Du droit de la paix et de la guerre
de cette action. Car ce n'est pas seulement un livre, c'est un acte. Quelles pages que ces pages d'archéologie! Elles entraîneront quiconque a encore une âme d'homme.
Ah ! cher Dufraisse, qui les comprendra mieux que
moi, ces pages écrites avec la sueur de sang de l'exilé?
Vos paroles me semblent sorties de ma propre poitrine.
Et il en sera de même de tous ceux en qui reste un
souffle humain. Que vous dirai-je de plus? Tout est
là. Il s'agit bien vraiment d'analyser cette éloquence
antique ! Cependant je dirai que ce qui fait vivre les
livres est condensé à chacune de vos pages : la passion,
l'originalité, le style de bronze. Non, il n'est pas possible
que la France ne se sente pas mordue au cœur. Ah ! que
vous l'aimez, cette France, pour lui parler ce langage fait
pour ressusciter les morts! Savez-vous ce qui me force
d'espérer quand même en notre nation ? C'est un livre
tel que le vôtre. Non ! la langue française, puisqu'elle est
encore capable de pareils accents, n'est pas la langue
d'une nation défunte. Voilà la première conclusion que
je tire de vos magnifiques paroles. Voilà la note que
j'attendais pour en finir avec ce babil à voix basse de
notre grande chambre de malade. Allons, qu'ils vous
écoutent tous! Qu'ils s'inclinent et qu'ils reconnaissent
la puissance de l'orateur! Je fais ici ma propagande
dans mon rocher. Avant-hier, le général Changarnier et la
famille d'un de nos anciens collègues, Guichard, étaient
réunis dans noire caverne. J'ai pris vos pages, je les ai
lues. Tous ont vibré, frémi.
Vous-même, homme de pierre, vous auriez été ému. Pour moi, je suis heureux, très heureux de ce succès, de
cette force, de cet éclat, de ce courage d'esprit, ou plutôt de cette intrépidité de franchise. Cela me rajeunit, me fait du bien, me console, m'oblige de croire à un avenir. Je vous en remercie et je vous embrasse.
Embrassez pour moi cet autre vainqueur, Jean-Paul. Je voudrais bien aller vous porter à tous deux une couronne.
Notre ami de Quelle nous arrive demain, paralytique, porté à bras. Nous le réchaufferons de votre livre.
Amitiés, félicitations à tous. La vérité est venue de l'exil.
Votre tout dévoué
EDGAR QUINET
Votre succès est grand, très grand, il nous revient de tous côtés et c'est maintenant notre meilleure joie. Pas un homme qui ne se sente forcé dans ses retranchements! Vous les avez vaincus. Ah! combien nous pensons à vous, aux vôtres, dans ce temps-ci ! Vivez, cher Dufraisse,et gardez-moi soigneusement votre amitié !
DCLXII