La Création
DCXLIII
A M. ANATOLE DUNOYBR A BERNE
Veylaux, 44 juin 1867.
Cher Monsieur et ami,
Encore une fois mille remerciements de votre trop courte visite. Je vous répète que j'ai eu le plus grand plaisir à vous voir, à vous entendre. Revenez-nous quand vous le pourrez. Ne manquez pas alors d'apporter votre manuscrit. Quel beau sujet de longues conversations !
Votre lettre m'arrive ; je n'y réponds que quelques mots, mais sur-le-champ. Si je n'étais très absorbé en ce moment, j'écrirais tout aussitôt une lettre au Temps. N'est-ce pas une chose un peu disgracieuse de voir, en tête du comité de la paix, qui? le Sénateur Michel Chevalier qui a poussé plus que personne à la guerre sans merci ni miséricorde contre le Mexique ?
J'apprends indirectement que M. Lemonnier institue un Congrès de la paix dont il décrète la réunion à Genève pour le 5 septembre prochain. Barni m'envoie le programme décrété et m'invite à y apposer ma signature. Mais quels sont les amis qui nous lancent cet arrêté ? On ne me le dit pas. Puis-je signer une pièce sans savoir d'où elle vient ? Non, évidemment. Ces amis qui ne se
nomment pas sont sans doute très méritants ; ils ne me donnent jamais un signe de vie, en aucune circonstance, et ils demandent que, sans nul autre avis/ je leur envoie ma signature, à la première sommation, non pas même d'eux, mais d'un intermédiaire ! Est-ce juste ? Je prévois d'ailleurs, comme à l'ordinaire, beaucoup de paroles pour rien.
Voilà aussi le Paris-Guide y et certainement grâce à vous. J'ai entrevu l'optimisme de Victor Hugo. Quelle allégresse !
Adieu et au revoir, cher Monsieur et ami. Croyez bien que les années n'ont rien pu sur mon cœur.
EDGAR QUINET
DCXLIV
A M. JULES BARNI A GENÈVE
Vcytaux, 14 juiii 1867.
Mon cher ami. Toute œuvre de paix est une œuvre bonne, je le veux bien. Mais encore faut-il savoir ce que je ne sais pas. Personne ne m'a écrit directement; personne de France ne s'est adressé à moi. On nous tient en dehors de tout, et Ton nous dit : Signez. Mais quoi? Avec qui?... En vérité, il n'est guère possible d'agir sérieusement, dans la parfaite ignorance où Ton nous laisse.
Peut-être nous réunirons-nous ces jours-ci à Lausanne. Nous causerons. Nous verrons ce qui est faisable. Mais je doute fort de l'efficacité du Congrès.
Et, d'ailleurs, que puis-je dire, n'en sachant rien, absolument rien ?
La seule chose que je sais, c'est que je désire beaucoup vous revoir.
EDGAR QUINET-
DCXLV