‹ Lettres d'aristocratesChapitre 51 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

{Ibid., fol. 6-7 V*.)

Versailles, le 5 mai 1789.

Je ne puis, Monsieur, que vous donner un détail très abrégé de la fameuse journée d'aujourd'hui.

A 8 heures du matin, les membres de tous les Ordres se sont rassemblés dans un grand vestibule qui précédoit l'entrée de la salle des Etats*. Au-dessus de la porte d'entrée de la salle, il y avoît une tribune tapissée de velours violet, parsemé de fleurs de lys d'or. Lorsque tous les membres ont été à peu près arrîvéSL, trois hérauts d'armes ont paru dans la tribune et ils ont appelé les députés par bailliages, en annonçant la quantité de députés des trois Ordres. Chaque bailliage entroit dans la grand'salle et étoît reçu par trois maîtres des cérémonies qui les plaçoient successivement. Cette cérémonie a duré jusqu'à une heure après midi. Toute la salle, indépendamment des députés, étoit remplie de plus de 2.000 spectateurs, de tous les gens les plus qualifiés. Le lond de la salle élevé de trois gradins étoit tout couvert de tapis de velours violet parsemé de fleurs de lys d'or. Le trône du Roy étoit placé sur une estrade extrêmement élevée et couverte d'un dais magnifique. Un fauteuil à côté, du trône étoit destiné pour la Reine ; les princesses étoient à ses côtés et toutes les dames du palais, en grands habits de la plus grande magnificence.

Vers une heure, le Roy est arrivé et a été reçu au milieu des acclamations de toute la Nation. Tout le monde s'est levé. Le Roy a lu son discours qui a duré quatre minutes et demie. U l'a prononcé de bonne grâce. 11 étoit plein de bonté ; et il a été interrompu une fois par la plus touchante des acclamations -. Son discours fini, la Nation a recommencé ses applaudissemens et les cris de Vive le Roy se sont fait entendre unanimement.

' I. La salle des Menus-Plaisirs à Versailles. 3. Voir ce discours dans les Archives parlementaire*, t. VIII, -p. I-S.

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ÈM moment où M. le garde des sceaux ^ alloii ccMnmencer son ëiscooTS, le Roy nous a dit de nous couvrit, et sur4e-chaiBp ia Nobiesse et le Clergé se sost couverts ainsi que Tordre du Ileis. Au bout d*une minuâe»le Roy a ôté son chapeau, et tous les Ordres se SMut égaliement découverts.

Le discours de M. le garde des sceaux^ n'a été entendu depersonae. 11 parle d'une manière inintelligible. Ainsi, vous saurez ai son discours étoit beau et bon quand vous l'aurez lu, car il m'est impossible de vous en dire un seul mot. Du moment qu'il paroîtra je vous en enverrai un exemplaire.

M. Necker a pris la parole. Son organe n'est pas fort, et il pade mal en public ; de mauière que le commencement de son discours, qui sûrement est bien écrit, a moins fait de sensation qiie s'il eût été prononcé avec éloquence et voix sonore. Il a exeiié plusieurs applaudissemens très vifs, surtout lorsqu'il a parlé des vertus personnelles de Sa Majesté. Il a été obligé d'interrompre sa lecture ne pouvant plus lire, et il a supplié le Roy de permettre qu'un de ses secrétaires le continuât ^.

Je ne puis vous dire rien de bien positif sur l'effet que son discours a produit. Il faut le lire pour le commenter et le bien entendre. Il a éludé les grands points de difficulté, il a fait plusieurs répétitions, et plusieurs fois il nous a ramené^ sous le tranchant du ministère. Nous ne pouvons avoir encore une opinion bien positive sur ce travail ; mais il m'a paru qu'il n'a voit pas la sanction générale. Au surplus, il est bien difficile de contenter tout le monde ; et ce qu'il y a de plus à désirer, c'est que les Ordres veuillent s'accorder.

La séance a fini à 5 heures. Demain, nous nous assemblons à 9 heures pour la vérification des pouvoirs.

rai l'honneur...

MaBQUIS UR SU.LSRY.

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