‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 62 sur 69 · Le gi^iiLiHl de l''n''(;('yilie · texte numérisé non relu

Le gi^iiLiHl de l''n''(;('yilie

pitié do son âme et de sa bonne foi! Quelques jours avant, il était venu me voir; je lui avais écrit en.^uite, et la réponse a éié la mort. On ne parle pas d'autre chose dans la vie. Une dame de nos connaissances vient de perdre quatre grandes et charmantes fdles l'une façon effroyable : l'une, dans un précipice, aux Pyrénées; une autre, écrasée par une voiture; la troisième, d'un transport au cerveau; la quatrième, en couches. La pauvre mère en est stupide de douleur. Ce beau Saint-Roch, où je vais tous les jours, est toujours tendu de noir, et mon âme aus-^i quelquefois. Rien pour nous égayer d'ailleurs dans celte chambre de malade perpétuelle, pas môme la magnifique noce qui se prépare pour le frère de mon amie. Il épouse un ange de visage, d'esprit, de piété, et quarante mille francs de rente. Les fêtes se feront k la campagne, et nous serons ici sur notre lit de douleur. Me voilà sœur de charité pour le printemps, et peutêtre pour l'été. C'est le projet favori de me ramener au Gayla.

Mous n'aurons pas ma belle-sœur, dont la tante part pour l'Inde. La jeune femme reste à Paris pour n'y pas laisser son frère seul à dix-huit ans. Je h vois quul(iuefois. Nous sommes loin, et d'ailleurs je Bors peu et suis bieniôt fatiguée dans ce grand Paris. Une de mes tristesses , c'est de sortir seule , de me voir isolée dans ces (lots de monde. M. de Maistre ne quitte pas sa femme, de sorte que je n'ai pas un bras à prendre, hélas! où j'en avais un.

Harmi de singulières rencontres qu'on fait à co singulier Paris, je veux vous parler de la plus piquante que j'aie faite, celle du duc de Normandie, le prétendu Dauphin, homme étonnant d'esprit, d'in» struction, habile politique, ressemblant de profil à Louis XVI, et d'une amabilité charmante. C'est curieux de l'entendre parler du Temple, du roi, de la reine et de son enlèvement, ccmme si c'était lui. Je n'y crois pas trop,* mais il me plaît comme un conte des Mille et une iXuits. Ce n'est pas Landorlf; c'est le baron de Richemont, le compagnon des prisons de Pellico. Adieu Je suis dans les rêves, hormis quand je pense à vous et que je vous dis : je vous aime.

[P. -5.] Mes respects au bor pasteur. Dites-lui que je lui demande des prières, sans dire pourquoi, pour une convertie, s'il veut.

A M. DE GUÉRIN

I Paris, 29 avril 18 M.)

La belle chose que le Pîlais-Royal, à neuf heures du soir, avec son éclairage, ses promenades, sa verdure! Ohl si des journées pareilles à celle-ci se continuaient, les morts sortiraient des tombeaux ; c'est liii air de résurrection. Tous les oiseaux de Paris,

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ceux des cages et ceux qui volent, chantent à se faire entendre. Les Tuileries resplendissent de verdure et nous envoient des bouffées de parfums, des senteurs mêlées de lilas, d'oeillets, de jonquilles et de je ne sais combien de fleurs épanouies dans ce grand parterre royal. En suivant la procession de Saint- Marc, à Sainl-Roch, je pensais qu'elle eût été belle dans ces magnifiques allées. Toi, Mimi, tu suivais les sentiers d'Andillac, et tu te demandais peut-être où j'étais. Que je vous conte ma journée, dans la retraite de ma cellule.

Le sommeil m'alai&sée là avant-hier. Depuis voilà votre lettre, et cette terrible nouvelle et aflliction de Gaylux. Est-il bien vrai? Je crois être sous l'influence d'un cauchemar et rêver morts. Ce pauvre Adolphe, cette pauvre Misy *, que je les regrette ! Voilà les pressentimenls accomplis. Elle me disait, la dernière fois que je l'ai vue : « Je suis trop heureuse, je tremble qu'il ne m'arrive quelque chose.» Pauvre jeune femme qui aimait tant son Adolphe, que va-t-elle devenir? Je vais prier Dieu de la soutenir, et même je lui écrirai. On se doit cela, quelque douloureuses que soient ces lettres à écrire: Tu as bien fait, Mimi, d'aller voir ces chers allligés. Ainsi tu ne fais donc que des visites mortuaires? Moi, je demeure auprès d'une malade, ce qui se ressemble un peu, et noua

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