‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 37 sur 59 · SOIXANTE-DIX-HUITIÊME LETTRE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DIX-HUITIÊME LETTRE

Paris, le vendredi a Moïse 69.

Mon cher disciple,

Je suis profondément touché de la digne lettre que j'ai reçue de vous ce matin. Elle sera textuellement lue à notre prochaine réunion, comme type spontané des hommages passifs auxquels je fis liier une réponse collective par une juste admonestation paternelle.

La lenteitr de ^otre avènement occidental étant surtout due à ce que les meilleurs positivistes restent trop peu fraternels, vénérants et dévoués, toutes les manifestations vraiment sympathiques doivent désormais être spécialement signalées. A ce titre, je ferai principalement ressortir votre admirable appréciation de Tincomparable Sophie, dont le nom sera, j'espère, autant inséparable du mien que celui de Mme de Vaux, qui la traitait en digne sœur. Gomme le type filial constitue le dernier état sujectif de la déesse personnelle, à la fois compagne, patronne et cliente, nul ne sera finalement surpris que je place sur la même ligne, avec les diversités convenables, mes deux filles qui s'étaient mutuellement appréciées et noblement coordonnées.

Sans attendre ma prochaine circulaire, je dois déjà dissiper les touchantes inquiétudes que vous a récemment inspirées la honteuse insuffisance spontanée du subside positiviste. Celui de i856 a finalement produit 8247 francs,

grâce surtout à la mimificence habituelle, aussi simple que noble, de iM. de Constant, qui, de concert avec un anonyme hollandais, m'a récemment fourni mille francs de supplément. Quoique ce succès résulte d'un appel exceptionnel, il me semble prochainement annoncer un meilleur avenir normal.

Cette année s'est admirablement terminée par la publication décisive de M. Congreve, qui m'a récemment envoyé Gibraltar : or theforeign policy of England.

Dans la dernière réunion positiviste, j'ai formulé le digne hommage, en anticipant sur ma circulaire, que mérite cet éminent opuscule, dont la première partie est vraiment excellente, tant moralement que politiquement. Je ne m'attendais pas à voir si bien et si promptement réalisée l'invitation qui s'accomplit devant vous en juin dernier. Un tel pas semble me garantir l'exécution convenable du volume capital que j'attends de M. Congreve sur l'histoire positiviste de la vraie révolution anglaise. On sent ainsi combien il importe que tous nos dignes disciples français se mettent bientôt en état de lire les productions écrites dans les autres langues occidentales et surtout en anglais, pour la politique et même la religion, comme en italien pour la poésie.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(lo, rue Monsieur-le-Pnnce.)

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