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me fait voir qu’il compte un peu là-dessus ; heureusement, j'ai lieu de croire qu'il ne réussira pas ou qu’au moins je réussirai aussitôt que lui, et dès que j'aurai une place à Paris, je n'aurai plus rien à craindre. Dans ma réponse au général, je lui ai fait entendre que je désirais fortement me fixer à Paris (tu sens bien que je ne lui ai pas donné la grande raison), que mon intérêét me conseillait ce parti, qu'il ne fallait pas que nos tentatives divergeassent, et que je le priais d’abandonner tous ses projets sur Montpellier et de faire converger sur Paris ses efforts avec les miens. Je pense que sa réponse sera conforme à mes désirs; je ne suis pourtant pas sans inquiétude. Je te prie, si tu as occasion, de le voir ou de lui écrire, et au cas où 1l te parlerait de moi, de lui manifester sans affectation ma répugnance à vivre en province, de lui représenter combien mes intérêts et mes goûts s’accordent pour me fixer à Paris; enfin de lui parler dans mon sens, et cela sans avoir l’air d’en être prié par moi, et surtout en ayant l’air d’ignorer la grande raison. Je me repose à cet égard sur ton esprit et ta sagacité, et je suis sûr que si l’occasion se présente, tu seconderas utilement les projets de ton ami. Je te dois encore une autre confidence sur mon amour. Tu penses bien qu’un jeune homme de vingt ans et une Jeune dame de vingt-cinq ne sont pas: huit mois ensemble sans qu'il en résulte certain accident dont les maris s’attribuent si bénévolement la gloire et les charges. Aussi, mon cher, dans deux mois environ je serai père, selon toutes les apparences; l’enfant à l'air de se bien porter. Tu sens bien, mon ami, qu'une telle circonstance rend mon attachement beau-
coup plus fort, et que ma position prend un caractère plus grave et plus intéressant; tu concçois aussi que cela donne une grande force à mon irrévocable résolution de rester à Paris. Moi! je quitterais la femme que J'aime, la mère de mon enfant. Oh! non, sois tranquille ; dussé-je me faire écharper, cela ne sera pas.
Voilà, mon cher, ce que j’avais à te dire de plus essentiel; la prochaine fois je t’apprendrai encore des choses qui t’intéresseront probablement, mais pour cela il faut que tu écrives.
Tu me parleras, j'espère, à ton tour, de ce qui t'est arrivé depuis un an. Je soupconne ton histoire d’être plus monotone et moins agitée que la mienne; mais n'importe, je veux tout savoir. Te plais-tu à Béziers? Que te semble de tes fonctions? Fais-moi part de tes espérances, de celles pour revenir à Paris, si tuen as, de tes projets, de ton genre de vie, de tes amusements, de tes amours (si tu en as, comme je le pense) ; en un mot, mets-toi en scène comme je viens de m’y mettre (assez ionguement, j'espère) ; rends-moi les trois feuilles dont je t’'accable, et n'oublie pas de répondre à toutes les questions que Je te fais.
Adieu, mon cher. Dans une heure je vole à mon cher rendez-vous, et je passe de l'amitié à l’amour: la douce transition! Sois tranquille, l'amour ne fait pas tort à l'amitié auxcontraire:s Jéit'entpne/soisexact: Hormis ma Pauline, je ne vois presque personne : ma vie est assez remplie ; tous mes camarades sont dispersés, et mes meilleurs amis ont quitté Paris : Conrot est à Metz, Valat à Béziers, Cabanes seul me reste à Paris; le pauvre Prat est... Quant à Granier, tu sais bien qu'il n'a