‹ Lettres d'aristocratesChapitre 520 sur 541 · Du même à sa femme ^ à Mâcon · texte numérisé non relu

Du même à sa femme ^ à Mâcon

(Ihid., n» 55.)

Paris, vendredi soir, 31 mai 1793.

Ma bonne amie, tout est calme dans ce moment-ci. Beaucoup de patrouilles battent les rues, mais la Plaine a cédé au torrent.

Samedi matin. — Tout est calme. Jamais Paris ne fut plus tranquille.

Samedisoir. — A six heures, le tocsin, la générale ; trois sections sont sur la place du Carrousel en armes et avec du canon. Elles veulent, disent-elles, désarmer les sections qui se sont

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prononcées pour la Plaine, le décret d'accusation contre les membres du Comité des Douze, contre les vingt-deux* et le président Isnard, de plus leur tradition aux prisons. Ces dernières pétitions sont ajournées à trois jours. Toute la ville a passé la nuit sous les armes. La majorité des seclioos veut défendre et maintenir la liberté de la représentation nationale. J'ai fait plusieurs patrouilles dans la nuit ; nous en avons rencontré différentes de trois et quatre cents hommes avec des canons. Pas une chiquenaude donnée. Au jour, tout est rentré dans Tordre et les citoyens dans leurs foyers.

Dimanche à quatre heures. — Le carillon recommence, la municipalité a surpris l'adhésion des sections par le moyen des commissaires des dites sections qui lui étoient vendus. Maintenant, toute la ville est en armes, la Convention assiégée, aucun membre ne peut sortir. La municipalité veut forcer le décret d'accusation et d'arrestation des membres désignés ; je serois trompé, si elle ne réussissoit. A demain matin.

Lundi matin, —J'arrive de patrouille, il n'est que huit heures Je vais à la quôte des nouvelles.

Tout est tranquille. La municipalité et la Montagne ont gagné leur procès. Les membres désignés sont en arrestation chez eux et gardés à vue. Mais le décret d accusation n'est pas porté. L'on veut envoyer des courriers dans leurs départemens. D'après tout ce que je vois et ce que je sais, ceci ne me paroît qu'une farce jouée, afin d'avoir une force considérable des départemens pour défendre Paris et leurs personnes ; car, nous ne pouvons plus nous le dissimuler, les dangers de la République sont au comble, nos armées entièrement dispersées, dans le Nord les villes les plus importantes prises, la plus grande partie des départemens ou en insurrection ou au moment de s'y mettre. Chaque jour, l'Assemblée reçoit les nouvelles les plus alarmantes à ce sujet. Mais Ton cache tout ce qu'il est possible au peuple. Surtout pour ce qui regarde les frontières, pas un mot de vrai. Les comités ont leur dire, et ceux qui arrivent des armées, ou les lettres que l'on reçoit sont bien différents. L'armée de la Vendée fait les plus grands progrès. Le comte d*Artois y est, dit-on, maintenant en personne; la Convention en a reçu la nouvelle ^

1 . Les \ ingl-deiix déput<^5 girondins dont les Jacobins demandaient l'expulsion de l'Aisemblée depuis le mois d'avril.

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