A M MARC DUFRAISSE A ZURICH
Veytaux, 6 août 1867.
Mon cher ami. Voilà donc le choléra à Zurich ? Bruckner nous donne cette triste nouvelle. Il ne serait pas raisonnable de choisir ce premier moment pour aller errer dans les hôtels de Zurich, en partie de plaisir. C'est là ce que l'on nous répète, et il faut bien se rendre à l'évidence. Il ne serait pas juste de vous retenir au delà du terme que vous aviez peut-être fixé. C'est le moment
pour VOUS de partir. Je me réjouis de vous savoir tous dans quelque bain dont vous nous direz le nom. Notre partie est ajournée; nous y reviendrons au premier moment favorable, car nous y tenons infiniment.
Un second motif nous décide à attendre. Notre ami M. de Guelle a été frappé d'une attaque de paralysie. On a pu l'amener à Évian. Il propose de se faire porter à Ouchy sur notre rive, pour que nous puissions nous revoir. Comment manquer à un pareil rendez-vous? Cela n'est pas possible.
Rien ne nous aurait retenus, si nous ne nous disions pas qu'il s'agit seulement d'un retard. Quelle joie de revoir vos jeunes gens, et vos fillettes, et vous-même !... Amitiés, vieilles et nouvelles.
DCLX
A M. HENRI MARTIN A PARIS
Veytaux, 15 août 1867.
Mon cher ami. Un mot seulement aujourd'hui.
Je suis préoccupé de votre indisposition. Si les nerfs y sont pour quelque chose, pourquoi n'essayeriez-vous pas des Alpes? Ce sont encore les plus grandes guérisseuses que je connaisse. J'en parle par expérience. Un séjour d'une semaine ou deux sur un alpage vous ferait
plus de bien que toute la pharmacopée de TEmpire. Nous avons justement sur nos têtes un village, Glion. C'est là que je voudrais vous voir. Les Alpes me répondraient de votre prompte guérison. Dites un mot, nous vous chercherons un très confortable chalet.
Surtout reposez-vous. Plus lard, vous arriverez à la Révolution et à sa Critique. U s'agit d'abord de vous retremper dans un complet loisir.
Ah ! que vous avez raison de ne point parler de la situation politique ! Ce sujet fait ma], évitons-le. Quinze ans de servitude volontaire, sans un seul jour de conscience, sont entrés dans la chair et dans les os de nos compatriotes. Ils sont empoisonnés, et ils ne s'en aperçoivent pas. Ce poison-là a un nom. Il tue agréablement les peuples plus légers que les oiseaux. Il s'appelle, je crois, le curare.
Votre tout dévoué
EDGAR QU1NET
DCLXI
A M. MARC DUFRAISSB A ZURICH
Veytaux, 24 août 1867.
Mon cher ami. Je le tiens enfin, ce grand livre si attendu *. Que je sois du moins, l'un des premiers à vous féliciter