Dit mêt)ie à la même
(Jbid., u* 63.)
Paris, ce 17 juin 1793.
Je ne saurois que rire, ma bonne amie, de tes inquiétudes.. Console-toi, leur règne approche de la (în ; bientôt nous verrons renaître Tordre par l'abolition de toutes ces lois de cir eonstance. La Convention s'occupe de la constitution; uno fois la constitution faite, les lois seront égales pour tous. If despotisme et l'arbitraire seront anéantis à jamais...
Les affaires de la République vont toujours de mal en pis Nos bons patriotes succombent partout. C'est vraisemblablement qu'ils sont trahis. 11 y a eu trois affaires dans la ^'endiv le 10 du courant : une, près Nantes, où les patriotes ont été taillés en pièces et perdu 15 pièces de canon, et Nantes est, dilon, au pouvoir des rebelles, qui ne sont autre chose que ces jean-foutres d'émigrés pour qui les Parisiens ont aujourd'hui autant de respect qu'ilsleur témoignoient naguère de mépris; la seconde affaire a eu lieu à Machecoul et n'a pas été plu? avantageuse à la République ; la troisième s'est passée devant Saumur; là ces lâches, ces scélérats de révoltés ont pris 52 pièces de canon à coups de bâtons ^ Il n'y a pas d'e.xagération dans le fait, c'est d'après le rapport des prisonniers qui sont revenus à Paris. Les généraux ainsi que les soldats qui ont écrit disent : « Ce ne sont pas des hommes, mais des diables, des fanatiques aveugles que rien n'arrête, pas même les canons, sur lesquels ils foncent comme s'ils ne pouvoient pas leur faire de mal ». Quand tu verras le brave Aubel, demandelui si ce sont des traits de jean-foutrerie ; c'est le dire de leurs ennemis, je n'y mets rien du mien.
Santorre a écrit au comité de Salut public ; il déplore la perte de ses étuis de mathématique ; il dit qu'il faut lui envoyer promptement des hommes, des vivres, des canons, des munitions, qu'avec tout cela il ne peut plus cacher l'impossibiliti^ de réussir à les vaincre, et dit qu'il ne faut pas se le dissimuler, que la Convention n'a plus aucun moyen de sauver la République. A l'affaire de Saumur, il lit vingt lieues sans débrider, courant après sa cavalerie avec les commissaires de Paris et
I. Les Vendéens romporl^ront à ppu prèi en môme temps trois succès décisifs sur It-i réfjablicains a Doué et Monlrcuil-Bellay, à Machecoul et à Saumur (Chassin. la Vendée patriote, t. Il, Ch. XTHl).
ceux de la Convention, sous Tespoir de ramener sa troup charge ; si la manœuvre n'est pas belle, elle est au i heureuse. Il se plaint en outre de l'immense émigratio troupes de la République, qui sont trompées par ces scé qui leur font le meilleur accueil possible, ainsi qu'aux p niers qu'ils renvoient, ce qui ne peut qu'induire à erre bons républicains. Aussi, la Convention s'est-elle beai agitée dans la séance de hier pour trouver un moyen d( voyer ceux qui sont assez hardis pour revenir sans avo tués. Il n'y a cependant pas encore de décret prononcé sujet; il est ajourné à demain. Les rebelles sont maîtr Nantes, Saumur, Angers, le Mans, la Flèche, Tours, et p^ on leur ouvre les portes, on les reçoit comme des libéra xV Saumur et à Tours les habitans ont eu la cruauté de tir les patriotes par leurs fenêtres. J'ai vu un prisonnier de n à qui l'on a coupé les sourcils et des paquets de cheveux la queue ; je lui ait fait quelques questions ; voici ce qu' dit : « Je fus fait prisonnier à Saumur dans l'affaire du 10 me proposa de m'engager ; je refusai. L'on m'ordonna de Vive le Roi ! Je criai. L'on me fit jurer de ne pas port armes contre l'armée chrétienne. Je jurai. L'on m'aveH me coupant les cheveux, que c'étoit mon arrêt de mort faussois mon serment. L'on me demanda si j'avois de l'ai J'avois 21 livres ; l'on me les prit et me donna en échange assignats de cent sols, un passeport dont la devise est Deo et Rege, plus l'on me donna dix livres pour fair route, me promettant que, si j'étois fidèle à mon serment, na'arriveroit aucun malheur w.
Il est venu des députés d'Orléans qui ont annoncé au c de Salut public que, lorsque les révoltés se présenteroiei seroient forcés de leur ouvrir leurs portes, parce qu'ils n'a^ aucun moyen de défense, et que les Parisiens, qui crioient coup et faisoient les braves, en feroient tout autant ; que c à tort que l'on peignoit ces gens-là au peuple comme des gands, qu'ils gagnoient par leur conduite les cœurs de les pays où ils passoient, que l'on trompoit cruellemc peuple sur tous les prétendus succès, qu'il y avoit plus de malades que l'on a emmenés depuis Saumur jusqu'à l'hi d'Orléans.
Les Anglais sont descendus sur deux points : une pai i'île d'Aix, l'autre à la Ilougue. Ce dernier débarquemei composé de 14.000 hommes dont 6.000 Irlandois à la soh 1 armée chrétienne commandés par le comte de la Chat
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8.000 Angloi«?. Ces dernières nouvelles sont appuyées par plusieurs lettres ; les autres sont officielles.
L'on reçut, avant-hier soir, une lettre de Custine qui annonce sa rentrée dans l'intérieur, disant que son armée est dénuée de tout, qu'il n'a même pas de chevaux pour l'arlillerie ; un décret suppléera à tout.
Les rebelles déchirent les assignats qui ne portent pas l'effigie de Louis XVL Prenez sans mot dire vos précautions à cet égard ; le secret de la famille sera bientôt celui de la comédie
Il commence à y avoir du trouble ici au sujet des subsistances. Les départemens voisins ne laissent passer aucuns comestibles. Les Jacobins ourdissent toujours des trames dans toute la République ; ils se vantent d'avoir déjà pour eux le plus grand nombre des villes du second ordre; ils veulent, à quelque prix que ce soit, mettre à fin leurs projets. L'on n'a pas profité du moment favorable pour les anéantir ; ils seront plus adroits, ils sauront en profiter pour faire le mal. Dieu t'en gare !
Adieu, chère petite femme, j'embrasse toi, ton fils...