‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 140 sur 233 · A M. VICTOR VERSIGNY A PARIS · texte numérisé non relu

A M. VICTOR VERSIGNY A PARIS

' Veytaux, 12 juiUet 18G7.

Mon cher ami. Je ne résiste pas davantage à vos paroles. Faites de mon nom ce que vous voudrez.

La lettre si élevée de M. Lemonnier confirme la vôtre.

Ainsi je donne mon adhésion au Congrès de la paix, qui sera, je l'espère, une machine de guerre contre toutes les tyrannies vieilles et nouvelles.

J'ai eu à vaincre mes préventions contre le Congrès. C'est à vous et à quelques autres qu'il appartiendra d'empêcher celui-ci de tomber dans les inconvénients ordinaires. Faites de cela votre première préoccupation.

Un danger est d'aller à la dérive en devenant la proie des partis et des passions locales de Genève. On se noierait dès le premier pas dans un verre d'eau. Ceci est capital.

Avoir un texte de questions à traiter. Sinon, on risque de périr dans le vide. Entendez-vous avec vos amis sur ce point, et qui est mieux préparé que vous à en décider?

Oui, j'avais de nombreuses objections. Mais les occasions d'agir sont si rares ! Il ne sera pas dit qu'une occasion s'est présentée d'essayer de vivre et que je m'y serai refusé.

Avant-hier, je causais de lout cela avec nos deux anciens collègues Bruckner et Yalentin.Ils pensaient comme moi. Ne songe-t-on pas à leur écrire, ainsi qu'à Dufraisse?

Adieu, mon cher ami. Ma femme est heureuse de votre souvenir. Mille amitiés de sa part (et mes hommages dévoués) à madame Versigny.

Votre tout affectionné de cœur

EDGAR QUINET

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