AU COMTE D*AGOULT
M. d'Eslaing, qu*il trouva couché entre deux draps et qui ne voulut pas lui en donner. Il revint chez le Roy ; il s'adressa aux ministres, qui biaisèrent tous. Le seul M. de Saint-Priest lui dit : « Je crois que vous feriez sagement de vous retirer à Tmuon, »
Ce conseil, plutôt que cet ordre, détermina le duc de Guiche. Nous fûmes à Trianon. Nous attachâmes nos chevaux aux grilles ; on commanda des patrouilles ; on fit faire du feu dans les appartemcns ; nous étions transis de froid et de pluie. On s'occupa d*un déjeuner ; tout le monde mouroit de faim. Au bout d une heure, il nous arriva un garde du corps déguisé, de la part de M. le comte de Luxembourg qui faisoit dire à M. le duc de Guiche que Tachamement subsistoit contre nous, qu'on nous trouvoit bien près de Versailles, et qu'enfin nous devions nous retirer plus loin, parce qu'on étoit persuadé que • nous serions attaqués. Tout le monde fut d'avis de nous éloigner. Mais où aller? Les uns nous proposoient de nous mettre en bataille à la tète du canal, d*y attendre le jour et des ordres. On observa que nos chevaux mouroient de faim et qu'ils ne pourroient fournir à notre retraite si nous étions obligés de la taire au point du jour. Enfin M. de Guiche prit sur lui de nous conduire à Rambouillet. On croyoit pouvoir déjeuner auparavant. Il n'y avoit encore rien de prêt. M. de la Coudrelle * et moi observant que, s'il y avoit une nécessité de se retirer, il falloit le faire plus tôt que plus tard, qu'une demi-heure pouvoit mettre obstacle à notre retraite, que nous étions entourés de bosquets qui nous coupoient de partout, que vingt polissons, qui les occuperoient, nous fusilleroient, sans pouvoir, surtout la nuit, leur opposer la moindre résistance, tout le monde applaudit et nous montâmes à cheval. Le premier projet étoit de tourner autour du canal et de gagner le grand fhenun à Saint-Cyr; mais l'inquiétude, le découragement dominoient déjà les esprits. On cria de la queue que nous éUons suivis et tournés. Alors M. de Guiche nous mena par des chemins de chasse. Nous allongeâmes beaucoup et nous ^arrivâmes à Rambouillet que vers midi.
Voilà ce que j'ai vu, su ou entendu dire. Vous ferez de ma lettre l'usage qu'il vous plaira. Je la signerois de mon sang, sans garantir cependant d'autres faits que ceux que j'ai vus. Je n'ai pu, ni voulu être précis. Ma lettre est un genre de
I. E«n«oiiel-ll«rie-€b«rl«9 de Dan de U Coudrelle. né en 1733, ftide-major de lacompat*» de Luembourg, cbevalier de Sainl-Louia.
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déposition. Je n'ai rien omis. M. de Gaiche, dont rinlelligencc étoit étouffée par les circonstances, par la position, par la nullité d'ordres, a agi au hasard, comme nous tous et comnïc tout autre auroit agi à sa place ; mais je rendrai un éternel hommage à sa vertu et à son pur et touchant dévouement au Roy et au Corps.
Adieu, je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
P, S, — M. le duc de Guiche n'a pris sur lui de conduira environ 500 Gardes à Rambouillet que d'après les avis réitérés de M. le comte de Luxembourg. Mais, qui a conseillé de les éloigner ? Qui en a donné l'ordre ? Celui-là est bien coupable! Car après tout ce qu'on apprenoit des intentions criminelles du lendemain, on ne de voit pas balancer à faire mettre pied à • terre aux 500 Gardes et à les faire entrer dans le Château. Leurs chevaux seroient restés au piquet sur la terrasse, ou on les auroit fait entrer dans l'Orangerie sous la garde d'un détacliement suisse. Alors, il auroit été possible de garder toutes les avenues du Château avec 600 Gardes et d'assurer l'entrée des cours par tous les Gardes suisses sur lesquels on pouvoil compter. Cette disposition auroit déconcerté la marche des brigands et auroit donné le temps à M. de La Fayette deleûii une conduite avec sa troupe plus analogue à celle qu'il avoil pronuse au Roy, de maintenir l'ordre dans le Château et daaa Versailles.