Sillery représentait le bailliage de Reims
t. Voir la séance du 27 juin 178^, dans les Archive* parlementaipet^i. VIU, p.fl3-lW.
A M. BB SAVIGNT S|S|
sieurs aris secrets et certains m'avoient été donnés, et la nuit da vendredi au samedi 11 de ce mois, il y eut chez M. de Vil* ledeuil ' un comité secret composé de plusieurs membres de la Noblesse les plus entichés de Taristocratie ministérielle.
Le samedi 11, on vint m'avertir, à 8 heures du matin, qu'il étoit probable que les grands coups alloient éclater. Déjà plus de 30.000 hommes étoient réunis aux environs de Paris et de Versailles. La salle des Etats étoit, pour ainsi dire, bloquée par cinq ou six régimens étrangers. Malgré la nouvelle cpie j*avois apprise, je me rendis le samedi au soir à Paris, et je fus au Palais-Royal. 11 existoit une fermentation extrême parmi le peuple, et plusieurs motions très fortes y furent faites.
Le dimanche 12, à 9 heures du matin, on vint m'avertir que M. Necker avoit été renvoyé et banni hors des terres de France. Je partois pour Saint-Leu =^, lorsque j appris cette nouvelle. Elle me fut confurnée par un nouveau courrier que je reçus à Saint- Leu. Je partis, vers 8 heures du soir, pour retourner à Paris et en arrivante la barrière de Glichy, j'entendis des décharges de mousqueierie répétées. Je me rendis chez moi sans obstacle, et prévoyant au tumulte de la ville que la communication entre Versailles et Paris seroit interceptée, j'attendis la pointe du îour pour me rendre à Versailles.
J'arrivai sans obstacles jusqu'à Sèvres. Je trouvai le pont défendu par quatre pièces de canon, un régiment suisse et, de l'autre côté du pont, le régiment de Royal-Allemand qui s'étoit retiré à ce poste après avoir été chargé la veille au soir par le régiment des Gardes qui avoit pris parti pour le peuple. Dans Taffaire de la veille, il y avoit eu environ une vingtaine d'hommes de tués. L'officier de piquet me demanda si Paris étoit tranquille, et je lui répondis qu'à Tépoque où j'étois parti, le tumulte paraissoil cessé, mais que je prévoyois que ce calme ne dureroit pas. En effet, à peine le jour fût-il commencé que tout Paris courut aux armes.
La séance du lundi se passa en plusieurs motions relatives au renvoi de M. Necker. 11 y eut un comité qui se rassembla chez M- le garde des sceaux. Je ne transcrirai point ici les résolutions funestes qui y furent discutées.
Plusieurs avis nous arrivoient de Paris et nous anooi^çoient le soulèvement général de la capitale.
I. Fierre-Charles Laurent de Villcdcuil (!742-18«), congeiller ta parlement de Pam, Mrréiaire d'Etal de la maison du Roi. ayant le déparlement de Paris. Après le 14 hôllfll, i M rmÊflm»é pv M. «le SwalrPriatt.
t. Saint-Leo-Taverny (Seioe-e(«Oise), où le duc d'Orléans avait une maison de eampafne
LK UABQUIS DE SILLERT
Ce fut à cette époque où nous prîmes ce fameux arrêté, où nous commençâmes par témoigner nos regrets et notre estime au ministre qui venoit d*èlre éloigné K
Les électeurs de Paris, voulant prévenir les suites funestes qui pourroient résulter de la multitude de brigands et gens sans aveu qui avoient pris les armes, prirent le sage parti de rassembler la milice bourgeoise, et chacun des districts procéda à cette opération ^.
Le mardi 14, nous commençâmes par établir un comité de huit personnes pour rédiger le plan de la constitution, afin qu'il pût être discuté dans les différens bureaux '. Ces commissaires furent nommés au scrutin, et le choix tomba sur M. l'archevêque de Bordeaux, M. Tévêque d'Autun*, M. de Clermont- Tonnerre*, M. de Lally-ToUendal •, M. Mounier, M. Bergasse, M. Chapellier, et M. Tabbé Sieyès^
On annonçoit un grand mouvement dans la capitale. M. le marquis d'Ambly * voulut bien rassurer l'Assemblée et certifia qu'à 10 heures il n'y avoît aucun mouvement. Nous continuâmes la séance qui depuis la veille n'avoit cessé de se tenir pendant toute la nuit.
Vers 6 heures du soir, M. le vicomte de Noailles • arriva de Paris, et annonça que le peuple s'étoit porté aux InvaHdes et s'en étoit emparé. Le projet étoit de s'emparer des armes ; ils y trouvèrent effectivement 26.000 fusils et armèrent autant de citoyens. Les canons des Invalides furent également enlevés.
A celte nouvelle, nous fîmes au Roy une députation pour lui peindre les malheurs de la capitale et pour le conjurer de retirer les troupes. Pendant le temps que cette députation
1. Séance du 13 juillet 1789. Voir cet arrêté dans les Archivet parlementaireMy U VIU. p. 229-230.
2. Arrêté du comité permanent de l'assemblée générale des électeurs, du 13 juillet 1789 (Chassin, op. cit., t. III. p. 497-499).