‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 197 sur 233 · AU MÊME A PARIS · texte numérisé non relu

AU MÊME A PARIS

Veytaux, 16 mars 1868.

Mon cher ami. A mon grand regret, je n'ai pu vous faire renoncer à une entreprise que je crois impraticable et malheureuse.

Tenez-moi, je vous prie, absolument en dehors de cette combinaison qui n'échappe à aucun des pièges de la loi. Ce que vous appelez les moyens d'action vous entraînent dans l'embûche, et, avec vous, ceux qui vous suivront.

Gomment ne le voyez-vous pas? Vous vous laissez tromper par une fausse analogie entre une société de boulangerie et l'association pour la publication d'un journal. Rien au monde de plus différent.

La société de boulangerie n'a d'autres risques à courir que ceux du commerce. Votre association pour la publication du journal est à la merci de toutes les amendes dont il plaira au gouvernement de le grever et de l'accabler.

Vos sociétaires ne savent à quoi ils s'engagent; ils tombent dans l'inconnu, tel qu'il plaira au gouvernement de le leur imposer.

Un abonné ordinaire sait ce qu'il fait. Vos sociétaires

n'en saui'ont rien ; ils seront les corvéables à merci et à miséricorde de la sixième chambre. Avec la meilleure volonté du monde, voilà les nouveaux pièges où vous tombez.

Votre combinaison n'est pas née viable; elle est mauvaise, donc elle ne peut èlre utile; à tous les points de vue pratiques, elle va contre votre propre but.

Tel est mon sentiment bien réfléchi. Encore une fois, tenez-moi tout à JTait en dehors d'une entreprise à laquelle je ne puis m'associer.

Voyez dans ma franchise la preuve d'une véritable amitié.

EDGAR QDINET.

DCCXXXIV

A MADAME R

A PARIS

Vcytaux, 17 mars 1868.

Chère Madame,

Toutes nos joies de France nous viennent par vous. Certainement vous ne pouviez m'en faire une plus grande qu'en me disant que la duchesse d'Elchingen ne m'a pas oublié. C'est la plus belle âme que j'aie rencontrée en France. Son souvenir est mêlé à tous mes souvenirs les plus précieux. La pensée de son amitié est une des

meilleures choses qui me restent. Pour moi, si j'ai un seul mérite au monde, c'est que le temps ne peut absolument rien sur mes souvenirs, mes affections et mes respects; ils sont là vivants, comme s'ils étaient d'hier.

Aurez-vous, Madame, la bonté de faire parvenir cette lettre à la duchesse d'Ëlchigen, et de me donner son adresse. Voici dix-sept ans que }e demande de ses nouvelles; vous êtes la première personne qui m'en ait pu donner de véritables. Encore une fois, merci.

Ah! que nous allons attendre la Pâques, cette année,

si votre beau projet s'exécute! Vous avez donc vraiment

un peu d'amitié pour ce pauvre Merlin? Eh bien, oui ! je

vous en suis reconnaissant; moi, j'ai un faible pour lui,

je l'avoue.

Recevez, Madame, etc.

EDGAR QUINET

DCCXXXV

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