‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 61 sur 69 · Voyez les Lettres de Maurice de Guérin, p · texte numérisé non relu

Voyez les Lettres de Maurice de Guérin, p

indifférence, seulement un peu de ces lambineries ' rt?sez de mon caractère et de la vie de Paris : le temps t'y passe de la façon la plus inoccupée et la plus occupante, à des riens de visites, de conversations, ot puis, et puis... mille détails qui échappent comme !e sable et néanmoins remplissent le creux d'un jour. Ce matin j'ai passé trois heures à l'églisp pour rien; mon séraphin confessait une légion d'anges qui n'ont pas laissé place à ma pauvre âme. Voilà donc à recommencer ce soir, ce qui me fera six heures de station. Qu'aurai-je le temps de faire avec le monde que nous attendons cà dîner? Aussi, mon amie, je commence par vous écrire , quitte à laisser et à reprendre.

Et d'abord merci de vos deux lettres, doux témoignage de votre douce amitié. J'allais répondre à la première lorsque la seconde est venue, cette seconde écrite au commencement d'un ennui dont je ne me serais pas aperçue. Tout vous inspire aimablement, mon aimable. Mon père aussi m'avait donné de vos nouvelles et me parlait de son voyage à Rayssac. Pour son plaisir, je voudrais qu'il l'eût effectué, et je crains le contraire; tant de raisons le retiennent au (layla pour affaires ou pour santé, que mon père peut rarement disposer de son temps. Mais s'il le peut le moins du monde, ce sera en votre faveur, car c'est à ses affections que l'on donne, et mon bon père vous aime constamment et profondément; le plus tôt possible il viendra donc vous voir. Vous renouerez en

D'EUaÉNIB DE GUÉRIN.

tête à tête ces causeries de jadis que vous aimiez tant l'un et l'autre, vous pour parler, lui pour vou3 écouter. Mais, je vous préviens, vos confidences ■ n'arrivaient bientôt, et le sceau du secret n'est pas î^ardé pour votre amie Ymige, un peu gâté par son père, et de nom et de tout.

Je ne sais qua-nd je le rejoindrai, ce cher père; rien ne s'annonce pour cela du côté de notre malade. Et je ne sais comment lui parler de départ. Cependant une bonne occasion se présente pour le retou»' au pays avec M. Charles de Rivières; mais il s'en ira sans autre chose de ma p'ersonne que quelques lettres. Nous avons parlé un moment de vous toutes au parloir de Saint-Nicolas-du-Chardonnet avec Lisbine, que j'ai pu enfin aller voir. Elle m'a fait accueil de sainte, gracieuse et belle à ravir. Quelle candeur! quel sourire! quelle âme en paix sous cette blanche cornette! Je lui ai dit: « Que vous êtes heureuse! » — (( Comment ne le scrais-je pas? j'ai fait la volonté de Dieu. » 11 n'y a que cela en eflet qui porte bonheur : faire la volonté de Dieu dans la position où nous sommes, soit dans le cloître ou dans le monde; mais dans le monde c'est plus difficile, ce semble, et cependant les grâces ne manquent pas, non plus que le mérite. Il y en a à se trouver dans les tentations pour les combattre, à omrir saint Jérôme dans un salon quand on pouriait lire un roman; mais saint Jérôme a des beautés sérieuses et profondes qui plaisent aux âmes réilécliies; et, voyant votre faron

d'être à présent, je ne doute pas que vous ne vou; plaisiez beaucoup à ce saint Jérôme. C'est un commencement de vocation sérieuse. Et cependant, voyez la force des impressions premières, je ne puis vous voir que riante, causante, égayante, dansante; je ne vois que ma Louise d'autrefois et de pas bien loin, car nous ne remontons pas à cent ans comme la belle endormie.

Le sommeil fait penser à la mort. Je ne vous dirai pas combien j'ai été foudroyée de celle de ce pauvre Hippolyie. Mon Dieu, qu'est-ce donc que la vie la plus forte et la plus jeune? En deux jours, en un rien le voilà disparu, ce pauvre jeune homme. J'en fus porter la terrible nouvelle à Charles, qui se relevait à Paris d'une fluxion de poitiine. Dieu veuille qu'il n'ait pas fait rechute en voyage. Sa mère ne pouvait se passer de le voir tout de suite. Marie et Gabi'ielle de P. m'ont donné les détails de cette iin bienheureuse. J'ai bien béni Dieu de tout cela, et que dans de si courts moments ce pauvre jeune liouune ait pu penser à son âme. Il l'a fait et le plus chrétiennement qui se puisse désirer. M. Louis de Combette lui a laiî la recommandation de l'àme. Lui aussi s'est montré plein de foi et de dévouement. Oh I une éducation chrélieime! cela sauve tôt ou tard.

Quant h ce pauvre général ', je l'ai regretté doublement dans sa mort prolestante. Que Dieu ait eu

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