Voyes les Lettres dt Maurice de (Juirm
A onze heures. Je rentre de chez Auguste, où nous avons dîné en famille et parlé du pays; il nous manquait ceux du Gayla pour compléter la fête. Auguste m'a demandé ce que vous faisiez pour votre maidi-gras : j'ai assuré que vous aviez le pasteur et que vous mangiez des crêpes; est-ce vrai? Bonsoir. Oh ! que nous sommes loin !
25. Encore une visite du père Lacordaire : la dernière, par malheur! 11 paît pour Rome plus tôt qu'il ne comptait; aussi n*a-t-il pu faire auprès de notre malade que des causeries auxquelles j'ai assisté. Il parle peu, mais en dit tant du regard ! Je lui trouve le front inspiré et resplendissant de saint Dominique. Dieu veuille qu'il le fasse revivre avec le même bien pour la société! Elle en a aulant de besoin que celle du moyen âge, mais M. Lacordaire en espère beaucoup et surtout de la France.
]\lars. Depuis ma pause, j'ai dîné chez Caroline : elle m'a écrit un mot fort giacieux et m'a reçue ifîissi /ort gracieusement, sa tante de même; le bon M. Augier m'a conduite en voiture. Me voilà comme de coutume auprès de mon amie. Il s'est présenté un singulier guérisseur, un prince, un roi, le dauphin ressuscité du Temple, ce baron de Richemont, prisonnier avec Pellico, chef de sauvages en Amérique, médecin dans l'Inde et je ne sais quoi à Paris. Il est purtout , f<t'l tout, entend touly comme le Solitaire,
D'EUGENIE DE GUERIN.
et surtout nous amuse par ses récits tout chamarrés d'anecdotes. Nous avons eu trois longues visites, où le temps de ma foi n'est pas venu sur le royal visiteur. Ce qui est frappant, c'est une singulière ressemblance avec le profil de Louis XVI.
13. Que de choses arrivées aujourd'hui du Cayla, duPort-Mahon, de Bretagne, de ces choses à remplir l'âme et puis mille rames de papier! M. d'Aurevilly m'a apporté des compositions dans le genre du Centaure et des lettres ravissantes : il n'y a qu'à retrancher les intimités. Le paquet de Bretagne contient aussi des trésors. Ce bon M. de La Morvonnais s'est donné bien des soins de copiste. Sa notice a paru dans \ Université catholique, notice belle et bonne; je tâcherai de vous l'envoyer. Oh! merci, papa, merci de la grosse lettre que vous m'avez envoyée par M. de Rivières. Jour de trop de fortune aujourd'hui! Enfin, ne nous plaignons pas du bonheur, même triste. J'appelle ainsi tous ces papiers de Maurice; les vôtres me font tout plaisir, vous voyant tous bien portants et contents autant que je puisse l'espérer.
Cette page répond, mon cher papa, à la première de votre lettre. J'ajouterai pour achever que je n'ai pas vu M. Charles*, étant sortie quand il est venu, mais que je dîne avec lui demain chez Auguste.