‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 59 sur 59 · TRENTE-ET-UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TRENTE-ET-UNIÈME LETTRE

A M. H. D, HuTTON, A Dublin,

Paris, le jendi 8 Bichat 68.

Mon cher disciple,

J'ai remis, hier soir, au docteur Foley la lettre que j'avais trouvée, le matin, incluse dans celle que vous m'écrivîtes samedi. Las deux exemplaires que j'ai récemment envoyés pour M. Ingram et vous ont chacun coûté deux francs de port, en sorte que leur prix total est de dixneuf francs. Il suffit de m'envoyer cela dans le courant de décembre, afin de concourir au payement promis à M. Thunot pour la fin du présent mois.

Après avoir lu deux fois le nouvel opuscule (i) de M. Edger, je Tai finalement jugé supérieur à tout ce qu'on a jusqu'ici tenté sur Texposition générale du positivisme. Cette appréciation sera spécialement signalée dans ma prochaine circulaire (2), où je ferai dignement ressortir les publications par lesquelles les positivistes extérieurs ont noblement distingué l'année qui s'achève. Une telle production chez un disciple qui ne connaît ma doctrine que

(i) Le Calendrier Positiviste, avec une courte exposition du Positivisme religieux. H. D. H.

(2) La huitième et dernière circulaire, imprimée avec les précédentes dans la « Notice sur Toeuvre et çur la vie d'Auguste Comte ^^ par le teur Robinet. H. D. t

depuis quatre ans, confirme mon jugement antérieur sur son aptitude profondément synthétique, normalement due à sa nature éminemment sympathique.

Vous avez pleinement raison de regarder le positivisme comme tendant à relever la dignité de l'esprit pratique auquel il subordonnera Tesprit théorique dans l'ensemble de mon traité final. Déjà le récent volume (i) doit profondément développer cette réaction chez tous ceux qui pourront le lire avec fruit, c'est à dire parmi les positivistes pourvus de connaissances mathématiques. La science la plus simple, la plus cultivée, et la plus orgueilleuse, s'y trouve finalement appréciée à sa juste valeur, consistant surtout à former une suite de programmes à peine ébauchés]et radicalementimpossibles, de manière à laisser toujours insolubles la plupart des questions spéciales que Tantiquité s'était immédiatement posées. Rien n'est plus vrai que la maxime du grand Frédéric, spontanément sentie par tous les éminents praticiens, sur Tinaptitudc spontanée de l'esprit humain aux spéculations abstraites. Elles n'ont d'autre destination réelle que de procurer aux conceptions concrètes une généralité suffisante; au delà de ce but, elles deviennent autant inabordables ({u'inutiles.

Tout à vous.

Auguste Comte.

10, rue Monsieur-le-P rince.

(I) ** Synthèse Subjective, " tomel, contenant le système de logique positive, ou traité de philosophie mathématique. H. D. H.

TRENTE-DEUXIÈME LETTRE

A M. Henry Dix Hutton, a Dublin.

Paris, le jeudi i5 Moïse 69.

Mon cher disciple,

Votre lettre de dimanche, que j'ai seulement reçue ce matin, m'en annonce une antérieure de M. Ingram, qui ne m'est jamais parvenue. En vous répondant, au début de décembre, je vous avais spécialement prié de m'envoyer, avant la fin du même mois, les dix-neuf francs dûs pour les deux exemplaires que je vous adressai le 18 Novembre, afin que cette rentrée concourût au versement que javais projeté de faire à M. Thunot le 3o décembre. Je regrette que vous n'ayez pas réalisé ce petit remboursement, auquel je me sui« ainsi vu finalement forcé de suppléer en l'avançant sur ma caisse personnelle, celle de M. Thunot ne devant aucunement soufirir de votre négligence. Sans l'intervention hollandaise qui vint noblement dissiper mes graves inquiétudes pour la terminaison de i856, cette minime avance m'aurait véritablement gêné. Ceux qui n'ont jamais été totalement dépourvus d'argent ne peuvent assez comprendre le prix que vingt francs acquièrent dans certaines situations. Me voilà pareillement forcé de vous répéter la même remontrance envers M. de Lombrail, auquel, sur sa demande spécialement motivée, samedi dernier, je remis à votre place les 19 1/2

63o LETTRES d'aUGUSTE COMTE

francs que vous lui devez pour divers envois, et qui, par conséquent, devront aussi me revenir de vous.

Ces explications nécessaires étant maintenant écartées, je vous félicite d'avoir dignement lié votre nom, et, par suite, votre religion avouée, à Futile introduction, qui finalement réussira, des tribunaux de commerce en Angleterre. Hier, je reçus vos six exemplaires, dont je distribuerai cinq selon vos vues. Aujourd'hui, j'ai lu votre intéressante circulaire, où vous avez heureusement appliqué ma règle usuelle de ne jamais cendre la çérité, suivant votre noble formule. Si Téminent Gibraltar de M. Congreve m'a surtout frappé par sa réaction nécessaire sur Tauteur, j'attends du vôtre un résultat équivalent. 11 tend à vous confirmer dans la direction pratique que vous avez heureusement imprimée à votre apostolat positiviste, en renonçant, avec une sagesse, d'abord spontanée, puis réfléchie, à toutes prétentions théoriques.

Tout à vous.

Auguste Comte.

10, pue Monsieur-le-Ppince.

TRENTE-TROISIÈME LETTRE

A M. Henry Dix Hutton, a Dublin.

Paris (lo, rue Monsieur-le-Prince), le jeudi i" Aristote 69.

Le principal objet de votre lettre de lundi, que j'ai reçue hier, mérite [que je félicite M. Ingram et vous de la noble cordialité qui vous dispose tous deux à seconder l'intéressante publication de M. de Lombrail. Mais le degré de concours que vous m'indiquez me semble pleinement suffire, et vous ne l'excéderiez qu'en remplaçant la fraternité normale par un patronage inopportun. C'est pourquoi cette assistance se trouve normalement bornée aux opuscules secondaires, où les positivistes qui n'écrivent pas aident leurs frères plus hardis ou mieux placés, en développant des contacts également utiles à tous. Dans le cas de M. Edger, pour son importante traduction du volume final de ma Politique positive ^ cette fraternité collective serait naturellement insuffisante. Il faut alors attendre l'intervention du vrai patronage individuel, que cet éminent disciple espère, et je crois avec raison, trouver, peut-être bientôt, chez quelque Lombe (i) américain.

(i) M. Lombe qui donna ia,5oo francs pour la publication de la «Traduction condensée de la Philosophie Positive v par Miss Martineau, ainsi qu'elle le dit dans sa Préface. H. D. H«

Quant à l'opinion que vous me demandez sur Topuscule de M. de Lombrail, il était essentiellement indigne de publication immédiate dans l'état sous lequel il me fut d'abord soumis. Mais le jeune auteur eut le noble courage de le refaire entièrement d'après mes indications paternelles. Je l'ai soigneusement relu dans ce dernier état, et je l'ai tinalement jugé digne d'être maintenant publié. Cette exposition manque de force et de profondeur. Néanmoins, elle indique une âme consciencieuse, dont les sincères convictions peuvent utilement ébranler un milieu sceptique.

Tout à vous,

Auguste Comte.

P. S. — Ma dernière circulaire fut récemment envoyée à M. Allmann sous la même double bande que votre exemplaire. Si, comme je concevrais aisément, il craint d'être ainsi compromis en la recevant à son collège, il n'a qu'à m'indiquer une autre voie, soit en l'adressant à son domicile en ville, soit par votre entremise. Je pourrais aussi, s'il le préfère, l'envoyer sous enveloppe par la poste, suivant mon usage antérieur ; quoique nous devions mieux utiliser, ce me semble, l'heureuse libéralité finalement introduite dans les envois mutuels entre la France et l'Angleterre.

TRENTE-QUATRIÈME LETTRE

A M. Henry Dix Hutton, a Dublin.

Paris (lo, rue Monsieup-le-prince), le jeudi i5 César 69.

Mon cher disciple,

Voici le reçu correspondant au mandat, déjà payé, contenu dans votre lettre de jeudi deryiier, qui m'est seulement parvenue avant-hier. Le fractionnement qu'elle m'annonce pour l'envoi du subside irlandais ne me suscitera d'autre embarras que d'envoyer plus souvent en recette le mari de mon excellente Sophie (i). Ce léger inconvénient sera plus que compensé par la mi^ltiplicité de mes relations directes avec les divers souscripteurs, dontun tel mode peut mieux satisfaire les différentes convenances individuelles.

Quant au manuscrit de M. de Lombrail, je n'en ai pas eu la moindre nouvelle depuis que je l'ai définitivement remis à l'auteur Je sais seulement qu'il n'est pas encore publié, mais j'ignore s'il le sera bientôt. Au reste, je saisis cette occasion pour vous annoncer qu'un autre positiviste français (2), très supérieur, sous tous les rapports, à M. de Lombrail, élabore, en ce moment, à Rome, une sommaire exposition du positivisme, essentiellement destinée

(i) Madame Sophie Mcurtin, domestique et iille adoptive de M. Comte.

(2) M. Sabatier. — H. D. H.

au public italien, d'après un plan qu'il m'a soumis, et que j'ai pleinement approuvé.

Malgré la difficulté de lire votre écriture, qui m'a fait presque perdre plusieurs phrases de votre lettre, j'ai pu suffisamment apprécier vos judicieuses explications spéciales sur l'avènement britannique des tribunaux industriels. Outre l'exemple que vous fournit Hambourg, Tamendement (i)que vous avez été tinalement forcé d'introduire à votre projet initial me semble essentiellement prescrit par l'état arriéré du civisme de vos négociants. Le régime aristocratique les ayant plus détournés que les nôtres du vrai point de vue social, quoique leurs affaires soient, en général, plus considérables, je conçois que vous avez spé-^ cialementdù modifier l'institution française, dont la principale réaction politique se trouve ainsi troublée, mais seulement chez la nation qui n'a pas l'initiative et la responsabilité de la solution occidentale.

Tout à vous,

Auguste Comte.

P. 'S. — Je pense que vous apprendrez avec plaisir la grande résolution récemment arrêtée et directement proclamée par M. Congreve, d'écrire et publier, dans trois ou quatre ans, l'important volume que je lui proposai, l'an dernier, sur l'histoire positiviste de la vraie révolution anglaise, afin d'établir la connexité sociologique des deux énergiques explosions républicaines respectivement personnifiées chez Cromwell et Danton. L'admirable opuscule sur Gibraltar suffirait pour me garantir l'aptitude décisive de mon éminent disciple à la digne exécution d'un travail destiné surtout à liguer les deux prolétariats dont l'union importe le plus à l'irrévocable terminaison de l'immense crise occidentale.

(i) LUntroduclion d*un président légal associé avec deux assesseurs industriels. H. D. H.

TRENTE-CINQUIÈME LETTRE

A M. H. Dix Hutton, a Dublin.

Paris (lo, rue Monsieur-le-Prince), le dimanche ii Gharlemagne 69

Mon cher disciple,

Votre intéressante lettre de dimanche dernier m'étant parvenue mercredi, je n'y puis répondre qu'aujourd'hui. Ce retard, inusité quoique minime, s'explique par une grave indisposition, liée à la funeste publication indiquée à la fin de votre lettre, dont je dois ainsi renverser l'ordre.

La mort imprévue du sénateur Vieillard m'a subitement privé de mon plus ancien adhérent, qui seul avait dignement suivi Tensemble de ma carrière, depuis mon opuscule fondamental de 182^. Aussi droit d'esprît que de cœur, sans être, sous l'un ou Fautre aspect, un homme vraiment éminent, il a surtout péché par une insuffisante énergie, qui l'empêcha de faire tout le bien qu'il souhaitait et que sa haute position finale aurait réellement permis. Néanmoins, outre mon chagrin personnel, sa perte m'a frappé comme gravement regrettable pour tous les vrais positivistes, surtout français, qui ne tarderont pas à sentir la lacune qu'il nous laisse, malgré son imparfaite conversion, trop marquée dans l'inconséquence funèbre d'un conservateur inhumé comme un révolutionnaire. Cette catastrophe me produisit une crise, d'abord morale, puis physique, qui, quoique dissipée en quelques semaines.

me laisse plus accessible aux diverses influences perturbatrices, même à celles que, en tout autre cas, j'aurais aisément surmontées. Voilà comment je fus récemment atteint, d'après Findigne conduite du sieur de Blignières, à l'occasion de sa déplorable compilation, d'une naissante inflammation du bas-ventre, que j'ai moi-même guérie, sans aucune intervention médicale, à mesure que s'achevait la corvée inouïe que j'ai scrupuleusement accomplie en lisant, par des motifs exceptionnels, cette méprisable publication. Mais, quoique je me sois entièrement passé de médecin, je ne pourrai jamais oublier le touchant voyage expressément fait pour venir se mettre à ma disposition par le docteur Robinet, auquel j'eus alors la satisfaction de déclarer que, malgré sa jeunesse, il serait, dans un cas vraiment dangereux, mon unique médecin, comme seul capable de me bien comprendre, et, par suite, de concevoir et diriger l'ensemble du traitement d'une manière sagement conforme à ma nature. Je suis ainsi conduit à vous donner des éclaircissements devenus indispensables d'après l'étrange séduction qu'a momentanément exercée sur vous un vain appareil scientifique, et je vous prie de faire convenablement connaître ces renseignements aux divers positivistes britanniques, afin que je n'aie plus à revenir sur une odieuse et dégoûtante affaire, dont je me suis trop occupé.

Ce misérable est irrévocablement exclu de la Société Positiviste, depuis mercredi dernier; une addition spéciale à mon Testament vient de l'écarter de mon convoi funèbre; enfin, ma prochaine circulaire prouvera que le Grand-Prêtre de l'Humanité sait autant punir que récompenser, en flétrissant une conduite qu'il suffit de divulguer pour la réprouver. Si ce personnage s'était contente de ne pas me faire hommage d'un exemplaire de son prétendu livre, je l'aurais cru seulement insensible aux convenances les plus usuelles. Mais il a d'abord réduit sa cotisation habituelle de cent francs à vingt-cinq, quoiqu'il soit maintenant dans l'aisance et doive richement hériter

de son père; il a systématisé cette réduction en déclarant que. si le taux de Fan dernier persistait, cela me procurerait un véritable pouvoir temporel. Voilà comment est finalement comprise rindépendaace du sacerdoce par celui qui. jadis, quand il espérait en faire un jour partie, me reprochait de ne point assez insister, daiis mes circulaires annuelles, sur le besoin d'étendre autant que possible le subside positiviste, afin de seconder l'essor desjetines théoriciens. Enfin sa lettre de mardi dernier a directement poussé Taveuglement, Finsolence, et Tingratitude jusqu'à me dire, « Vous aimeriez mieux que le positivisme restât, pendant toute votre vie, obscur et ignoré, plutôt que de percer sous une autre plume que la vôtre ». Sa première lettre fut immédiatement suivie du renvoi de ses vingtcinq francs, et du refus perpétuel de sa future cotisation quelconque envers un subside dont il méconnaît ainsi la destination sociale. Après la dernière il fut ignominieusement rayé de notre liste, et je fis hier suivre la terminaison de ma lecture exceptionnelle par une lettre décisive cjui termine nos relations quelconques. J'en ai gardé copie afin de la faire déjà connaître à ceux que cette afiaire intéresse, et pour que mes exécuteurs testamentaires puissent la publier, dans ma Correspondance générale sans avoir besoin de lui.

Telle est Tissue des contacts que mon indulgence initiale me fit malheureusement prolonger, pendant plusieurs années, avec un homme que j'ignorais avoir toujours été généralement regardé par ses camarades d'études ou d'office comme ayant une intelligence extrêmement médiocre et n'offranl de vraiment saillant qu'une monstrueuse personnalité. Sans me faire aucune illusion grave sur son esprit radicalement dépourvu de force et de profondeur, je lui crus du cœur, parce que l'impulsion sociale de 1848 qui me l'attira soulevait son chétif altruisme, comme elle fit chez les pires types. Quand le public retomba, faute de principes et de chefs, dans sa torpeur apparente, ce jeune homme se dégrada bientôt sous l'essor croissant d'une exor-

bitante Tanité théorique, que ses demi-convictions positivistes secondèrent au lieu de la contenir. Je ne pus suffisamment apprécier sa chute définitive que dans son voyage de 1854, où, sous l'assistance de la coterie Littré, sa nouvelle attitude envers moi devint de plus en plus irrévérente et finalement hostile. C'est dans un état continu d'exaspération personnelle contre le fondateur de la doctrine qu'il prétend exposer qu'il vient d'exécuter, en dix-huit mois, sa lourde et prétentieuse compilation, sur laquelle il ne m'avait aucunement consulté, mais dont je l'avais indirectement détourné^ d'abord parce que je blâme ces prétendues expositions générales, puis comme le sachant entièrement dépourvu d'un vrai talent d'expression, même orale. Il ne m'a réellement accordé que ce qu'il ne pouvait pas me voler, c'est-à-dire le fond des conceptions; mais il a scandaleusement pillé mes phrases sans aucune mention propre à détromper les lecteurs encore étrangers à mes ouvrages, tandis qu'il cite M. Littré pour le moindre mot emprunté. La déloyauté devient surtout appréciable dans sa Préface, qui cache au public l'existence, depuis cinq ans, d'un opuscule de propagande générale compose par le fondateur même du positivisme : ce drôle ne pouvait publiquement soutenir ce qu'il ose effrontément déclarer par ses lettres sur l'inefficacité radicale du Caiéchisme positiviste , auquel il affirme, de son poste provincial, qu'aucune conversion ne fut jamais due.

Je suis vraiment peiné que mes meilleurs disciples puis • sent un instant préférer une composition sans conscience et sans talent à l'opuscule, non moins éminent d'esprit que de cœur, que M. Edgerfit modestement surgira l'occasion de notre Calendrier, en y mettant réellement quelques aperçus qui lui sont propres, tandis que le sieur de B. n'a pas même indiqué l'ombre d'une vue nouvelle. Outre que la plus longue partie de sa compilation est entièrement déplacée dans une exposition soi-disant populaire^ elle ne se trouve pas au courant du positivisme, puisque V auteur n'a pas encore lu ma Logique positive ; en sorte que. mal-

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gré ses études spécialement mathématiques, la partie correspondante de son exposition reste la plus arriérée, jusque dans le langage, comme si je n'avais aucunement avancé depuis i83o. Il ne fait essentiellement usage que de ma Philosophie positive . à la manière des prétendus positivistes qui, se qualifiant Ôl' intellectuels, sont les moins intelligents de tous, vu l'insuffisant essor des seuls sentiments qui stimulent, fécondent, et soutiennent les vastes méditations. Un ouvrage pouvant souvent influer par les dispositions propres à l'auteur, indépendamment de la doctrine exposée, celui-ci ne peut que nuire en propageant Tétroitesse d'esprit et la sécheresse de cœur qui l'ont toujours inspiré. Pas la moindre indication sur l'avenir poé* tique du positivisme, pas même un mot d'hommage à <x la noble dame dont tous mes vrais disciples chérissent et vénèrent la mémoire, parce qu'elle a dignement renouvelé la lumière de l'esprit par la flamme du cœur. " Ses indications sur le régime, le dofrme, et le culte de l'Humanité sont scandaleusement insuffisantes ; en sorte qu'une telle lecture laisse essentiellement ignorer les principales notions du positivisme, religieux, moral, esthétique, théorique, et pratique. Ce roué vulgaire n'a vraiment trouvé quelque verve que pour maudire sa mère et son père en délayant, hors de. toute mesure, une demi-page de mon Catéchisme, dans une diatribe radicalement déplacée, qui tient plus de place que sa soi-disant exposition du culte positifl

Ou ne peut aucunement accomplir des applications spéciales du positivisme sans y mettre du sien, et cet eflbrt suffit pour garantir la sincérité des convictions ainsi manifestées; un travail comme celui du sieur de B., outre qu'il n'exige aucun talent, ne constate aucune conviclion réelle, vu la déplorable faculté que procurent les études actuelles, autant à l'Ecole Polytechnique que dans les collèges littéraires, d'exposer ce qu'on ne comprend point. C'est pourquoi ma prochaine circulaire arrêtera cet imminent déluge d expositions générales, qui n'ont de valeur eflfective

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que comme actes de foi publics, dont M. de Constant a noblement pris rinitiative décisive, bientôt suivie d'une équivalente manifestation de M. Sabatier, élaborant à Rome un opuscule aussi court que V Appel aux conservaleurs, et capable d'agir sur la meilleure partie du milieu révolutionnaire, où, malgré sa jeunesse. Fauteur possède un véritable poids social. Au point actuel de Tessor positiviste, c'est du sentiment et de l'imagination que dépend son ascendant, et le raisonnement sera désormais secondaire ; la doctrine et le sacerdoce ayant irrévocablement surgi, nous n'avons plus à démontrer leur nécessité, comme je le fesais avant leur existence en 1826, où mon opuscule initial sur le pouvoir spirituel suscita, quelques semaines après, des articles de revue très supérieurs à la vulgaire tartine qui pourtant forme la moins mauvaise partie du livre B^... sans cependant constater une conviction qui changera radicalement quand ce drôle aura suffisamment reconnu l'impossibilité de devenir, malgré moi, membre du sacerdoce positif. Tous mes disciples assez indépendants peuvent déjà seconder l'installation du pontificat décisif en plaçant, sur leurs lettres, la suscription extérieure, maintenant familière à cinq d'entr'eux; Au çénérê Grand Prêtre de V Humanité; manifestation spécialement frappante sous les armoiiies papales, d'après la correspondance mensuelle de M. Sabatier ; suffisamment multipliée, cette adhésion publique aurait plus d'efficacité que toutes les prétendues expositions générales, surtout destinées à satisfaire la sotte vanité de leurs auteurs. Nos principaux ennemis sont, au fond, les faux auxiliaires graduellement groupés autour du rhéteur usé (i) que le positivisme a passagèrement décoré d'une auréole de penseur; leur seiret programme, étourdiment divulgué, dès i854, par un complice bavard, est '^11 faut désormais développer {cesl-à' di re exploiter) le positivisme en dehorsde (c'est-à-dire contre) son fondateur , " A cette coterie vont bientôt aboutir tous

U)M.EniileLillrc.— H. D. H.

LETTRES d'auguste COMTE 6^t

ceux qui» voulant prolonger Tinterrègne spirituel, afin de maintenir Tindiscipline qu'ils chérissent, sont pourtant convaincus que les doctrines métaphysiques sur lesquelles ils l'appuyaient se trouvent maintenant épuisées, en sorte qu'il ne peut plus durer que sous couleur positive, en feignant d'adopter la Religion de l'Humanité pour mieux entraver l'installation pontificale qui peut seule réaliser sa destination morale et sociale. Tels sont les roués qui, du moins en France, vont prôner la compilation de B.... en proclamant mes livres essentiellement inintelligibles, quoique mes phrases deviennent suffisamment claires, quand elles sont textuellement pillées en écartant les Intermédiaires explicatifs et coordinatifs : voilà le seul motif de l'exception pénible que vient de subir mon régime cérébral, et que n'aurait point obtenu un écrivain plus estimable.

Quant à M. de Lombrail, j'ai beaucoup blâmé le mode de publication qu'un puéril empressement l'a forcé d'adopter pour un opuscule que je n'aurais nullement examiné si j'avais cru qu'il dût paraître ainsi, dans une mauvaise revue métaphysique^ par fragments espacés d'un mois, de façon à n'être vraiment appréciable qu'au bout de sept mois , mais, réciproquement, ce motif aurait dû vous interdire un jugement immédiat, que la lecture cotnplète eût spontanément modifiée. Sans force et sans pro* fondeur, comme le sieur B...^ M. de L. a du moins le mérite de n'y pas prétendre ; de plus il est réellement honnête et vénérant, de manière à susciter chez ses lecteurs de bons sentiments envers le pontife dont l'installation constitue aujourd'hui le principal devoir des vrais positivistes. Lorsque son opuscule vous sera totalement connu, la fascination scientifique du sieur B... sera d'ailleurs dissipée, et rien ne vous empêchera de reconnaître que, quoique j'aie d'abord détourné M. de L. de toute tentative d'exposition générale, son travail est réellement supérieur à l'autre, conformément à la soumission qu'il a dignement montrée en le refondant suivant mes

64î) LETTRES d'auguste COMTE

avis, au lieu de démontrer sa perfection immédiate. J'ai pourtant besoin que Ton sache que je n'ai jamais entendu, par ma bienveillante critique, me rendre aucunement responsable de la doctrine ainsi publiée. Si M. de L. a dit autre chose dans sa Préface^ qu il ne m'a nullement soumise, je la désavoue sans la connaitre. Relativement à rétrange hérésie qui vous a justement choqué, j'ignore comment ce jeune homme a modifié sa rédaction depuis six mois que je lui rendis son manuscrit : je puis seulement vous dire que, son premier manuscrit ayant ridiculement exagéré rascendantdeTHumanitésur ses organes, au point de réduire les grands hommes au pur automatisme, je le remis vigoureusement dans la vraie voie, quMl a peut-être dépassée en sens inverse. Une appréciation aussi délicate que celle de la véritable influence du Grand-Être sur ses personnifications et de la part nécessairement propre à celles-ci, peut facilement susciter des déviations qui n'ont pas de gravité dans Tessai d'un disciple, quand chacun sait que le maître n'a jamais recours à d'autres plumes que la sienne pour promulguer ses conceptions ou perfectionnements quelconques. Cette difficile question sera systématiquement traitée dans mon volume de Tan prochain. Bornez-vous maintenant à remarquer la notable diversité de l'attitude propre aux personnifications du Grand-Être suivant qu'elle concerne les deux éléments subjectifs ou l'élément objectif de l'Humanité. Toujours soumis à la Priorité d'où tout leur vient et respectueux envers la Postérité qui les jugera, les grands hommes peuvent souvent être disposés, surtout dans les principales transitions, à dédaigner, et même mépriser, sauf exceptions individuelles, le Public, quand il les entrave au lieu de les seconder, quoiqu'ils doivent toujours l'aimer, le plaindre, et le servir en le dominant au nom de l'avenir et du passé.

Malgré leur nature très judicieuse, vos autres questions sont essentiellement prématurées : attendez mon volume de i858, sans pourtant arrêter le cours spontané de vos

propres méditations. Je puis néanmoins vous dire que la transformation de V Imitation en y remplaçant Dieu par l'Humanité ne me semble pas comporter une digne exécution publique, malgré son utilité privée pour tous les vrais positivistes. Si l'expérience n'a pas spontanément éclairé M. de Constant à cetégard, je m'efforcerai dele détourner d'un travail qui doit souvent susciter des interprétations forcées ou vicieuses, puisque la syntlièse catholique doit naturellement offrir des conceptions uniquement adaptées à sa nature, comme le montre tout le dernier livre de l'Imitation; en sorte que la transformation serait finalement réductible à de simples extraits, et dès lors privée d'une grande elBcacité sociale. En général, mes disciples quelconques devraient plus parler qu'écrire. Tout à vous,

Auguste Comte.

TRENTE-SIXIÈME LETTRE

A M. H. Dix Hutton. a Dublin.

Paris (lo, rue Monaieur-Ie-Prinee), le mardi so Ciiarlemagne 69,

Mon cher disciple,

Votre petite lettre de samedi, reçue ce niatiu, ne contenant rien à quoi n'ait d'avance répondu ma longue lettre du précédent dimanche, je me serais, en temps ordinaire, dispensé d'y répondre. Mais, aujourd'hui, comme vous me savez malade, je craindrais que mon silence vous fit spontanément supposer ma santé plus troublée qu'elle ne l'est réellement. Sachez donc que maintenant je suis en p.leine guérison, sauf la sévère diète que je dois encore prolonger un peu, quoiqu'elle fasse naturellement durer la .maigreur et la pâleur survenues. La grande préparation méditative à laquelle J'ai complètement voué la présente année a déjà repris son activité normale.

Tout à vous,

Auguste Coûte.

TRENTE. SEPTIÈME LETTRE

A M. H. DIX HuTTON, A Dublin.

Paris (lo, me Monsieur-le-Prince), le mardi 27 Gharlemagne 69.

Mon cher disciple,

Je suis malheureusement forcé de dissiper l'assurance exprimée à la fin de votre lettre de vendredi, reçue ce matin. A vrai dire, je n'ai jusqu'à présent recouvré que le point principal, la pleine activité normale de la grande préparation méditative à laquelle j'ai totalement voué Tannée actuelle. Ma nourriture quotidienne se borne encore à trois verres de lait suivis d'un potage, aux intervalles de deux et quatre heures. L'inappétence et Tamaigrissement continuent, ainsi que la petite fièvre nocturne. Si dimanche je n'ai rien gagné de décisif, j'ai finalement résolu d'écrire à l'excellent docteur Robinet pour réaliser ma cordiale acceptation de l'ofi're généreuse qui suscita sa touchante visite du 20 Juin, mais alors j'espère, d'après une exposition claire, précise, et complète, le dispenser du voyage, et lui permettre de se contenter d'une consultation écrite.

Le second feuillet (i) de ma courte réponse satisfait votre vœu touchant. En approuvant votre naissant recueil de maximes vraiment caractéristiques graduellement émanées

(i) Le feuillet en question est un autographe reproduit à la page 649.

de tous les temps et de tous les pays, je vous invite à le compléter et systématiser. Alors il pourrait vraiment réaliser le projet que j'ai plusieurs fois indiqué devant la So. eiété Positiviste, depuis cinq ou six ans, et qui convenait surtout au malheureux Yundzill, pour composer un utile volume durable, publié sous le titre de : Les oracles sponr tanés de V Humanité, Je suis d'avance persuadé que les poëtes et les femmes en fourniraient la meilleure partie. Dante m'a toujours paru plus fécond en véritables sen* tences décisives que même Thomas à Kempis : leur lecture journalière me fait de plus penser ainsi ; parce que l'un était plus près que l'autre du moyen âge, quoiqu'il ne le comprit pas.

Mon heureuse dédicace (i) au vénérable Daniel Encontre n'a réellement modifié mon opinion sur le protestantisme qu'envers les protestants français, en me faisant mieux apprécier la réaction sociale, aujourd'hui développable, de la position exceptionnelle qui les priva de la domination indispensable à leur secte. Néanmoins, je suis pleinement convaincu que les dignes protestants de tout genre figurent, à divers degrés, dans le véritable parli de l'ordre, que le positivisme vient irrévocablement constituer : les déistes, les athées, et les sceptiques, surtout les deux extrêmes de ces trois groupes, doivent seuls être définitivement renvoyés au parti du désordre, dont ils sont les vrais meneurs actuels. En approuvant la plupart de vos remarques sur l,e protestantisme, j'excepte celle qui concerne la Bible ; la substitution de cette dangereuse lecture, dont la vraie valeur est purement historique, à celle de Vlmitation, constitue une rétrogradation anarchique.

Puissiez- vous, mon cher disciple, toujours croître en Vénération et Dévouement !

AugusTE Comte.

(i) Cette dédicace est en tclc de la « Synthèse subjective », tome i.

LETTRES D ADGUSTE COMTE

-S^- .fi^.).

TtJ. (i^* A "Jin^iMJlTB y,' V ITLrCÙ.t^^^lJAJ

TRENTE-HUITIEME LETTRE

A M. H. Dix Hutton, a Dublin.

Paris (10, rue Monsieur-le-Prince), le samedi 3 Dante 69.

Mon cher disciple,

Je ne puis mieux témoigner combien je suis touché de votre cordiale sollicitude qu'en faisant une réponse immédiate à votre affectueuse lettre d'avant-hier, reçue ce matin. L'amélioration décisive que j'attendais a commencé dès hier, grâce au surcroit de sévérité de ma diète pendant les deux journées précédentes, où j'ai strictement borné ma nourriture quotidienne à cinq verres de lait, bus à deux heures d'intervalle. Comme l'inappétence et la fièvre nocturne ont ainsi cessé, j'éviterai l'appel que je comptais demain faire au noble docteur Robinet, et j'achèverai ma guérison sans aucune intervention médicale : recommençant à manger un peu d'aliments succulents, j'aurai bientôt réparé le grand amaigrissement rapidement survenu, plus môme au corps qu'à la face : car il est surtout résulté de mon extrême sobriété continue, qui, réduisant l'alimentation normale au minimum convenable, doit ainsi réagir quand la diète devient presque totale.

Toute médication réelle étant nécessairement individuelle, surtout chez les natures très prononcées, les moyens que vous me proposez pour consolider mon rétablissement ne sauraient aucunement convenir à mon cas.

65q lettres d'auguste comte

J'ai complètement voué la présente année à la grande préparation méditative qui, depuis quinze jours, a pleinement repris son activité normale, notablement altérée, quoique jamais suspendue, pendant les trois semaines précédentes. Ma Synthèse subjectiçe, constituant ma construction finale, où les imperfections quelconques deviennent essentiellement irréparables, toutes celles que pourrait éviter un meilleur emploi de mon temps me seraient justement reprochées par la Postérité. C est pourquoi, dès le début de cette année, j'ai systématiquement abandonné le projet de visite à mon vieux père, que j'avais inconsidérément formé deux ans auparavant ; cette pieuse diversion se trouve ainsi renvoyée après l'entière terminaison de ma Synthèse subjective^ c'est à dire en 1862, quoique je ne puisse guère espérer (ju'il vive jusque là : toute autre diversion m'est, à plus forte raison, interdite.

D'après l'état présent du subside positiviste en 1857, j'ai tout lieu d'espérer que, malgré l'ignoble vœu de Douai, son ensemble atteindra, sans aucun appel spécial, le taux alors exceptionnel, et désormais normal, qui ne fut réalisé, l'an dernier, que par suite d'efforts supplémentaires, assistés d'une puissante intervention inattendue de l'admirable munificence hollandaise. Vous n'avez donc à concevoir aucune inquiétude pour moi sous cet aspect, quoique votre souscription soit jusqu'ici la seule arrivée d'Irlande cette année.

Continuez, mon cher disciple, à croître en Vénération et Dévouement,

AugusTE Comte.

TRENTE-NEUVIÈME LETTRE

A M. H. Dix Hutton, a Dublin.

Paris (lo, rue Monsieur-le-F rince), le mercredi oS Dante 69.

Mon cher disciple ,

Votre touchante dépêche télégraphique d'hier m'a déter? miné à négliger l'afTectueux conseil qui termine la lettre arrivée, par la poste, quelques heui'es auparavant, en vous faisant, malgré ma grande faiblesse physique, une courte réponse immédiate.

Sans être encore rétabli, je suis en vraie convalescence de la plus grave maladie que j'aie jamais subie depuis trente ans, et que je me félicite d'avoir seul traitée, après avoir successivement écarté, suivant une courte épreuve, toutes les parties de l'unique consultation que j'avais demandée à M. Robinet : en sorte que je suis le seul responsable. La crise décisive consista, le dimanche a6 Juillet, en un copieux vomissement spontané de pur sang : sans effort ni douleur, j'en perdis, en cinq minutes, plus d'un demi-litre. Ce qui d'abord effraya les préjugés médicaux, commença, dès le lendemain, la convalescence. Mais cette rude solution naturelle, combinée avec la sévère diète sur laquelle j'avais surtout fondé mon traitement, produisit une extrême faiblesse physique, qui maintenant constitue mon seul trouble essentiel. Elle diminue journellement, depuis que je mange un peu de viande, prin-

cipalemenl du bœuf;el je compte cesser de m'aliter lundi prochain.

L'irrationalité de Tart médical résulte de ce que les conceptions y restent toujours collectives, tandis que les applications y deviennent toujours individuelles ; en sorte que rharmonie mutuelle demeure essentiellement fortuite, comme Tindiquent les dissidences habituelles des divers médecins à Tégard des moindres cas. Or, leur appréciation n'est pas plus normale que leur méditation : ce qui les dispose à s'effrayer ou se rassurer mal-à-propos. Us ne sont vraiment compétents qu'envers les renseignements spéciaux sur les symptômes et les moyens ; mais sans pouvoir jamais embrasser le véritable ensemble du traitement» ni môme de jugement.

Due à l'ignoble conduite d'un faux disciple, ma maladie me procure une précieuse compensation en manifestant, par de nombreux et touchants exemples, les sentiments de dévouement et de vénération restés jusqu'ici latents chez les meilleurs positivistes, auxquels il ne manque ainsi que plus de fraternité mutuelle. Suivant ce progrès décisif, si notre dictature actuelle peut encore durer dix ans, elle installera mes triumvirs.

Agréez la paternelle gratitude que m'inspire votre filiale sollicitude.

Auguste Comte.

QUARANTIÈME LETTRE

A M. H. Dix Hutton, a Dublin

Paris (lo, rue Mon sieur-le -Prince), le mardi 6 Gutenberg 69.

Vous vous trompez en regardant ma maladie conjme ayant jamais offert une rechute : seulement Tempirisme médical avait ainsi qualifié la crise décisive qui, malgré sa rudesse, commença ma longue et pénible convalescence. Je suis maintenant fatigué des lettres qu'on m'adresse sur ma santés parce qu'elles me poussent à des réponses inopportunes. C'est pour la dernière fois que je vous en parle, ayant, depuis vendredi, cessé de m'aliter, et me promenant dans mon appartement, dont l'ampleur permet un suffisant exercice de convalescent. Quant aux banales recommandations sur les voyages et le séjour rural, j'ai déjà transmis à M. Robinet les explications spéciales qui me font une loi scrupuleuse de ne jamais quitter Paris jusqu'à l'entière publication de ma Synthèse subjective. Épargnezmoi donc, à cet égard, une insistance entièrement inutile et bientôt indiscrète.

Je vous souhaite, mon cher disciple, un accroissement continu de

Fraternité, Vénération et Dévouement.

Auguste Comte.

Fondateur de la Religion universelle et Grand-Prêtre de l'Humanité.

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