‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 170 sur 233 · Le procès de Garibaldi · texte numérisé non relu

Le procès de Garibaldi

paurra aller contre son but. L'intention est bonne , qu'il prenne garde au résultat.

Nous avons vécu, pendant ces grands froids, en ours de caverne. Pourtant le travail nous a tenu compagnie.

Adieu, mon cher ami. Mille amitiés des deux ermites. Saluez affectueusement votre hôte M. Leygue.

EDGAR QUINET

DCXCII

A M. DELVECCHIO A BOLOGNE

Veytaux, i8 décembre 1867.

Monsieur,

Que de choses réveille en moi votre simple et pathétique récit ! On y sent à chaque ligne le plus pur dévouement à la patrie.

Heureux quand la patrie représente encore la liberté !

Non, la liberté n'est point encore morte. Elle a péri, il est vrai, en France et en Espagne; mais elle survit en Italie. Conservez bien ce flambeau que nous avons laissé éteindre chez nous. Vous possédez aujourd'hui tout ce qui en reste chez les trois grandes sœurs de la famille latine, en Europe. Que la nuit se fasse en Italie, tout le monde latin descend dans l'ombre.

Jeunesse italienne, on vous dira que la liberté peut être voilée pour un temps, qu'elle reparaît quand on en a besoin. N'en croyez rien ! Voyez autour de vous. Quand la liberté est éclipsée, les ténèbres s'établissent et durent. Des générations entières y disparaissent, sans même s'en apercevoir.

On ne remonte pas deux fois, en une génération, le courant de la servitude.

Que notre exemple vous serve et vous sauve !

Le mot d'ordre est donné d'importer chez vous l'esprit de réaction qui nous a étouffés. Prenez garde. L'expérience a montré que, dans nos sociétés catholiques de nom, quand la réaction a commencé, elle ne s'arrête plus ; elle ne s'impose aucune limite. Elle va jusqu'à ce qu'elle ait extirpé tous les avantages politiques des révolutions qu'ils l'ont précédée.

C'est assez que deux grandes nations, la France et l'Espagne, aient été sacrifiées à l'idole de la contre-révolution ! Qu'au moins l'Italie surnage !

Votre tout dévoué de cœur

EDGAR QUINET

LETTRES D*EXIL. 31t

DCXCIII

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