‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 198 sur 233 · A MADAME LA DUCHESSE D'ELGHINGEN · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE D'ELGHINGEN

A PARIS

Veytaux-Chillon, 17 mars 1868.

Madame,

L'aimable et excellente madame R... a pensé qu'elle ne pouvait me faire un plus grand bien qu'en m'apprenant

que VOUS ne. m'avez pas lout à fait oublié. Elle ne s'est pas trompée.

Il y a peu de chances pour moi^ Madame, de ?ous revoir jamais sur cette terre. Je veux au moins vous dire que les événements et le temps n'ont rien pu changer dans les sentiments que vous m'avez inspirés, dès le premier jour où il m'a été donné de vpus connaître. Je n'ai emporté de France que des souvenirs; et je retrouve le vôtre mêlé à ceux qui me sont le plus chers et sacrés.

En écrivant la Campagne (te 1815, je me suis senti vivre dans une communauté intime de pensées aveccelui^ qui est toujours vivant pour moi. Je le voyais et l'entendais. Je croyais continuer nos anciennes conversations.

Combien, Madame, je fais des vœux pour que la terre vous donne, dans le bonheur de vos enfants, tout ce qu'elle peut donner de consolations et de joies à une âme telle que la vôtre !

Celle qui a consenti à partager mon sort, et par qui je vis encore, sait quelle grande place votre souvenir et celui du duc d'Elchingen tiennent dans ma solitude.

Il faut finir, quand je souhaiterais le plus revenir, en pensée, sur ces temps si remplis, si loin de moi, et si présents encore !

Veuillez agréer. Madame, etc.

EDGAR QUINET

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