Du même au même
Paris, 19 octobre 1789.
\ Marchais, cher Bellejeant, et Ganay *, partis hier en aute de places à la diligence retenues jusqu'au 26, )nt bien toutes les nouvelles à cette époque, mais ne leut-étre pas que Monsieur le duc d'Orléans arrêté à î-sur-Mer par le peuple, qui craignoit perdre son vériron par sa sortie de France, a envoyé deux dépotés au Roy et à la Nation pour y faire instance de son éclaircir le mode et la vérité du motif, ainsi que les ts. On a regardé cette démarche comme suscitée par
s haut. p. 26.
e autre Ictlre de Verçcnnes. M. de Marchais est quaUfié d'ofOcier du r^fimcnl
(, el M. de Ganay désigné comme son pupille.
A U. DE BELLEJEANT 99
les gens qui accompagnoient le Prince. Hier les députés conduits au Roy et au président des Etats généraux ont su que la mission et les passeports étoient vrais, en sorte qu'ils sont repartis tout de suite avec cette réponse, qui laissera sans doute suivre au Prince sa destination. Tous ses adhérens ici ont l'oreille basse et Ton suit le fil des choses avec soin et sagesse. Plus de motions folles au Palais-Royal, et tout assez calme dans Paris ; les passeports pourtant difficiles, et les barrières très observées. Tai le mien pour quinze jours, et sur Favis donné à mon fils qu'on statueroit cette semaine sur les pensions, mon fils a voulu que je différasse au moins de huitaine à me mettre en route, afin d'être à portée d*y appuyer mes intérêts *. Mon départ, sur ce louable motif, est renvoyé dès lors au 29 pour vous arriver le 31...
L'Assemblée nationale rouvre ce matin ses séances à l'Archevêché, en attendant trois semaines pour la disposition commode du manège des Tuileries. Hier le Roy passa en revue, vers 10 heures, 10.000 hommes de la milice parisienne, dont quelques districts paresseux n'arrivèrent qu'à 11 heures aux Champs-Elysées, sans qu'il marquât d'impatience, quoiqu'il plût presque tout le temps et qu'il y fût venu à pied par les Tuileries, en frac brun et bas gris comme un garçon marchand de la me Saint-Denis*^, avec le seul duc de Brîssac, capitaine des Cent-Suisses ', et quelques officiers de la Garde nationale. Il s'en retourna de même bien crotté, et moi dix-millième aussi de spectateurs, à midi un quart.
Vous avez un nouveau compliment à faire à mon fils le capitaine, nommé, le 17, par son district, notable pour assister aux jugcmens du Chàtelet pour les prévenus du crime de lèse-nation suivant le nouveau code, avec voix consultative seulement. Encore de la besogne, mais essentielle et de confiance !...
Tout ce qui m'entoure ici vous embrasse, mon cher ami, bien tendrement avec moi. . .
1. Le marquis de Vergennes était inscrit pour trois pensions sur le Livre rouge : uuo pension de 3.U00 livres, « en considération de ses services » (1770) ; une pension de 13.242 livres, « en récompense des services rendus lors de la conclusion de l'alliance avec le rorps helvétique « (1771) ; une pension de 12.000 livres. « à titre de retraite en qualité d'ain- Uatadeur du Roi en Suisse » (1787). (Arch. pari., t. XUl.)
2. « U étoit à pied, en bas gris à carreaux, culotte jaune et habit gris, les cheveux roulés, M chapeau râpé sur la tête, un grand bâton à la main. » {Journal d'Adrien Duqueanoy, l. l, p. 456.)
î. Lcmts-Hercole-Ttmoléon de Coesé, duc de Brissac (1734-1794), grand panneticr de France, capitaine-colonel des Cent-Suisses de la Garde du Koi.
LETTRES DE MM. D'ALBIGNAC, DE8PLAS, MOREAU, DE VARICOURT| DE LA ROQUE-SAINT-THURIEN, D'ARBONNEAU, DE LAU80N, DE 8AIIIT- AULAIRE, DE LÉSIGNY| DE GIRARDOT, GARDES DU CORPS DU ROI, AU COMTE D'AGOULT
(10 JANVIER — 7 MARS 1790) Notice. — Les journées des 3 el 6 octobre 1789.
Le 10 août, lors du pillage des Tuileries, on découvrit en une cachette pratiquée dans l'epribrasure d'une fenêtre de la chambre de Marie-Antoinette un registre contenant copie de 164 lettres de Gardes du corps toutes relatives aux journées des 5 et 6 octobre et adressées à un personnage [|ue l'on ne prit pas alors la peine d'identifier. On était si loin déjà des R forfaits exécrables o d'octobre !
Ce registre est aujourd'hui conservé aux Archives nationales*, et l'on ne peut le feuilleter sans émotion lorsqu'on songe que la Reine Ta teno înlre ses mains, et que heure par heure elle revécut à sa lecture les événements tragiques de l'automne de 1789.
De ces événements les Lettres des Gardes du corps nous ont transmis ^n effet le plus minutieux récit, chacun rapportant exactement ce qu'il a ru, entendu, fait. Et si cette précision surprend moins, lorsque par les phrases du début de ces lettres on s'aperçoit que c'est sur une demande expressément formulée qu'elles ont été écrites, aussitôt en revanche deux [uestions se posent à leur sujet : dans quel but, et à qui ont-elles été (dressées ?
De la première de ces deux difficultés une hypothèse très vraisemblable (vait déjà rendu compte. L'auteur d'une tendancieuse, mais pénétrante itude sur les journées d'octobre", avait en effet justement supposé que lous nous trouvions ici en présence d'une enquête secrète menée à côté de enquête officielle ouverte par le Chàtelet en novembre 1789, el poursuiie par lui, pendant une partie de 1790, « contre les auteurs, fauteurs, omplices et adhérens des attentats commis au château de Versailles » '. ^tte supposition se trouve aujourd'hui pleinement confirmée par la découerte que j'ai faite aux Archives nationales de deux lettres de l'^iuteur