‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 151 sur 233 · A MADAME LOUISE GOLET A PARIS · texte numérisé non relu

A MADAME LOUISE GOLET A PARIS

Veytaux, 15 septembre 1867.

Madame,

C'est aujourd'hui seulement, 15 septembre, que je reçois à Veytaux votre touchante lettre et vos beaux vers. Garibaldi est reparti le 11, le Congrès a été clos le 12, il ne reste plus rien de cette foule, et me voici rentré dans mon rocher de Chilien. C'est dire que les beaux vers sont arrivés trop tard, l'auditoire a disparu. Ne le regrettez pas trop. La poésie a peine à se faire entendre dans un Congrès, même de la paix.

Je me suis fait un devoir de répondre à l'occasion unique qui se présentait. 11 est toujours doux d'avoir suivi la voix intérieure; j'ai fait appel aux âmes. Elles répondront, quand leur moment viendra.

Votre découragement, Madame, m'afflige. Pourquoi être découragée? Votre talent est votre consolateur. Plus vous l'appliquerez aux grandes causes, plus il vous soutiendra et vous défendra. N'examinons pas trop ce que l'on pense de nous. Agissons. Le compte de nos actions se

fera après nous.

Je n'ai point appris, Madame, que vous soyez venue ici, dans mon village.

1 ' Veuillez recevoir, etc.

EDGAR QUINET

DCLXVIII

Page 1