‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 4 sur 69 · DE L'EDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'EDITEUR

de Rivières, qui porte un nom depuis longtemps cher à la famille de Guérin et dont l'amitié si spontanément accordée est pour nous d'un bien grand prix.

Nous comptons aussi parmi les plus heureuscb rencontres de notre vie celle qui nous a fait ccnaaître à Gaen, au moment même où, livré t^ nos seules forces, nous étions aux prises avec \&a plus grandes difficultés de notre tâche, l'ami dévoué qui, par ses conseils et son concours de toutes les heures, nous a permis d'en sortir, en dépit de toutes nos craintes, à notre honneur et à la gloire des Guérin. Pourquoi ne veut-il pas que nous iiiscrivions son nom avec le nôtre sur ce monument auquel il a pris depuis cinq ans un si pieux intérêt? Grâce à lui, nous pouvons déposer la plume, tomme on le faisait au moyen âge, en remerciant Dieu de nous avoir donné assez de vie et assez de force pour accomplir heureusement notre tâche.

G. S. TnE6lJTIB^

DE

A m* LOUISE DE BAYNE

AU CIlATtAU DE UAYSSAC (tARN).

(Au Cayla], 12 juillet 18wU.

Vous me croyez bien loin de vous maintenant , ma chère amie, et cependant je ne vous ai pa,9 quittée. Je suis encore dans votre chambre , à l'escarpolette, à l'église; enfin vous me verriez sans cesse, si on pouvait voir la pensée. La mienne voyage bien lestement; en moins d'un rien, elle est sur vos montagnes, ei elle s'y plaît tant qu'elle y prendra racine. Vraiment vous me rencontrerez quelque jour toute plantée parmi vos bois. En attendant, me voici dans ceux du Cayla, qui ne me déplaisent pas non plus. Mes vojages sont terminés, hormis ceux de Cahuzac. Je n'en ferais pas qui ne m'ennuient après celui qui m'a tant amusée. Pourquoi

g LETTRES

Rayssac est-il si loin , pourquoi êtes-vous à douze lieues de moi? Pourquoi ce qu'on aime est-il si loin, et ce qu'on n'aime pas, toujours trop près? C'est que rien au monde ne va à notre fantaisie : bonheur et malheur, plaisir et peine marchent de compagnie; après le bonjour vient l'adieu. Ce triste adieu, il faut le dire à tout : d'abord à sa poupée, puis à ses dixhuit ans, puis à ceci, puis à cela; mais le plus triste est l'adieu du départ, surtout à une bonne et tendre amie comme vous. Ma chère Louise, il m'en a tant coûté de vous quitter, que j'aurais presque envie de ne pas vous revoir.

Je m'en allai bien tristement après votre dernière poignée de main, tournant de temps en temps ma tète de votre côté, mais je ne voyais rien que les blanches murailles du château, qui bientôt ont disparu, puis les arbres, puis les montagnes, et puis tout... Me voilà à Villefranche, où me restaient encore Fingal et Criquet*; celui-ci fut fort aimable, il vint s'asseoir sur mes genoux, je le caressai, je le fis souper, et, après le baiser d'adieu, il partit avec mon souvenir sur le cou et dans le cœur, je pense...

Je ne sais pourquoi je ne vous ai pas dit plus tôt que Maurice était ici. Je suis la plus heureuse personne du monde à présent. Il est arrivé lundi dernier, huit jours juste après mon départ de Rayssac. Nous avions déjà quelque iiKjuiélude sur son compte, mais

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