LE LAC
tableau. Et voici que ce rêve triste est devenu une réalité ! Voici que cette émotion fait battre son cœur réellement et à le briser 1 II entend chanter à son oreille la voix adorée, il se rappelle les mots qu'elle a dits. Ce qu'elle exprimait, ce soir-là, c'était le souhait de leurs deux âmes, et c'était cette hâte de jouir dont brûlait la jeune femme mystérieusement avertie que ces joies seront pour elle les dernières. Il revit les minutes qui suivirent :
Elle se tut : nos cœurs, nos yeux se rencontrèrent; Des mots entrecoupés se perdaient dans les airs ; Et dans un long transport nos âmes s'envolèrent Dans un autre univers.
Nous ne pûmes'parler ; nos âmes affaiblies Succombaient sous le poids de leur félicité, Nos cœurs battaient ensemble et nos bouches unies Disaient : Eternité.
II suffît de comparer ce chef-d'œuvre aux pièces de date antérieure, aux élégies imitées de Properce ou de Parny, pour mesurer tout ce que son auteur doit à Elvire.
LA DERNIERE LETTRE
LAMARTINE achevait de composer le Lac le 23 septembre 1817. A cette date, Julie, qu'on avait transportée à Viroflay, y languissait dans l'état de santé le plus misérable . -5: .1 e suis venue ici pour m'y reposer, écrivait-elle à ses amis Mounier. Mais j'y apportais la fièvre, une maladie de poitrine qu'on appelle, je crois, un catarrhe suffoquant et de grands maux de nerfs. C'est avec toutes ces gentillesses que je vis depuis plus de cinq semaines sans avoir presque quitté mon lit... Je n'ai pas été absolument sans secours. Un médecin de Versailles vient me voir. Le bon M. Alin a même quitté son lit pendant vingtquatre heures, pour venir auprès du mien. » De retour à Milly, Lamartine y recevait des nouvelles qui ne lui laissaient aucun doute sur l'imminence d'une issue fatale. On peut suivre à travers ses lettres à sa confidente M'"" de Canonge, comprises dans sa correspondance générale, le progrès de ses inquiétudes. 13 octobre : '< Je suis plus que jamais dans l'extrême de la souffrance, de la tristesse et du malheur... Je ne trouve un peu de repos que dans une complète solitude qui m'accoutume peu à peu à toutes les idées d'éternelle séparation, auxquelles