‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 201 sur 233 · A M, ALBERT LACROIX A PARIS · texte numérisé non relu

A M, ALBERT LACROIX A PARIS

Veytaux, 23 mars 1868.

Cher Monsieur,

Vous voulez que je vous parle de l'ouvrage dont je suis occupé depuis près de trois ans. Vous serez la première personne qui aura reçu ma confidence. Je vais d'abord vous confier mon titre. Il n'en est certainement pas de plus grand et de plus complet : La Création. Vous voyez déjà, dans ce mot, toutes les questions qui s'agitent aujourd'hui dans le monde. Il n'est pas de sujet qui excite davantage la curiosité de notre temps; je pourrais dire qu'il n'en est pas de plus actuel, car il me revient de tous côtés. J'ai tiré de ce fond une sorte de philosophie naturelle que j'ai rendue accessible à tous. Il n'est personne aujourd'hui qui ne veuille savoir quelque chose de la première apparition de l'homme, des révolutions qui l'ont précédé, de la succession des êtres qui l'ont préparé, en un mot, de ce secret de la création vers lequel convergent toutes les recherches, toutes les études de notre temps.

Ce qui m'a permis de rendre populaires ces grands

tableaux, c'est que je les ai rattachés aux études et aux

choses dont je me suis occupé toute ma vie. Par là, je suis arrivé à des résultats nouveaux auxquels je conduis le lecteur par des chemins très adoucis.

Ce livre rattache ainsi l'homme des premiers temps à l'homme de nos jours. C'est, si j'ose le dire, le couronnement de toute mon œuvre.

Il prête tant aux effets de peinture, que l'on pourrait plus tard, si Ton voulait, en faire des illustrations.

Voilà, cher Monsieur, ce que je puis dire de cet ouvrage, en quelques lignes. Je l'avais déjà conçu en Belgique. C'est le fruit de dix ans de méditation et de trois ans de travail.

Vous allez recevoir le manuscrit des Mémoires (ÏExiL Vous sentez comhien cela me touche de près.

Croyez-moi, cher Monsieur, votre tout dévoué de cœur.

EDGAR QUINET

DCCXXXIX

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