‹ Lettres d'aristocratesChapitre 64 sur 541 · M. MAILLOT · texte numérisé non relu

M. MAILLOT

nous suivîmes à la lettre le conseil de cette canaille qui commençoit à s'échauffer.

Le désir de voir le trop fameux château nous fit rester le lendemain pour y retourner. Je vis avec douleur les cours jonchées des papiers, des minutes, des registres de cette prison tout en lambeaux et la proie d'un nombre infini de personnes. Cependant on venoit de faire défense d'en ramasser, d'en lire ou d'en emporter; mais c'étoit trop tard ou pas assez surveillé, car je vis un particulier fourrer dans ses poches deux assez gros cartons de lettres originales. Je le suivis et lui demandai à jeter les yeux sur ces recueils, en lui promettant le secret, et je vis en les parcourant rapidement que ces lettres étoient relatives à l'affaire du Cardinal* et de Cagliostro. Quelle perte pour l'histoire que ces monumens si précieux, qui eussent éclairé les* rois et les nations sur cette effroyable prison*!...

Puisque je suis à la Bastille et qu'il n'y a plus de danger à y être, je remonterai aux moyens que le peuple a pris pour se fortifier en s'emparant des armes des châteaux de Paris. Dimanche et lundi ne furent remplis que de brigandages, de pillages ; des malheureux sans patrie, sans amis étoient prêts à tout incendier, et les honnêtes gens trembloient. Dans la nuit du lundi ils s'assemblèrent, divisèrent la ville par quartiers et paroisses, et firent afficher que ceux qui ne viendroient pas se faire inscrire sur le registre de leur paroisse pour leur être distribué des armes et être enrégimentés seroient punis comme traîtres lorsqu'on les surprendroit dans les rues. Chacun, plus par zèle que par crainte, se présenta. On rejeta les domestiques et les gens sans domicile, à qui cependant on donna la cocarde. Les citoyens seuls et gens honnêtes furent reçus pour défendre la ville. La Basoche^ fit à part son enrôlement en envoyant la liste de 3.000 personnes. On avoit beaucoup de gens et très peu d'armes; 2.000 hommes furent envoyés aux Invalides. Le gouverneur leur dit en riant: « Comment, mes amis, vous vouliez sans armes arracher celles de 3.000 braves soldats armés et de canons et de toutes pièces S » Et il les laissa tout parcourir, tout enlever. Les chevaux qui se

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