‹ Lettres d'aristocratesChapitre 522 sur 541 · Dif même à la même · texte numérisé non relu

Dif même à la même

{Ibid., n» 54.)

Paris, ce 9 juin 1793.

J'ai reçu hier, ma bonne amie, ta lettre en date du 3, soir. Je ne sais où aller prendre celle que tu m'annonces. Le district a prononcé en ma faveur; pourvu que ce ne soit pas comme à la Convention, où l'on se dispute pendant des semaines entières pour faire un mal dont l'on est d'accord avant de le proposer. Au surplus, rassurons-nous, chère petite femme ; les désordres touchent à leur fin ; les départemens paroissent tous indignés delajoumée du 31 mai. Les Parisiens prétendent que c'est une nouvelle révolution qui, à mon avis, pourroit bien en amener une autre qui étonnera tous nos sots provinciaux...

Nous avons appris hier que, le 4, Gustine ^ a été complètement battu près de Cambrai. Son armée a fui jusqu'à Bapaume; les gros équipages et le trésor sont à Senlis. Quant aux blessés, les hôpitaux de Saint-Denis et des environs en sont pleins.

1, Adam-Philippe, comte de Custine (1740-1793), général de l'armée du Nord depuis le 13 mai 1793.

604 M. DE LA BALHONDIÈRB

Malgré cela, Ton annonce toujours des victoires au peuple crédule. Custine a été blessé au bras, et a eu un cheval tué sous lui. Les Autrichiens sont à Péronne.

Les rebelles de la Vendée ont aussi remporté un avantagea Saumur, non moins considérable que celui de Fontenay Mis onl encore enlevé 30 pièces de canon à la République. Le général San terre, brasseur de son métier, qui est à Tours, demande à cor et à cri des canons et trois compagnies de canonniers, ce qui cause quelque rumeur dans ce pays.

L'amiral Hood^ nous a pris la Guadeloupe et la Martinique; l'amiral Howe' est en croisière sur nos côtes. 11 est question d'une descente de 22.000 hommes. J'ignore si elle est effectuée; si elle ne Test pas, elle ne tardera guère à l'être. Nous avoni abandonné la Savoie, autrement dit le département du Monl- Blanc. Nos troupes, par prudence, se sont retirées à Grenoble, et celles qui étoient à Nice sont rentrées à douze lieues dans les terres.

Dunkcrque est assiégé par terre et par mer. Les Prussiens se portent sur Metz. Les Espagnols envahissent aussi le territoire de la République. Si cela continue, je ne sais où se retirera la liberté française. Les représenlans du peuple souverain de Liège et des Savoisiens tiennent bien leurs séances libres à Paris, mais quel est le peuple assez éclairé pour nous recevoir ? Nul ne me paroît encore digne de notre liberté, qui est au moment de disparaître du globe. Combien nous serions malheureux, si nous ne pouvions plus piller et guillotiner le.^ riches, si une poignée d'individus qu'a vomis l'enfer pourle malheur de l'humanité n*avoit plus sur nous des pouvoirs illimités, si le règne des lois renaissoit et que l'honnête homme pût rester tranquille dans ses foyers, le bon mari, le bon père partager les doux embrassemens de sa femme et de ses enfans, si enfin l'intrigue et les intrigans étoient anéantis! Quel malheur pour la République, car ce sont ses bases fondamentales, et le point sur lequel elle cherche l'équilibre I

Je jouis ici de la plus grande tranquillité. J'y suis aussi connu qu'à Lyon et à Mâcon. J'ai seul dans Paris le droit d'y parler tout haut, comme je t'écris, et dans mes actions et dans mes paroles je m'enveloppe toujours des lois. J'étonne ce qu'on nomme les aristocrates et anéantis les patriotes jaco-

1 . Les troupes républicaiDes avaient été battues le 25 mai à Fontenay par les Vendent (Chassin. la Vendée patriote^ t. I. p. 398, et suivantes).

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