Ocl ailicle parut dans le numéro de janvier 1S
2. La Thébaiile des Grèves, dont il vient de paraître une c'ditioa nouvelle, prérédéc d'une toucliante notice sur II. de La Morvonu.iis, l'ar .^inédée Uuquesncl. Paris, Didier, 1804, in-12
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comme on aime les anges, moi sa sœur, et elle son amie, cette Marie dont je vous ai parlé, qui, comme la vôtre, mais un peu plus tard, l'a accueilli, consolé en des jours d'infortune : femme aimable pour tout le monde, et qui fut pour lui un bonheur qui me revient à présent, mais, hélas! dans les larmes, amie martyre dont la vie n'est qu'une longue douleur. Je suis venue pour la voir, la distraire, l'aimer de près. Que c'est tristement doux, ce que je fais auprès d'elle, ma chère et aimable malade ! En lui parlant de la Bretagne, je lui ai parlé du Val qu'elle connaissait un peu; de vos poésies qu'elle ne connaissait pas, et elle en a été charmée. C'est, monsieur, un charmant éloge, croyez-moi. Jamais plus d'esprit ne pouvait louer le vôtre ; jamais voix de femme ne parlerait mieux d'un poëte... Mais de tous vos chants, ce qu'elle a écouté avec le plus de plaisir, c'est la Voix du Vent, morceau d'une grande beauté, et qui se place au niveau des hautes hymnes de Lamartine, si les poètes soulfient entre eux des comparaisons; mais nous pouvons comparer les gloires. M'"* de Maistre m'a chargée de vous transmettre ses admirations comme artiste et ses remerciements comme amie, ce qu'elle a senti de vos poésies et de vos écrits su Maurice.
Je n'ai rien su encore de vos envois à M™^ Sand . Cela demeure pour moi sous le mystère; mais je sais quelqu'un qui a le projet de publier tout ce qui rfste de Maurice. Vous me dites, monsieur, que vous pos-
sédez la plus douce expression de ce talent si remarquable, et cela me fait bien plaisir. Nous aurons de bien belles choses. Si ces choses se peuvent voir, voudriez-vous me les confier ? C'est beaucoup demander peut-être ; je sens le secret de votre intimité, mais mes yeux seuls verraient là dedans, et du frère à la sœur il n'y avait pas loin, vous savez. Néanmoins, je ne veux pas l'impossible et m'en rapporte à vous.
Probablement ma belle-sœur est de letour à Paris et elle aura trouvé vos envois. Elle ne m'en a rien dit. Avec beaucoup de distinction de nature, il se pourrait que, par nature étrangère, elle ne goûtât pas vos œuvres comme nous les goûtons.
Adieu, monsieur. Quoique nous espérions aller à Paris cet hiver, j'attends ici ce que je vous demande, et du moins une de vos lettres. J'embrasse notre petite Marie, et suis toujours et partout votre dévouée.
A M'"« LA BARONNE DE MAISTRE
Sailli-Martin, vendredi 17 diicwiibre [1840],
Chère amie, me voilà loin de vous, mais rapprochée par le cœur : les âmes ne se quittent pas. Vous l'avez vu et je veux vous le faire voir encore. Par malheur, ce ne sera pas pour longtemps cetle fois. Le porteur attend, et moi, qui no l'attendais pas,
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j'éciis à la hâte ces mots pour les joindre à ceux que vous écrit notre mère. Je puis bien dire notre, car elle m'a reçue et embrassée et traitée en sœur de sa fille. Nous avons beaucoup parlé de vous et ne cesserons pas tant que nous serons ensemble, puis ensemble avec vous nous reparlerons de même. ïitine est charmante et enchantée.
La lettre de votre mère est partie sans attendre la mienne, peine et plaisir. Je perds le peu d'aujourd'hui, mais demain j'en enverrai grand. Je vous dirai, ma très-chère, tous les événements. D'abord qu'il neige ce matin, ce qui revêt Saint-Martin d'une belle robe blanche qui ne lui sied pas mal. Gela change cette triste et aride vue de la campagne en hiver. La neige et les arbres qui élèvent leurs grands bras noirs sur cette blancheur font un contraste que j'aime.
Transition : me voilà du blanc de la neige passant aux draps de lit qui couvrent ma pauvre malade... Ce triste lit qui jamais ne change, je m'en suis approchée bien souvent depuis que je suis éloignée. Chaque soir je vous embrasse, chaque matin je pense : a-t-elle un peu dormi ? Oh ! qu'on aurai! besoin d'un courrier spirituel au service du cœur ! J'ai su dans ma route du Cayla que c'était un ami loin de son amie qui a inventé le télégraphe, comme toujours je l'avais pensé : il est des choses qu'on devine, quand on ne les a pas trouvées. Que ne
puis-je aussi trouver quelque chose ! Ce ne serait, ni or ni argent (quoique ceci soit fort urgent), mais ce qui est prix pour vous et pour moi ; ce qui faisait dire à un roi : « Hélas! sans la santé, que m'importe un royaume! » N'en aurai-je pas de nouvelles, de cette chère santé que vous n'avez pas? Un mot de votre personne. C'est trop ignorer d'ici à huit jours. La cloche qui sonne le déjeuner ! Sotte cloche qui me fait quitter la plume.
Personne n'est venu encore ici; au demeurant, qui voyage, à moins que ce soient les corbeaux ? Cependant ce matin, un peu après le jour, j'ai entendu un petit chant de petit oiseau sous ma fenêtre, qui m'a fait plaisir. J'ai regretté de n'être pas musicienne pour noter cette musique sur neige et prendre avec moi une voix de Saint-Martin , ce lieu qui me dit tant de choses! votre endroit, votre Cayla, votre solitude où je suis si étonnée de me voir. Mon amie^ je vois toujours davantage que Dieu nous a données l'une à l'autre : votrje père et votre mère sont infiniment bons pour l'amie de leur fdle, et j'en suis bien touchée. 11 ne me manque que d'être ici avec vous. Bientôt nous nous rejoindrons, j'espère.
Les petites sont trop heureuses; elles n'en finissent pas de jouer et. de rire. Ce matin , elles causaient comme des alouettes sur la neige. Il a fallu la défense de grand-papa pour empêcher de preiidrc un rhume.
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A M. H. DE LA MORVONNAIS
Nevers, 13 janvier [1841).
Merci d'abord de votre lettre, monsieur, lettre qui me serait bien bonne , si ce n'était vos nouvelles. Vous avez été malade. Hélas! j'ai tant vu souffrir, je vois tant cela encore, que j'aurais appris à compatir, si la compassion n'était pas naturelle. Ce sentiment s'apporte en naissant, comme d'autres que Dieu nous donne, et, quand on les exerce, il semble alors qu'ils viennent. Je vous plains donc autant qu'on puisse plaindre un pauvre solitaire malade, et si les vœux iciisaient la santé, vous auriez déjà recouvré la vôtre. Celle de mon aimable amie nous a bien inquiétés depuis trois semaines , et quoiqu'il y ait un mieux , ce mieux est si loin du bien , que nous en sommes encore aux craintes. Je vous dis cela, monsieur, pour répondre à l'intérêt aimable que vous a inspiré M""*" la baronne de Maistre, intérêt accueilli aussi aimablement, mais qui ne peut s'exprimer autrement que pai mon organe. Cette correspondance dont vous témoignez le désir, et qu'on ne sait pas refuser à une si douce prière, cette correspondance, hélas! est impossible à la faible main qui, depuis plus de trois mois, ne s'est pas soulevée d'un lit de douleur. « Dites h M. de La Morvonnais, m'a dit ma gracieuse malade, que j'accueille avec plaisir tout ce qu'il veut bien
m' adresser; mais que, quant à lui écrire, je ne puis avoir de correspondance qu'avec le ciel dans l'état où je suis. » Ce sont, monsieur, ses propres paroles, trop tristement vraies.
Néanmoins et malgré tout, elle se trouve en force d'aller à Paris. Ce changement d'air, nous espérons, lui fera du bien. Avec mes soins auprès de cette chère amie, je m'occuperai de ceux de notre chère publication dont je vous tiendrai au courant. J'accepte toute la part que vous voudrez y prendre ; tribut de cœur, dont je ne verrai jamais assez, comme le vôtre, offerts à ce bien-aimé Maurice. Je suis fâchée de ce que vous me dites à cette occasion de M'"* ***. Si j'ai bien lu, elle procède contre vous. Malheureux esprit dévoyé! Hélas! qu'on plaint cette femme, sortie si belle des mains de Dieu ! Quelle dou»loureuse admiration elle inspire! Elle s'est jetée de plus, maintenant, dans une politique abominable. Ainsi l'abîme appelle un autre abîme. Et voilà ce que c'est que de quitter la foi. Oh! tenons-netis là, pauvres humains, tenons à l'ancre immuable'. Monsieur, je suis désolée de tant d'âmes perdues. Il me semble voir un océan couvert de vaisseaux démâtés, dévoilés, faisant eau de toute part. Ainsi m'apparaît le monde. Il y a de quoi dire : heureux ceux qui l'ont quitté, qui sont, dans un beau jour, abordés au ciel ! Si vous vous figurez dans vos tristesses une belle campagne avec une douce amitié, et que cela vous console, on a toujours cela avec son bon ange, le céleste ami; consolation un peu spiri-
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tuelle, si vous voulez, mais n'est-ce pas la meilleuie? Hélas ! les autres sont si souvent imparfaites.
Enfin, M. Quemper est de retour d'Amérique. Il ne sait pas combien je l'ai appelé pour lui demander ce cher précieux cahier vert. J'espère que nous le verrons , et le cahier et M. Quemper, à Paris. Vous pourriez aussi lui donner les manuscrits dont vous m'annoncez l'envoi, ou, si ce n'est parti, ayez la bonté d'adresser le tout à M. Jules Barbey d'Aurevilly, rue Poî't-Mahon, 9, hôtel deNeustrie. C'est l'ami chargé de la publication. Je crains que notre court séjour à Nevers ne nous laisse pas le temps de recevoir vos papiers. C'est pour cela que je m'empresse d'écrire dans un moment pressé, et que je vous dis adieu sans plus, pour ne pas manquer la poste.
Je tâcherai de me procurer, à Paris, V Université catholique, qui m'intéressera quand même.
A. M. DE GUÉRIN
Nevers, 18 janvier 1841.
Saint-Pétersbourg, Odessa, Péra, Milan, Rome,
ndc, l'Ile de France et autres lieux : voilà ce que
vu depuis le départ de mon dernier Journal.
Celui-ci commence au retour du tour du monde que je viens de faire sur la place ducale de Nevers, au Temple d'illusion : illusion si parfaite qu'on a réellement la vue des lieux et objets représentés dans leurs grandeur et couisur naturelles. Ainsi, je connais la Russie avec son ciel pâle , sa terre de «eige , et les traîneaux et les rennes, et la terre de feu d'Afrique. Avec quel intérêt j'ai contemplé l'Ile de France et ce Port-Louis si rempli pour nous de souvenirs, et Milan, autre intérêt, dans cette magnifique cathédrale dont nous a parlé papa et telle qu'il l'a vue avec la châsse de saint Charles sur le maîtreautel. Mais rien n'égale Saint-Pierre de Rome, qu'on voit au moment du sacre du Pape. On ne se lasse pas d'y regarder et de se croire parmi les cardinaux au pied du trône pontifical. Pauvres ermites du Cayla, que faisiez-vous à cette heure? A tout moment, cd tout lieu, je me reporte à vous.
i9. Je viens de faire ma visite d'adieu au saint prêtre breton dont je vous ai parlé, et de lui rendre des livres en grand nombre qu'il m'avait prêtés. C'est le plus obligeant homme du monde, qui donnerait son sang et sa moelle pour obliger et sauver quelqu'un. Nous avons causé longtemps et toujours de notre malade, à laquelle il porte un indicible intérêt, quelque chose d'approchant de l'ineHahle sollicitude du Sauveur pour les allligés. iNous partons après-demain.
Dimanche 2Zi [à Paris]. Peut-être revenez-vous des vêpres d'Andillac ; peut-être, chemin faisant, pensez-vous à Paris et à votre absente qui, chemin faisant aussi, pensait à vous, revenant du pompeux Saint-Roch. Hélas! oui, je pensais à mon endroit, dans cet endroit si loin du mien, à vous tous dont je suis si loin par un destin singulier; je crois rêver de me retrouver à Paris, ce pauvre Paris! En traversant un pont, à mon arrivée, j'ai vu Caroline, mais sans lui parler. Au premier jour j'irai la voir. Sa tante est fort souffrante; en attendant, je lui ai écrit.
Quand aurai-ie des nouvelles du Cayla? G est par ce vif désir que je commence chaque jour et chaque soir, depuis que je suis à Paris. Yous ny manquez pas, mon cher papa, ma chère Mimi, mon cherÉran. Les affections suivent le cœur ou qu il soit et rien ne peut me distraire de penser à vous tous' surtout n'ayant point de lettres depuis un mois bientôt. Heureusement qu'Auguste dit en avoir de fraîche date, ce qui me rassure un peu. l'eut-etre m'avez-vous écrit à Nevers, et quoique j'aie laissé mon adresse, le paquet pourrait bien tarder ou se perdre. 5.:niin, écrivez-moi pour me faire plaisir, quand ce pèserait pas pour m'ôter Vie oeine.
J'aurais déjà fini ma lettre , si je n'attendais davoir vu Caroline pour vous en parler. A demain, au plu^ tard, le départ de mon courrier , qui peut-être se croisera avec le vôtre; car vous ne pouvez pas larder à rn'écrire, u osL-r.e pas, mon cher papa, vous
qui pensez tant à votre fille, tandis que d'autres en jouissent , suivant l'expression de Louise qui vous connaît en tendresse? Cette chère Louise, vous en aurez une lettre; elle me l'a promis, et bien d'ellemême, car je ne vais pas vous quêtant des faveurs qui, tout naturellement, vous viennent. Celle-ci m'a fait plaisir, sachant combien cette écriture est aimable, et qu'il vous en vient rarement, des choses aimables, mes pauvres solitaires.
N'ayant pu aller chez Caroline, je n'attends plus rien pour jeter ma lettre à la poste. Cadars, qui vient d'écrire, ne dit mot du Cayla ni d'aucun de vous : ne vous aurait-il donc pas vus? Seriez -vous malades? Je me tourmente en conjectures et me hâte de les écrire en rentrant ce soir dans ma petite chambrette solitaire, quoique entourée de monde et éclairée toute la nuit de lumières voisines. De temps en temps je regarde en dehors, et je vois des choses jolies à décrire, par exemple, quelqu'un qui lit derrière un blanc rideau, ne laissant voir que son livre et sa main; mais je ne suis pas en train de raconter davantage. Adieu; je vais me coucher, après avoir prié Dieu qu'il ne vous soit pas arrivé malheur.
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A m- MARIE DE GUÉRÏN.
(l'arisj, 16 février 1841.
On ne peut venir plus vite que votre courrier, cette fois , parti de trois jours seulement. C'est si rapproché du départ qu'il reste à ce papier tout le parfum du Gayla. Merci, ma clière, d'avoir trouvé dans tes occupations le temps de m'écrire tant de choses de cœur et de pays. Je te vois tout encombrée , même le lendemain matin privée d'aller à la messe.
A la même heure, j'entendais, à Saint-Roch, M. l'abbé Cœur, qui nous a fait un beau discours sur l'attente de Jésus -Christ. Oh! les sermons ne manquent pas à Paris, ni rien pour tous les besoins et les goûts de la terre et du ciel. Mais puissionsnous jouir de la santé! Je veux parler de notre chère malade, à peu près toujours dans le même état. Vos souhaits et amitiés lui sont toujours agréables, et elle y répond de tout son cœur. iNous parlons bien souvent de ma sœur Marie, ma chère Muni. Ce dernier nom, anti-parisien, l'a fait rire.
Mais revenons au Cayla, et à ta lettre ligne par ligne. Paul • est-il venu? papa est-il allé à Alby? Les perturbations de la commune sont -elles apaisées? toutes choses intéressantes. Surtout je voudrais que
^. M. Paul Mathieu, juge au tribunal civil d'Alhy.
ces éternels débats électoraux prissent fin. Je crains que papa ne s'en rende malade. Cette nuit, j'ai rêvé malheur, non pas malheurs politiques , mais physiques, des inondations comme à Lyon, une mer roulant monts et montagnes, et toi cependant je t'ai va sauver. 0 puissance de l'imagination ! c'est que le ré citd( s inondés m'e^^x l'evenu en dormant avec le souvenir du Cayla, amalgamé, je ne sais pourquoi, d'une façon dramatique, quoiqu'il me demeure ordinairement fort naturel et fort doux , ce cher souvenir.
Maintenant je suis tranquille sur vos lettres. Celle de Nevers est venue enfin ; j'ai répondu de suite par une occasion pour Toulouse, en même temps à Éiisa et à Antoinette. Je ne veux négliger personne, et j'ai , pour cela, beaucoup à faire en écritures. Un de ces jours, j'ai écrit à M. Lacordaire que ma chère malade désire voir. Nous l'attendons dans l'aprèsmidi. Je l'ai déjà entendu à Notre-Dame. 11 est admirable. Par malheur, je n'ai pu l'entendre qu'à peine, étant mal placée, quoique nous fussions arrivés trois heures d'avance, M. de Maistre et moi.
Je voudrais faire quebjue chose pour notre église Pour cela, le bon général me manque. Personne n'en entend plus parler, pas même Caroline, depuis six mois. Les autres connaissances vont bien ; je veux les voir toutes. Un de ces jours, j'écrirai à M. Augicr de venir me prendre pour aller à Montrouge embrasser le petit Billy.
De tuus nos cousins, Paul est le plus empressé.
J'ai répondu, par son courrier, à Gabrielle. Cadais, me dis-tu, m'apporte une lettre de Marie. Cette pauvre Marie m'occupe principalement. Je suis bien aise que u aies passé quelques jours à Gaillac où on t'aime. Ces Thézac sont si bons! Ce minet t'a été donné on ne peut plus à propos pour les froidures du chemin ^i'Andillac, si froidures vous avez eues comme nous. Mieu, ma chère Mimin; je t'embrasse pour chacune de tes lignes.
Et vous, mon cher papa, que vous ferai-je? que dirai-je pour tout ce que je reçois de vous en tendresses pour moi et ceux qui m'aiment? Cette chère amie en est toute reconnaissante, et ne vous nomme pas autrement que ce bon M. de Guérm, que toujours elle désire connaître.
Depuis ce commencement de lettre, M. Lacordaire est venu en habit de dominicain, qui sied parfaitement à son visage ascétique, humble et inspiré. Rien n'est comparable à ce legard flamboyant d'intelligence; mais le plus beau, c'est sa parole sainte et consolante. Notre malade a eu une conférence d'une heure, dont elle a été enchantée. Il doit revenir et lui apporter de ses écrits. A mon nom, il s'est souvenu du pauvre Maurice, ce jeune homme, m'a-t-il dit, de tant d'espérances. Ce souvenir m'a touchée. C'est du côté de Bordeaux (\ue M. Lacordaire a fondé son couvent, composé déjà de douze collaborateurs. Lui, va repc.rtir pour Rome.
Et vous, mon clier ])apa, allez -vous aussi devenir
JOt LETTRES
fondateur ? Du train où vont les choses, ce sera certes un beau dévouement pour la chose publique * ; je crains toujours que vous n'y preniez mal par voyages ou autres tracasseries. Ménagez-vous donc; écoutez Mimi , la sage conseillère de votre santé. Hélas ' une fois perdue, c'est à jamais souvent. Une autif , hose sur laquelle vous ne devez pas vous tracasser, ce sont les chutes et accidents que vous chantent les gazettes, et qui n'atteignent le plus souvent que les maladroits ou les gens distraits, ou les ivres-morts. Me trouvant hors de ces catégories , je puis défier en pleine assurance tous les embarras de Paris; je marche dans les rues avec autant de sécurité que dans les chemins d'Andillac. Soyez donc tranquille, mon cher papa. Merci d'avoir pensé à m'envoyer les lettres. Mais c'est trop intime pour les exposer aux chances des voyages, gardez-les. Bonsoir, cher papa; quand le dirons-nous de plus près ?
Une embrassade trouvera bien place sur ce petit endroit, cher Éran, ainsi que les souvenirs de toutes tes connaissances. Ce ne sont pas choses si petites pourtant; mais un signe les représente. Adieu, cher; prends plus long (\ue ces deux lignes. La lettre est aussi pour toi, pcnir tous.
1. Il était micstion pour ^]. dv Gui'iin de devenir ni;iire ilAn- 'Jillai'.
D'EUGENIB DE GUERIN. «S
A M. H. DE LA MORVONNAÎS
Paris, rue du Dauphin, hôtel Sully, 20 février 1841.
Me voici à Paris, ce Paris où je n'ai plus Maurice, mais où je m'occupe toujours de lui. En arrivant, je me suis informée de la publication et j'en ramasse les matériaux. C'est le moment, monsieur, de nous envoyer ]es précieux manuscrits et le livre vert arrivé d'Amérique. M. d'Aurevilly n'a rien reçu, ce qui me met en peine sur le sort de ces envois que je vous avais prié de faire à son adresse , lors de mon départ de INevers. N'auriez-vous pas reçu ma lettre ou seriez-vous malade? Hélas! on craint le malheur, quand il frappe de tous côtés. Mon amie est de plus en plus souiïrante; je n'ai que de tristes pressentiments où vous êtes compris parfois, et que l'état de votre santé passée justifie. Si donc vous êtes souffrant, veuillez me le dire, afin que le doute s'en aille, le doute pire souvent que la réalité.
J'ai vu ma belle-sœur, mais pas assez pour tout ce que j'aurais à lui dire; pour savoir si elle a reçu vos poésies. Au reste, elle était absente depuis six mois de Paris, ce qui explique son silence à un hommage qui n'a pu que la toucher sensiblement. Mais peut-être à présent avez-vous reçu sa réponse et ses lemerciements. Combien n'en ai-je pas pour vous
daus mon cœur au sujet de ce que vous avez fait pour J^Jaurice ! Mais , monsieur, quand me sera-t-il donné d'en jouir? de lire \ Uniccrsilè catholique et de posséder ces copies que vous vous donnez la peine de "lire? C'est vraiment beaucoup de travail, beaucoup ;iop, et si cela vous fatigue, vous feriez mieux de m'envoyer les originaux, qu'une fois transcrits je vous renverrais fidèlement. C'est une idée qui m'est venue dans votre état de soulfrance et pour vous abrège !• le travail.
Vous dire ce que je fais à Paris? hélas ! rien que rester dans la chambre de ma pauvre malade, triste et douce vie qui laisse tant à penser et à souIVrir. Je ne sais quand je regagnerai mon Cayla si paisible, ce cloître au désert où l'âme est mieux, je crois, que cloîtrée dans le monde, à cause du biuit. Mais tout lieu où Dieu nous mène est bon ; de tout lieu on va au ciel. Cette pensée est nia douce, ma consolante compagne 3ur celte pauvre terre; je voudrais la donner à tous les alUigés. Gomme je pense, c'est la vôtre dans votre Thébaïde. Vous y continuez aussi vos poéti(iuos étades, ces enchanteresses de l'àme , et la petite Marie est là qui vous sourit toujours. Vous avez bien aoullert; mais Dieu encore vous a laissé qucl({ue bonheur, assez pour le bôuir comme nous faisons tous.
Oui, flans la coupo ainèro où nnus bir^ons la vie, li so mêle toiijouis (jik^Iiiuo ;;outlo do inifl,
comme a chanté notre Lamartine.
D'EUGÉNIB DE GUBRIN^
M- ***^as l'air d'avoir reçu vos papiers, ou bien elle les garde. Ayez la bonté de j.e dire ce ^^^^ en est, afm que ]e recueille ces chères d.^^^^^^^^
partout où elles seront. Caressez pour mo. 1 .nfan LM...r..., et recevez, monsieur, la nouvelle
assurance de mes sentiments.
H M. DE GUÉRiN,