M. DE LA ROQUE DE SAINT-THURIEN
étoit devant, nous donna le temps de fermer la première porte des appartemens avant qu'ils pussent nous voir.
Ayant traversé jusqu'à Tantichambre de Sa Majesté, nous ne pûmes y entrer, la porte étant barrée. Une des femmes delà Reine, persuadée que nous étions autres que des Gardes du corps, se lamentoit beaucoup et ne voulut pas nous ouvrir. A la fin, voyant qu'il étoit très urgent d'y entrer, entendant beaucoup de cris autour de nous, je lui dis par le trou de la serrure, ne parlant qu'aussi haut qu'il falloit pour me faire entendre, que nous étions réellement Gardes du corps et que la Reine étoit dans le plus grand danger si on ne nous ouvroit. Celte femme m'ayant entendu se décida à nous ouvrir, et dès quelle nous aperçut, elle se jela à nos pieds en nous conjurant de ne pas abandonner la Reine. Nous lui répondîmes qu'il s'en falloit de beaucoup que ce fût notre intention, que nous la défendrions jusqu'à l'extrémité, que notre nombre étoit suffisant poui résister assez de temps pour lui donner celui de se relever cl de pouvoir se retirer.
J'entrai sur-le-champ même dans la chambre de la Reine, avec deux ou trois de mes camarades. Une de ses femmes vinl nous dire qu'elle se levoit. Nous nous retirâmes aussitôt et nous nous rangeâmes à la porte de sa chambre. A peine la Rein( fut-elle levée, qu'elle passa chez le Roy, lequel, étant arriva immédiatement après par un autre côté, nous demanda avec empressement et d'un air fort inquiet où étoit la Reine. Nous l'assurâmes qu'elle étoit chez lui. Nous voulûmes l'accompa gner, de peur de quelque mauvaise rencontre; mais il noui ordonna de rester et nous dit qu'il ne tarderoit pas à neuf envoyer un ordre. Effectivement, nous en reçûmes un, peu d( temps après, de nous retirera TCEil-de-bœuf.
Je fus enfin du voyage de Versailles à Paris et je suivis lou jours le Roy jusqu'aux Tuileries, ainsi que mes camarades J'y couchai. Le peuple, le lendemain, nous demanda au balcoi et nous fûmes engagés de descendre dans les Tuileries, oî nous fûmes accueillis et embrassés par ce qu'il y avoit d< femmes de la halle, qui nous menèrent ensuite au Palais-Roya où nous restâmes quelque temps. De là, nous fûmes promené dans la rue Saint-Honoré et autres quartiers, toujours agréa blement embrassés par ces dames. J'étois traîné plutôt que J( ne marchois, car je n'avois pas mangé une demi-livre de paii en quarante-huit heures. Le péril où j'avois vu leurs Majestés le spectacle dont j'avois été témoin, la cruelle situation où y m étois trouvé sans pouvoir me défendre pour obéir aux ordre
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qu'on nous avoit donnés, la perte que nous avions faite de nos camarades m'avoient tellement affecté qu'il m'avoit été impossible de profiter du souper que la Reine eut la bonté de nous envoyer le soir de notre arrivée aux Tuileries...