‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 21 sur 233 · A M. TAXILE DELORD A PARIS · texte numérisé non relu

A M. TAXILE DELORD A PARIS

Veytaux, 24 dccombrc 4865.

Monsieur,

Notre ami commun Henri Martin m'écrit que vous vous proposez de rendre compte de mon livre la Révolution y dans le Siècle. C'est ce que j'ai toujours souhaité. Je sens tellement que c'est là un livre de liberté et de conscience, que j'ai une pleine foi dans les services qu'il peut rendre. Je désirerais pour ma part que l'on s'attachât à montrer l'esprit nouveau qui respire dans ce livre. De bonne foi, pouvons- nous être plus terroristes que les terroristes? Carrier disait en novembre 94 : « La Terreur aurait dû cesser il y a un an. »

Il aurait voulu qu'elle s'arrêtât en novembre 93. Voulons-nous être plus terribles que Carrier?

48 LETTRES D'ËXlL.

Pour moi, je pense que, dans cette voie, la démocratie n'aurait aucun avenir. Travaillons à la défendre contre Timitation et Tidolâtrie aveugle. C'est le plus grand bien que nous puissions lui faire.

Cet ouvrage est le fruit d'un long travail et des douloureuses épreuves que nous traversons. J*ai fait entrer un esprit nouveau dans l'Histoire de la Révolution, persuadé que c'est par là que doit commencer la régénération de la démocratie française. Vous ne voulez pas que la Révolution française et son Histoire soient un livre fermé de sept sceaux auquel il n'est plus permis de toucher. Vous voulez, au contraire, que l'on y fasse pénétrer l'esprit d'examen. Nous ne pouvons plus accepter les yeux fermés toutes les traditions imposées parla Révolution, comme le catholique accepte, sans discuter, le Credo et le formu-^ laire de l'autorité ecclésiastique.

Je ne suis Thommelige d'aucun parti; j'ai pesé pendant de longues années les hommes, les faits, les événements, et c'est le résultat de cette enquête que je vous envoie. Cette œuvre, depuis la première ligne jusqu'à la dernière, ne respire que la justice et peut rendre de grands services à la liberté, à laquelle j'ai tout sacrifié.

Recevez, Monsieur, etc.

EDGAR QUINET

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