DXXV
A M. DESPOIS A PARIS
Veytaux, 21 février 1866.
Monsieur,
Il n'est pas inutile de vous dire qu'une propagande de diatribes a été organisée contre mon livre. Cela se colporte de tous côtés. Ces personnes bien intentionnées ont essayé de me traquer jusque dans le journal des proscrits, le Confédéré de Fribourg. Elles y ont envoyé force diatribes signées ou anonymes, avec prière d'insérer. Le rédacteur Schmidt, l'un des hommes qui honorent le plus la démocratie, leur a renvoyé leurs invectives en y joignant ses excellents articles, pour leur montrer, dit-il, de quel bois il se chauffe. Assurément ces concitoyens auront trouvé ce bois bien vert, et ils ne se vanteront pas de ce cadeau-là. Je me contente de vous signaler ces pauvres menées. Il serait bon. Monsieur, que vous prissiez connaissance de l'article du Pays du 29 janvier. Vous verriez là clairement comment nos prétendus Mômiers de
Robespierre sont devenus, qu'ils le sachent ou non, les porte-bâtons de H. de Cesena. J*ai donné à ces esclaves un livre d'émancipation. Ils n'ont su que le déchirer et le couvrir de boue, le n'attendais d'eux pas autre chose. Hais ils sont encore plus insensés que coupables. Plus ils m'ont attaqué, plus mon livre et mes idées ont gagné duteiTain. Vous aurez remarqué l'insigne mauvaise foi avec laquelle des hommes qui tous les jours mangent du prêtre, m'ont dénoncé comme impie et renverseur de religion. Cette subite tartufferie de nos athées est tout à fait curieuse. La vérité est que l'idée de tolérance est inscrite à chaque page de mon ouvrage. Ils se sont faits contre moi plus papistes que le pape. Qu'est-ce donc que ce monde-là! Tout ne s'explique que trop bien par* une nuit d'esclavage de quinze ans, dont ils ne s'aperçoivent même plus.
Recevez, Monsieur, etc.
EDGAR QUINET