‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 4 sur 233 · A MADAME VICTOR GAO|TIER A GENÈVE · texte numérisé non relu

A MADAME VICTOR GAO|TIER A GENÈVE

enôve, 1 juin 18C5.

Madame^

Quelle surprise! Et que répondre à vos beaux vers qui ont tout le parfum de vos belles fleurs? Je vous lis, je vous relis et j'en crois à peine mes yeux et mes oreilles. Est-ce bien à un exilé que s'adressent ces nobles paroles que je ne suis plus accoutumé d'entendre :

(( Ce mot si bcaii> la liberté ! »

Je me suis fait depuis bien longtemps un cœur de pierre. Je n'y laisse entrer l'espérance qu'à litrç de devoir. En treize ans, il ne m*est pas revenu, je crois, une parole de bon augure; mais cette parole que je n'attendais plus, c'est vous, Madame, qui la prononcez et la faites revivre. Je la saisis, je m'y attache. Peut-être estce la branche d'olivier, de l'immense naufrage, de toute vérité et de loute justice. Pardonnez-moi de répondre si gravement, si tristement à des vers ailés, heureux, souriants, qui ouvrent l'avenir en semant des fleurs. Vous avez touché en moi les cordes les plus sérieuses.

Qu'il vienne donc cet avenir espéré et qu'il vous salue ' i^et vous bénisse !

"^- ': r. Veuillez recevoir. Madame, etc.

EDGAR QUINET

CCCCLXXVII

A M. DESPOIS A PARIS

Genôve, 16 juin 1865.

Monsieur,

Combien de fois j'ai voulu vous remercier de voire traduction des Satyriques latins. Elle m'a tenu compagnie cet hiver. A mesure que je les comparais à l'original, j'en sentais mieux la force. Puisse ce noble fouet se faire sentir aux épaules de ce monde héroïque de décembre 1851. N'y a-t-il plus que le Gladiator^? Dans ce cas, qu'on le fasse consul et que tout finisse par là.

Nous autres proscrits, nous avons été si bien enterrés d'un accord unanime, qu'il y a presque du ridicule de notre part à prétendre encore servir nos idées. Pardonnez-moi, Monsieur, cette manière de revenant et veuillez recevoir, etc.

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