d'un autre côté demanéaai avec empressement etd'un air fort inquietoù est la Reine ». 3eus ie rassurons et le rejoignons bientôt à l'CEil-de-Bœuf et compagnie de MM. Desplas, Moreau, Lauson, de Lésigny. C*esl avec ce dernier que nous rentrerons à Paris, avec I- ée Lésigny, qui se met à « la portière du Roi, un bonnet de greoadier sur la tête, et n'abandonne pas le pommeau de ladite pwfière, sans que personne ose l'écarter ».
Hais voici à notre arrivée dans la capitale une figure de ttaiBaissance, M. de Senefîe, enrôlé dans la Garde nationale,, et ^0*ayant point été à Versailles, faitla haie le longdu cortège
royal. Regardons, à ses côtés, passer « la Reine en coiffe, en mantelet noir, sans rouge, ayant perdu ce regard fixe et cet airaltier qui la font distinguer ». Le Roi a l'air radieux! Le Dauphin, que Ton porte, étonné de ce qu'il voit. Enfin à 9 heures 3/4 du soir nous arrivons aux Tuileries. On sert à souper à 10 lieures. « Des députés en grand habit, quelques seigneurs en bottes » entrent. Puis Seneffe est mis en faction à la porte de la chambre du Roy, et lorsque la Reine y entre, il l'entend remercier M. de la Fayette de l'avoir accompagnée !
La capitale tumultueuse, grouillante, intempérante, Hère d'avoir reconquis son roi, se livrant à de perpétuelles manifestations devant les Tuileries, les femmes forçant par leurs cris la Reine à paraître « aux fenêtres sur les cours », et lui baisant la main, anodins préliminaires du 20 juin ; le Roi allant passer une revue de la Garde nationale aux Champs-Elysées « en frac brun et bas gris, comme un garçon marchand de la rue Saint- Denis », y arrivant à 10 heures et attendant jusqu'à 11 heures la milice parisienne, sans marquer d'impatience, bien qu'il pleuve continûment, qu'il soit venu à pied par les Tuileries, « et qu'il s'en retourne bien crotté » ; de rares fidèles « faisant cabale pour crier dans leur coin : Vive la Reine ! » à une sortie de Marie- Antoinette qui passe modestement vêtue, « coiffée d'un bonnet de vieille femme », et qui recueille précieusement ce cri « que depuis si longtemps clic n'a pas eu le plaisir d'entendre » ; voilà quelques-unes des scènes que vous voyez par d'autres yeux.
Maintenant l'écho des séances et les bruits de couloirs de l'Assemblée ! Vous les recueillez de la bouche de Faydel, député du Quercy : « Je désespère de plus en plus de la chose publique. H semble que l'aveuglement et le désordre doivent compléter nos malheurs. Notre situation devient tows les jours pire ; la division se fortifie dans l'Assemblée.., Tout va de mal en pis. Les enragés continuent à faire la loi. 11 ne nous est plus permis de faire usage de la parole. Les nouvelles officielles nous donnent les plus vives alarmes sur la perte de nos colonies. Je ne sais ce que nous deviendrons... Il part beaucoup de députés... Le parti jacobite acquiert tous les jours plus de force et plus d'audace; il tend à une déplorable démocratie... Nos malheurs s'accumulent tous les jours, notre espoir diminue, et peut-être ne sommes-nous pas loin de voir éclater de nouveaux orages. »
Puis, comme la plaisanterie ne perd jamais ses droits en France, savourez ce dialogue entre M"' Gressonnier de Beau-