A GARIBALDI A CAPRERA
VeyUux 15 février 1868.
Bien cher Garibaldi,
Votre fidèle aide de camp vous porte mes vœux, ma gratitude. Votre lettre-manifeste a fait le tour de l'Europe. Elle a ranimé partout Tespérance. Les efforts immenses que Ton fait pour établir la réaction en Italie et y transporter notre esclavage iront se briser contre votre petite île de Caprera.
Quiconque veut espérer encore tend vers vous les bras. Vivez pour notre honneur et pour notre salut.
Ma femme, très reconnaissante de votre souvenir, vous adresse le témoignage de son admiration.
DCCXX
A H. ÂLDISIO SAMMITO A TERRA NUOVA DI SICÎLIA
Veytaux, 16 février 1868.
Cher et courageux ami de la vérité !
Le discours que vous avez bien voulu placer en tête de la consciencieuse et belle traduction de mon Géni'e des Religions, par notre ami Monténégro, est un ouvrage important; et je désirerais pouvoir vous en témoigner ma gratitude autrement que par ces lignes hâtives.
Vous vous êtes voué, dès le premier pas, au principe qui domine la philosophie des religions. Vous avez osé fixer un œil pénétrant, hardi, sur l'intérieur des temples; et, dans ces obscurités, vous avez apporté la lumière intense de l'esprit italien.
D'autres ont cherché à raviver les ténèbres antiques. Il convenait à un compatriote d'Empédocle de dévoiler les mystères, sans complaisance et sans peur.
Tout ce que vous avez eu à souffrir de l'esprit sacerdotal vous donne l'expérience nécessaire pour en reconnaître les vices et les fraudes à travers tous les temps. Notre époque a été, sans doute, trop indulgente; la poésie lui a fait trop souvent pardonner au mensonge.
Après la France et l'Allemagne, voici l'Italie qui vient III. 20
S50 LETTllES D'EXIL.
à son tour ; elle déchire le voile; elle appelle la vérité; mais elle a trop souffert des fictions pour leur être favorable. Elle ne veut plus accepter que le vrai et la lumière. Le pape Ta guérie des Isis. Le ciel en soit loué I
Tel est, cher Aldisio Saramito, l'esprit de votre beau discours Onor dell Italio ingegno ! Il ouvre la voie à l'avenir qui s'approche de toutes parts. Hélas, puisque notre parole et notre pensée sont étouffées, parlez, écrivez à notre place. Nous avons le bâillon; il nous reste le cœur pour vous apprécier et vous aimer.
Voire reconnaissant et dévoué pour toujours
EDGAR QUINET
Quand votre lettre m'est parvenue, j'étais hors d'état d'y répondre sur-le-champ. Naturellement je n'ai pu savoir si votre projet de journal de Palerme s'est réalisé. Nous étions si mal instruits de ce qui se passait chez vous, qu'il était presque impossible, à cette distance, de porter un jugement un peu éclairé sur votre situation. Puis sont venues les grandes affaires d'Allemagne ; elles m'ont fort occupé. Il était urgent de se concentrer sur ce point qui grossissait à vue d'œil. Voilà les raisons qui m'ont forcé de différer ma réponse. Ne doutez jamais de l'intérêt que je mets à tout ce qui vous touche, vous et votre pays.
DCCXXI