‹ Lettres d'aristocratesChapitre 517 sur 541 · Du même à la même · texte numérisé non relu

Du même à la même

{Ibid., n» 56.)

Paris, ce 29 mai i793.

Nous sommes depuis avant-hier agités par la plus violente tempête. Rassure-toi, naa bonne amie, ma tête est encore tout entière sur mes épaules et malgré mes ennemis j'espère qu'elle y tiendra assez de temps pour voir renaître Tordre

La séance de lundi soir à la Convention est la plus orageuse qui ait encore existé. Plusieurs membres s'y sont pris aux cheveux et donné des soufflets. Il n'y a nulle exagération. Les Jacobins eurent la prépondérance par l'influence des tribunes; mais hier ils ont eu le dessous. Il y a deux partis dans les sections de Paris ; seize sont pour la Montagne^ et trente-deux pour la Plaine. Lundi, les partisans de la Montagne étoient venus en force et appuyés pai la Municipalité. La Plaine reçut la loi. Hier, elle fit rapporter les décrets forcés, ce qui occasionna beaucoup d'injures de part et d'autre. Sans ce coup de force, la chose publique étoit entièrement perdue.

La république est attaquée et battue sur tous les points. Nous avons essuyé des pertes considérables. L'on en fait un mystère, ainsi que des progrès de la Vendée. Ce n'est plus plaisanterie. Outre que l'armée des révoltés est très considérable, elle est soutenue par trente-deux mille hommes de troupes de ligne. Ils sont maîtres de Niort, Thouars, Saint- Jean-d'Angély, Rochefort, et bientôt le seront de tout le pays.

Nous avons eu une afi'aire avec eux dans laquelle nous avons perdu presque autant de monde qu'à Famars. Une flotte considérable croise sur nos côtes, et Dimkerque est assiégé par terre et par mer.

L'on assure Condé et Valenciennes pris. Je ne crois pas à la prise de cette dernière ville qui cependant ne peut pas tenir longtemps. Hier, le courrier de Valenciennes et de Cambrai

Page 1