‹ Lettres d'Elvire à LamartineChapitre 8 sur 15 · LETTRE DE DONALD A M^'<^ CHARLES · texte numérisé non relu

LETTRE DE DONALD A M^'<^ CHARLES

24 septembre.

JE scais bien bon gré au bon docteur, ma chère et excellente dame, de la visite amicale qu'il vous a faite. Qiielque habile qu'il soit, je sens que les visites de l'ami me feraient plus de bien, si j'étais malade, que celles du membre de la docte faculté; c'est un plaisir que je lui envie, et dans mes châteaux en Espaojne, car mon cœur en a toujours fait plus que mon esprit, je rêve que le Mouna est près de Viroflay, et je me livre volontiers à tout ce que pourrait amener ce charmant rapprochement de lieux. Mais la nature en a disposé autrement et votre beau séjour de Viroflay ne s'accommoderait pas du voisinage d'un lieu aussi horrible que celui où les événements m'ont confiné. Ce serait le plus laid à côté du plus beau et la nature ménage mieux les transitions et ne va pas ainsi par sauts. Je vous scais bien bon gré de m'avoir transmis le témoignage d'amitié de votre excellent jeune homme. Marquezlui bien que je l'accepte comme gage d'amitié, et non comme élan d'admiration, quelque flatté que je sois de son suffrage. Il est pour moi une preuve

I. Sur l'onglet se trouvent ces mots : Lettre de M. de Bonald jointe à la lettre précédente. — L'ode de Lamartine à Bonald est aujourd'hui la vingt-deuxième méditation : Le Génie.

APPENDICE

de plus que ces vérités germent avec une grande facilité dans les cœurs droits, les esprits justes, les âmes affranchies des viles passions de l'orgueil, de l'ambition, de la cupidité, qu'elles y produisent même un vif sentiment d'adhésion, et j'ay eu plusieurs fois occasion d'en faire la remarque, pas souvent cependant sur des esprits aussi distingués que celui de M. de L. M., parce qu'ils ne sont pas communs, et il me prouve encore ce que j'ay toujours cru qu'il y a bien d'autres semences de bien, de beau, de grand dans l'esprit d'un poète que dans celui d'un géomètre. Je le remercie bien sincèrement d'avoir pensé à moi et d'avoir mis ses pensées en si beaux vers, je crois lui prouver l'intérêt que j'attache à la perfection de son ouvrage, en osant vous envoyer les petits changements que j'y ai fait, et dont vous-même, Madame, qui avez le goût si sûr et si juste, aviez proposé les principaux. Je les lui soumets comme de raison, et à vous aussi, et vous pensez bien que, si je tiens très peu aux critiques que Ion m'a souvent fait sur mes propres ouvrages, j e passerai bien plus volontiers condamnation sur celles que je propose aux ouvrages d'autrui. Je propose et vous jugerez. La question de l'impression est plus délicate. D'abord je crois que vous ne le pourriez pas et qu'aucun journal ne s'en chargerait. Je voudrais et pour lui et pour moi y voir le nom de l'auteur, parce que l'ode lui fait honneur et je m'honorerais de ce suffrage public, et cependant je ne voudrais pas faire partager à votre excellent ami l'espèce de réprobation où je suis, et la haine qui s'est déclarée contre moi. Il ne faut ainsi la braver que pour des devoirs et on doit à son propre bonheur de ne pas la chercher lorsqu'il n'est pas

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