QQ 11. DE LA BALMONDIBRE
rapporta ses paquets. Il dit avoir rencontré tout le long des routes des pelotons de volontaires désarmés. Les commissaires demandent à grands cris hommes et armes ; mais nous n'avons rien de tout cela à leur envoyer. Il est arrivé un renfort de trente mille hommes au prince de Cobourg, avec beaucoup de grosse artillerie. L'empereur rejoint les armées en personne le 5 juin et amène aussi des troupes. Les nouvelles de hier soir sont désastreuses, mais on ne les rendra pas publiques. La Convention a envoyé hier quatre commissaires aux armées du Nord avec de pleins pouvoirs. Les représentans d'un peuple libre ont plus d'autorité sur ce peuple et l'exercent avec plus de cruauté que ne firent jamais les despotes les plus enragés et les tyrans les plus cruels I Ce qui me console, c*est que les extrêmes se touchent. Je conclus de là que je ne tarderai pas de jouir du seul bonheur que mon cœur connoisse et ambitionne : celui de prouver à ma petite femme qu'il est tout à elle. Je crains fort que, dans le trouble général, il n'arrive des événemens dans notre ville; je t'en prie, prends tes précautions pour te mettre à l'abri.
Ma mère a-t-elle acheté des provisions? Le moment de s'en servir approche. La disette se fait sentir partout
11 me parott que tu n'es pas contente du curé Roberjot. L'on m'avoit dit ici de m'en méfier. Je le croyois un brave homme. La honte, la rage, toutes les passions qui animent les bétes les plus féroces leur déchirent le cœur ; mais ils auront beau faire, le peuple las de leur cruauté et de leur tyrimnie détruira son ouvrage, et brisera l'idole, et anéantira ses ministres. Je ne doute pas que nous ne touchions aux événemens les plus intéressans de la Révolution.
Adieu, ma bonne amie, je t'aime et t'embrasse mille et mille fois de tout mon cœur