‹ Lettres d'aristocratesChapitre 524 sur 541 · Du ?néme à la même · texte numérisé non relu

Du ?néme à la même

(/6îrf.,no62.)

Paris, ce 12 juin 1793.

Ma bonne amie, la lettre par l'occasion que tu m'as annoncée en date du 8 est sans doute émigrée ou tombée dans les mains de la liberté ; je ne l'ai pas reçue ; peut-être aussi n'est-elle pas encore écrite...

Que d'horreurs et de vexations se commettent au nom de la liberté! La mesure est à son comble, le mécontentement est général. Je crains fort que les oppresseurs ne finissent par être eux-mêmes victimes de leur zèle outré. Le peuple commence à voir que les meneurs de la chose se sont infiniment plus occupés de leurs intérêts particuliers que du bonheur public...

J'ai reçu hier une grande députation de ma section qui me prioit de lui prêter 300 livres, que l'on me rendroit, disoit-on, sur la rentrée de l'emprunt forcé. Je leur répondis fort honnêtement qu'ils me feroient eux-mêmes grand plaisir de me prêter cette somme, que je tirerois aussi un mandat sur la nation. Ils ne parurent pas très contens de mon refus. J'ai dans tous les cas un grand argument à leur faire : ma femme, mes enfans et nioi sommes aussi de la nation, et nous avons tout aussi besoin de manger que les Jacobins et leurs adhérens...

Les affaires de la République vont toujours de mal en pis. U a été officiellement annoncé que Saumur est au pouvoir des rebelles. Mais Ton a passé sous silence l'affaire du 4 et du 5 qu'a eue CusLine, qui a fait replier ses magasins à Abbeville...

Adieu, tendre amie, n'oubHe pas que mon cœur est tout à toi et que tu m*as donné le tien pour toujours.

606 H. DB LA BALllONDIÈRB

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